Notre-Dame-des-Landes: «M. Hollande, nous vous attendons»

Par

Des milliers de personnes ont défilé à Nantes samedi 9 janvier contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Plusieurs centaines de personnes et près de 100 tracteurs ont bloqué le périphérique de la ville pendant plusieurs heures. L’opposition au projet d’aérogare est plus forte que jamais. Un nouveau rassemblement doit se tenir le 13 janvier.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Nantes, de notre envoyée spéciale.-  C’est bien le pont de Cheviré, surplombant la Loire, large et majestueuse à l’embouchure de la ville de Nantes, mais au lieu des voitures qui le traversent habituellement, des milliers de piétons y ont pris place. Le périphérique est noir de monde et bigarré de panneaux, banderoles et des taches vives des centaines de tracteurs qui l’occupent depuis la mi-journée.

Samedi 9 janvier, la manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a mobilisé au-delà des espérances de ses organisateurs : 20.000 participants selon l’ACIPA, l’association historique des opposants, 7.200 selon la préfecture, près de 450 tracteurs et un millier de cyclistes selon les organisateurs (350 et 500 respectivement selon la police). C’est la plus forte mobilisation contre le transfert de l’actuel aérogare nantais dans le bocage depuis la manifestation du 24 février 2014 (20.000 participants), lors de laquelle des dégâts matériels avaient suscité la polémique.

Manifestants contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 9 janvier 2016 (JL). Manifestants contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 9 janvier 2016 (JL).

L’ambiance est cette fois-ci bien différente : quelques tags et graphs le long des voies routières, quelques dessins à la craie sur l’asphalte mais aucune casse, aucune destruction. Venus à pied, à vélo ou en tracteur, les manifestants ont pris le temps de pique-niquer au soleil sur le bitume, d’écouter des prises de parole des organisateurs, de chanter au porte-voix, de faire sonner des cornes de brume et même de danser quelques pas sur la route pour une fois accessible.

La foule est d’autant plus impressionnante que la date de la manifestation a été avancée d’une semaine afin de précéder l’audience du 13 janvier qui doit juger le référé-expulsion déposé par AGO Vinci, le concessionnaire du futur aéroport, contre les habitants historiques de la zone d’aménagement différé (ZAD), parmi lesquels plusieurs agriculteurs (voir notre article à ce sujet).

Manifestants contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 9 janvier 2016 (JL). Manifestants contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 9 janvier 2016 (JL).
« Hollande avait pendant la COP21 une très bonne raison d’annoncer l’annulation du projet ainsi que celle des expulsions », proteste Geneviève Coiffard, militante de l’ACIPA. « S’ils pensent nous affaiblir en faisant partir certains d’entre nous, ils se trompent, tonne Vincent Delabouglise, agriculteur et membre du collectif COPAINS 44, réunissant des paysans et des occupants de la ZAD. Nous sommes tous des paysans en lutte et des habitants qui résistent. Nous sommes un peuple bigarré contre l’absurdité de ce monde. Nous nous préparons à faire face à toutes les éventualités. » Pour lui, « les porteurs du projet devront prendre en compte cette foule immense ».

Vers 16 heures, à l’heure prévue de la dissolution du rassemblement, entre 80 et 100 tracteurs ont annoncé leur intention de continuer à bloquer le périphérique nantais, « pour demander à François Hollande de faire arrêter impérativement la procédure de référé d'expulsion des habitants et paysans historiques ». Dans un communiqué, ils ajoutent : « Nous restons donc sur le pont de Cheviré. M. Hollande, nous vous attendons. » V

ers 18 h 30, alors que la pluie commençait à tomber et qu’il faisait nuit, des feux de camp s’allumaient sur le périphérique occupé et des tentes se dressaient. Selon Télé Nantes Info, près de 300 manifestants s’étaient installés sur la route pour y passer la nuit. Le blocage n'a duré que quelques heures : avant minuit, les gendarmes mobiles ont menacé de dégager les occupants par la force et ont sorti les canons à eau. Les manifestants ont alors décidé de partir. Ils ont quitté les lieux dans les nuages des gaz lacrymogène envoyés par la police, selon plusieurs témoins sur place.

capture-d-e-cran-2016-01-10-a-00-42-39 capture-d-e-cran-2016-01-10-a-00-42-39

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale