Le grand malaise des militants de l'UMP après un an de Sarkozy

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L'UMP a bien du mal à le cacher: cette année, de nombreux militants ne renouvellent pas leur carte. Au-delà du traditionnel effet post-électoral, qui veut qu’un parti perde en moyenne 20% de ses adhérents l’année suivant l’élection présidentielle, comment expliquer cette forte diminution des effectifs du parti présidentiel? Mediapart a interrogé la base du parti, ses responsables locaux, ses secrétaires départementaux: doute, impatience, pouvoir d'achat, exaspération fréquente face au style Sarkozy, sont quelques-unes des explications avancées. Lire également: l'UMP sommeille, ses cadres locaux s'énervent.

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C'était le samedi 17 mai. Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP, rencontrait les secrétaires départementaux de la centaine de fédérations du parti pour leur donner une "note de cadrage pour l'année 2008", que Mediapart s'est procurée.

(Pour télécharger cette feuille de route, cliquez ici (pdf, 0 B).)

 

Outre les objectifs chiffrés concernant les adhésions, des objectifs qualitatifs étaient proclamés: faire du parti «un moteur du changement», en amont du gouvernement, soutenir les réformes avec davantage de «pédagogie», accroître le maillage du terrain avec l’implantation de nouvelles sections, notamment dans les quartiers populaires.
Mais le but officieux de la rencontre était surtout de remobiliser les troupes et de resserrer les boulons dans les instances locales. Car le mouvement de grogne à droite ne concerne pas les seuls députés. Certains militants n’ont pas hésité à rendre leur carte, les nouveaux adhérents se font plus rares, et, surtout, les renouvellements tardent.

 

«Le taux de renouvellement du nombre de militants montre bien qu’il n’y a pas un enthousiasme, déplore Bertrand Pancher, secrétaire départemental et député de la Meuse. Chez nous, sur 1.000 adhérents, 500 ont renouvelé leur carte. On a un objectif de 800-900, mais on n’atteindra pas les chiffres de l’an dernier. Les militants sont moins motivés en ce moment, ils ne sont pas associés et l’UMP ne s’est pas encore suffisamment structurée pour être une force de propositions».

 

Une chargée de mission d'une fédération le reconnaît: «on n’est pas dans un mouvement d’adhésion ou de renouvellement massif. C’est très dépendant des sondages, ces jours-ci ils ont un peu remonté, donc des gens sont venus adhérer ce matin.».

 

A Toulouse, sur 7.000 adhérents, 3.000 ont renouvelé leur carte et 350 personnes sont venus grossir les rangs des militants. Dans la vaste fédération du Nord, sur les 8.195 adhésions de 2007, seulement 3.000 avaient été renouvelées au 1er juin. Des chiffres que son secrétaire départemental, Thierry Lazaro, justifie par le fait que «les renouvellements se font traditionnellement lors des réunions de circonscription, qui n'ont pas encore eu lieu».

 

Un secrétaire départemental a une autre analyse: «Ça renouvelle peu cette année (entre 40 et 50%), mais le taux de renouvellement est un secret bien gardé à l’UMP. L’an passé, on mettait tous les jours les chiffres des adhésions sur le site. Aujourd’hui, on n'affiche uniquement ceux de décembre 2007». Sur le site, le compteur est effectivement bloqué à 370.247 adhérents, au 31 décembre 2007.
D’autres responsables sont plus modérés, comme le secrétaire départemental de Paris, Jean-Didier Berthault. «Fin avril, on en était à plus de 13.000 renouvellements, c’est une très bonne tendance. L’année dernière on avait 30.000 adhérents, mais c’était une année particulière avec les élections. Je table sur 22.000 adhérents cette année».

 

Secrétaire départemental du Loiret depuis 1993, Marc Andrieu évoque «un taux de renouvellement de 55% et 96 nouvelles adhésions» parmi les 2.650 encartés, tout en admettant que «sept personnes ont rendu leur carte», trois pour «des raisons privées», deux à cause de la réforme de Xavier Darcos, et le reste en raison de désaccords avec la politique menée.

 

«Pendant la présidentielle, on a vu des adhésions d’enthousiasme, pas de militants. La démarche n’était pas franchement d’adhérer à l’UMP, ça s’est cristallisé sur un nom», analyse Josette Philippe, secrétaire départementale d’Eure-et-Loir depuis deux ans et adhérente depuis 1969. «On n’a pas eu de renvoi de carte, assure Damien Meslot, secrétaire départemental du territoire de Belfort depuis 1997 et député depuis 2002, mais on a beaucoup moins de nouvelles adhésions, qui, d’habitude, compensent.»

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On entend souvent les dirigeants de l'UMP s'exprimer, plus rarement la base. Mediapart a choisi de faire un tour d'horizon des fédérations pour recueillir l'opinion des militants et cadres du parti, par l'intermédiaire de leurs secrétaires départementaux, les voix locales de l'UMP.

Parmi la centaine de secrétaires départementaux contactés, une quinzaine nous a répondu. Mediapart vous propose une enquête en deux volets:

– Un an après l'élection de Nicolas Sarkozy, où en sont les renouvellements de carte et comment ont-ils vécu, dans leurs fédérations, cette première année de la majorité, sur le fond comme sur la forme?

– Comment jugent-ils l'organisation et le rôle actuels de l'UMP? (l'enquête sera mise en ligne le 10 juin à 13 heures).

 

Si les secrétaires départementaux qui sont parlementaires ont répondu librement à nos questions, les autres ont, bien souvent, été contraints à une certaine langue de bois que leur impose leur fonction (nommés par la direction du parti, ils en dépendent).