L’ombre de Clément Méric au procès des skinheads

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Critiquée par les uns, glorifiée par les autres, la personnalité de Clément Méric est omniprésente au procès des trois skinheads accusés d’avoir provoqué sa mort.

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Une ombre légère, mais obsédante, plane au-dessus de la cour d’assises de Paris, où l’on juge depuis mardi trois skinheads d’extrême droite impliqués dans la mort de Clément Méric, le 5 juin 2013 à Paris. Au-delà du sort des trois accusés, et sans même parler des enjeux politiques du procès, c’est la personnalité de la victime, icône juvénile morte à 18 ans sous les coups de ses adversaires, qui revient à chaque instant dans les débats et imprègne les esprits. Les trois brutes repentantes qui comparaissent n’ont –  a priori – que peu d’atouts pour inspirer de la sympathie au jury. L’affaire est grave, malgré les zones d’ombre qui subsistent. Il s’agit donc, pour la défense, de susciter une once de pitié qui puisse cheminer jusqu’au cœur des jurés, et surtout d’instiller le doute dans les esprits.

À cette aune, tout est bon pour relativiser les faits, et remettre en cause les charges qui pèsent contre les trois skins. Le moindre espace d’interprétation dans un rapport d’autopsie, la plus petite divergence entre des témoignages, chaque détail compte et devient essentiel. Ainsi, une contusion observée sur la joue pourrait-elle – qui sait ? – avoir été provoquée par ceux ont qui mis Clément Méric en position latérale de sécurité après qu’il fut tombé inanimé ? Et le témoignage fragmentaire de l’un des vigiles qui sécurisait la vente privée de vêtements où les deux groupes se sont croisés, ce jour-là, devient presque vital.

Le Clément Méric que décrit ce témoin-là n’était-il pas un jeune homme énervé, provocateur, dont les amis voulaient en découdre avec les skinheads ? Sauf que les antifas disent le contraire. Ils attendaient que ceux-là partent, pour que leur ami, arrivé après eux, puisse faire ses emplettes sans grabuge, avant de repartir à une soirée. Ils ont d’ailleurs prévenu ce vigile de ce que les skinheads avaient des poings américains, cachés dans un sac avant d’entrer dans le showroom. Celui-ci a estimé que ce problème n’était pas de son ressort.

Et devant la cour, chaque détail du dossier de se discuter à l’infini…

Clément Méric, lors d'une manif à Paris, le 17 avril 2013 © Reuters Clément Méric, lors d'une manif à Paris, le 17 avril 2013 © Reuters

Ce même jour, un vendeur qui travaillait dans le showroom a bien vu un skinhead qui faisait mimer le salut nazi à un mannequin en lui levant le bras, et ses comparses se gondoler, mais cela ne l’a pas choqué outre mesure. Il se souvient, en revanche, d’un Clément Méric « très excité », qui aurait provoqué à lui tout seul le groupe de skins, en des termes très crus. Comme si le folklore hitlérien était inoffensif, mais ses contempteurs dangereux.

Un autre vendeur a senti les crânes rasés « contraints de se battre », parce que les antifas les attendaient dans la rue. Le amis de Clément Méric, eux, disent tout autre chose. Ils attendaient que les skinheads s’en aillent pour que Clément, arrivé sur le tard, puisse faire ses emplettes sans avoir à les croiser dans un espace restreint (un appartement). Qui croire ? Cinq ans après les faits, les souvenirs s’estompent, les témoignages sont de plus en plus flous, et les contradictions toujours aussi insolubles.

Plusieurs témoins, en revanche, sont d’accord sur un point : ils ont vu les skins se diriger droit vers le groupe de Clément Méric en quittant l’immeuble où avait lieu la vente privée, alors que le vigile venait de leur indiquer la direction opposée, justement pour éviter les ennuis en croisant les antifas. Et cinq personnes au moins ont vu les crânes rasés enfiler ou porter au moins un poing américain avant l’affrontement. Les témoins de la rixe décrivent un combat inégal et sauvage, qui a laissé le frêle Clément Méric inanimé.

Pour les avocats de la défense, la seule issue possible consiste à diviser les torts en parts égales. Il faut absolument que la rencontre entre les deux groupes ait été fortuite, la violence partagée, et le contexte politique – une ultra droite adepte de la violence – relativisé par une critique symétrique de l’adversaire (sur le thème d’une ultra gauche elle aussi violente).

Mais plusieurs témoins de cette rue piétonne (la rue Caumartin, dans le IXe arrondissement de Paris), très fréquentée en fin de journée, le racontent à la barre : le groupe de Clément Méric était tranquillement adossé à un mur, le long de l’église Saint-Louis d’Antin, et ce sont les skinheads qui leur ont foncé dessus. Si ceux-là l’avaient souhaité, les autres itinéraires pour quitter le showroom étaient nombreux, remarque la présidente de la cour, Xavière Simeoni.

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