Discrimination dans le football: ce que Mediapart a dit à la commission d'enquête

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Mediapart a été auditionné, dimanche 8 mai à la mi-journée, par la commission d'enquête de la Fédération française de football (FFF), mise en place dès nos premières révélations dans l'affaire des quotas. Nos informations étant à l'origine de ses investigations, nous lui avons expliqué à la fois nos intentions éditoriales et nos méthodes professionnelles, tout en respectant le secret des sources.
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Mediapart a été auditionné, dimanche 8 mai à la mi-journée, par la commission d'enquête de la Fédération française de football (FFF), mise en place dès nos premières révélations dans l'affaire des quotas. Nos informations étant à l'origine de ses investigations, nous lui avons expliqué à la fois nos intentions éditoriales et nos méthodes professionnelles, tout en respectant scrupuleusement le secret des sources.

Il y a une semaine exactement (lire ici notre article : Le signal d'alarme du football français), expliquant le sens de nos révélations sur la mise en route de pratiques discriminatoires au cœur du football français, nous avions déclaré être à la disposition de la commission d'enquête de la FFF. « Dans cette affaire, écrivions-nous, Mediapart n'a qu'un but, outre la vérité de ses informations : que l'on siffle au plus vite la fin de ce jeu malsain. Et que l'on se saisisse de cette occasion pour relever notre nation, ici tombée bien bas, en faisant la pédagogie de ses valeurs républicaines et de ses principes constitutionnels. Notre enquête collective s'appuie sur des preuves et sur des témoins. Nous sommes à la disposition de la commission d'enquête désignée par la FFF et confiée au député Patrick Braouezec pour l'aider dans sa mission. Et, ainsi, sortir la France de ce mauvais cauchemar. »

P. Braouezec. © Reuters P. Braouezec. © Reuters
Député de Seine-Saint-Denis (lire ici son blog « A gauche ensemble ! » et voir là sa notice parlementaire), Patrick Braouezec a été élu en 2010, à l'unanimité du conseil fédéral de la FFF, président de la Fondation du Football. Il succédait à ce poste au gaulliste Philippe Séguin.

Dans l'enquête dont il a été chargé par la FFF après nos premières révélations, il est notamment assisté du magistrat Laurent Davenas, avocat général à la Cour de cassation, président du Conseil national de l'éthique de la FFF (lire ici sa notice sur Wikipédia). Arrivant à la fin de ses travaux et sur le point d'entendre, lundi 9 mai, le sélectionneur de l'équipe de France, Laurent Blanc, la commission a donc donné une suite favorable à notre demande.

Notre audition a duré une heure dans les locaux parisiens de la FFF. Outre MM. Braouezec et Davenas, étaient présents deux responsables administratifs de la Fédération – un homme et une femme – qui sont les greffiers des travaux de la commission d'enquête. Avec notre accord, notre audition a été enregistrée. Présent en tant que directeur de la publication, j'étais accompagné par l'équipe de Mediapart directement concernée : Fabrice Arfi, Michaël Hajdenberg et Mathilde Mathieu, les trois auteurs principaux de nos investigations. Dans un premier temps, Fabrice Arfi et moi avons été entendus, avant d'être rejoints par Michaël Hajdenberg et Mathilde Mathieu.

Dans un propos liminaire, nous avons expliqué nos intentions éditoriales. S'il compte, dans sa rédaction et parmi ses lecteurs, nombre d'amateurs sportifs, Mediapart n'a pas et n'envisage pas d'avoir de rubrique « Sports ». Nous nous en tenons aux questions générales d'intérêt public, qu'elles soient nationales ou internationales. Notre enquête sur les projets de discrimination selon l'origine étrangère ou la couleur de la peau discutés au sein de la Direction technique nationale du football français ressort de cette préoccupation. Ce n'est pas du football qu'il s'agit ici, mais de la République dont la Constitution, en son préambule, stipule que tous ses citoyens sont égaux devant la loi « sans distinction d'origine, de race ou de religion » (lire ici le préambule de la Constitution).

Puis nous avons détaillé les résultats de notre enquête (retrouvez ici tous nos articles), en expliquant à la commission nos méthodes professionnelles. Fabrice Arfi a raconté qu'avertis, il y a plusieurs mois, d'un mauvais climat au sein de la FFF, nous avons progressivement accumulé les preuves aujourd'hui produites, fondées sur des sources internes – que nous protégeons et la commission a eu le bon goût de ne nous poser aucune question à leur sujet –, sur plusieurs témoignages et sur des documents, notamment un tableau statistique ainsi que le verbatim d'une réunion officielle de la DTN, en novembre 2010.

Avant de publier quoi que ce soit (lire ici notre tout premier article), nous avons cherché à recueillir les réactions, explications et commentaires, des responsables concernés : le directeur technique national, François Blaquart, l'entraîneur des Espoirs, Erick Mombaerts, et le sélectionneur national, Laurent Blanc. Ce qui fut fait par Mathilde Mathieu et Michaël Hajdenberg pour les deux premiers, le troisième, Laurent Blanc, ne donnant pas suite malgré plusieurs relances.

Nous avons alors estimé que nous disposions d'éléments suffisamment probants pour devoir les rendre publics. Notre enquête établit en effet que des pratiques discriminatoires, visant les jeunes joueurs « Africains et Nord-Africains », « Blacks » ou« Beurs », Français d'origine supposée étrangère en raison de leur ascendance et de leur apparence, avaient été non seulement discutées au sein de la DTN, mais avaient connu un début de mise en route. Des témoignages que nous avons recueillis, comme celui d'André Mérelle, directeur jusqu'en septembre 2010 du principal centre de formation, l'INF de Clairefontaine, dont les propos accusatoires n'ont pas suscité de démentis ou de poursuites, laissent bien entrevoir que des consignes discriminatoires avaient commencé à être diffusées (lire ici son témoignage).

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