Pour la jeunesse, Macron continue de proposer une politique de rustines

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La précarité de plus en plus visible des jeunes bouscule les rangs macronistes. Entre mesures d’urgence et recyclage de promesses de campagne, l’exécutif tente de se tirer d’une situation devenue très politique, à l’approche de la présidentielle.

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Les questions se multiplient à mesure que les files d’attente s’allongent. Depuis plusieurs jours, les images d’étudiants attendant de recevoir une aide alimentaire ravivent les promesses passées – et parfois non tenues – d’Emmanuel Macron. Les membres de la majorité et du gouvernement qui s’époumonent depuis quatre ans dans l’espoir d’un « rééquilibrage politique » n’attendent désormais plus grand-chose des quelques mois qui les séparent de la présidentielle de 2022. Mais ils continuent toutefois de donner de la voix face à un président de la République persuadé qu’aucun de ses prédécesseurs n’a fait autant que lui « en matière sociale ».

En fin de semaine, l’Élysée a programmé un déplacement du chef de l’État sur la thématique de « l’égalité des chances » à Nantes (Loire-Atlantique), pour promouvoir la diversité des recrutements dans la fonction publique. Le lendemain, sera lancée la plateforme nationale de signalement des discriminations qu’il avait annoncée sur Brut, début décembre. Pour préparer cette « séquence », selon le jargon de la communication politique, Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, a martelé dans Le Monde la nécessité de renforcer ce type de mesures afin d’« être fidèle aux engagements de 2017 ».

Emmanuel Macron à la Maison des étudiants de l’Université Paris-Saclay, le 21 janvier. © Yohan Valat/Pool/AFP Emmanuel Macron à la Maison des étudiants de l’Université Paris-Saclay, le 21 janvier. © Yohan Valat/Pool/AFP

Pour la énième fois. Car on ne compte plus le nombre de rappels à l’ordre, de cris d’alarme ou de simples regrets, distillés depuis quatre ans dans la presse, sous forme de confidences de moins en moins anonymes. Beaucoup des députés La République en marche (LREM) qui se demandaient, dès le début du quinquennat, où avait bien pu passer le fameux « en même temps » de la majorité ont fini par quitter ses rangs. Ceux qui sont restés n’en sont pas moins déçus, mais tentent tout de même de pousser leurs derniers pions. « Le compte n’y est pas, regrette Pierre Person, ex-numéro 2 du parti présidentiel. On manque clairement de radicalité dans l’approche. »

Avec quatorze de ses collègues députés, dont la présidente déléguée du groupe parlementaire Coralie Dubost et le vice-président de l’Assemblée nationale Hugues Renson, l’élu a adressé, le 6 février, un courrier à Jean Castex (voir sous l’onglet Prolonger), contenant 13 propositions « qui corrigeraient des inégalités structurelles ». Parmi elles : la mise en place du Revenu universel d’activité (RUA), promesse de campagne d’Emmanuel Macron, tombée dans l’oubli de la crise sanitaire. Cette fusion des minima sociaux, mettant sur le même plan un certain nombre d’aides sociales, sous condition d’activité, inquiétait déjà une partie des acteurs de terrain.

Mais pour Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, le chantier du RUA avait au moins l’intérêt de prendre en compte les jeunes, puisqu’il était question d’élargir le dispositif aux moins de 25 ans qui, sauf exception, ne sont pas éligibles au Revenu de solidarité active (RSA). Ces mêmes jeunes qui font aujourd’hui la queue devant les banques alimentaires et que le gouvernement promet d’aider, notamment en élargissant la Garantie jeunes, créée en 2013. En novembre dernier, Jean Castex avait annoncé que le nombre de bénéficiaires de ce dispositif allait passer de 100 000 en 2020 à 200 000 en 2021, information désormais répétée en boucle par ses ministres.

On est pourtant bien loin des 500 000 bénéficiaires promis par le président de la République, en septembre 2018, au moment de la présentation de son plan de lutte contre la pauvreté. « Ce n’est pas le Nirvana », reconnaît Pierre Person, qui regrette « le petit manque d’ambition » du gouvernement et des services administratifs sur le sujet. « Dans le moment qui est le nôtre, je suis même étonné qu’ils n’aillent pas plus loin, dit-il. Les propositions qui sont faites sont des mesurettes. Il n’y a rien de systémique. Or les dispositifs sparadraps, sur le court terme, ne suffisent pas. » C’est pourtant le seul moyen qu’a trouvé l’exécutif pour se tirer d’une situation devenue très politique.

Car derrière les débats autour de la Garantie jeunes et du RUA, ressurgissent ceux, plus anciens, qui entourent l’ouverture du RSA aux moins de 25 ans. Un nouveau droit réclamé de longue date par de nombreuses organisations de jeunesse, mais aussi des personnalités politiques et des représentants syndicaux et associatifs, aujourd’hui réunis en collectif, auxquels Emmanuel Macron oppose un veto absolu. « Je ne suis pas un grand fan de cette option », avait-il confirmé auprès de Brut, expliquant que « dans notre société, le grand défi que l’on a, c’est un rapport au travail » et vantant des dispositifs comprenant « dès le début, un contrat de responsabilité ».

Le chef de l’État véhicule un discours lui aussi ancien, pour ne pas dire éculé, qui laisserait penser que l’ouverture du RSA aux moins de 25 ans favoriserait, dès la majorité, un prétendu « assistanat », celui-là même que le président Les Républicains (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez qualifiait en son temps de « cancer ». « Comme si, nous, on ne pensait pas à la formation et à l’accès à l’emploi… », s’agace Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre. Avec le temps, ce préjugé s’est imposé à droite comme une évidence, jusqu’à constituer l’essence même du macronisme. « Protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’État », arguait Emmanuel Macron dès juillet 2017.

Depuis lors, ce schéma de pensée n’a plus jamais cessé de transpirer au travers des expressions présidentielles, des « premiers de cordée » au « pognon de dingue », en passant par le « je traverse la rue et je vous trouve un travail », lancé à un jeune horticulteur au chômage, en septembre 2018. « C’est le propre de l’éthique libérale, indiquait à Mediapart le sociologue Vincent Tiberj, au début du quinquennat. On est dans une logique d’individus, qui reconnaît éventuellement les carcans sociaux, mais ne remettra pas en question les mécanismes de la domination collective. » Avant d’ajouter : « Tout le problème du pouvoir macronien, c’est le manque de discours global. Le gouvernement empile des mesures qui ne font pas système. »

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