L'exposition Albert Camus à Aix-en-Provence annulée, un cas de censure ?

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L'une des grandes expositions de la capitale européenne de la culture Marseille Provence 2013, Albert Camus, l’étranger qui nous ressemble, vient d'être annulée. Est-ce la teneur de l'exposition qui dérange Maryse Joissains, députée et maire UMP d'Aix, qui n'a jamais caché sa sympathie pour les nostalgiques de l'Algérie française ?

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La grande exposition Albert Camus, l’étranger qui nous ressemble qui devait se dérouler à Aix-en-Provence à l’automne 2013 pour le centenaire de la naissance de l’écrivain, vient d’être annulée. Conçue par l’historien Benjamin Stora et le documentariste Jean-Baptiste Péretié, ce devait pourtant être l’une des expositions phare de la capitale européenne de la culture Marseille Provence 2013. En janvier dernier encore, l’avant-programme de MP2013 présenté en grande pompe à Marseille, annonçait une exposition visant « à faire découvrir l’écrivain et à approfondir la connaissance de l’homme (...) romancier, dramaturge, essayiste, journaliste ».

Censure envers un historien, né à Constantine, qui a consacré tout son travail à l’Algérie, aux guerres de décolonisation et à l’immigration maghrébine ? L’association Marseille Provence 2013, qui a pris la décision, il y a quelques jours, d’annuler l’exposition, et la Ville d’Aix-en-Provence, qui devait l’accueillir dans sa Cité du livre, pointent au contraire une fin de non-recevoir de Catherine Camus, qui gère l’œuvre et les archives de son père depuis 1980. « C’est une position personnelle de sa part, affirme-t-on à la direction de la culture d’Aix-en-Provence. Le scénario de l’exposition était écrit en se basant sur des pièces du fonds Albert Camus, dont Catherine Camus détient les droits moraux. À partir du moment où elle ne met pas à disposition ces pièces, l’exposition ne peut avoir lieu. »

Contactée, Catherine Camus, qui avait validé en 2011 le scénario très détaillé de l'exposition, leur renvoie la balle. « C’est faux, repond-t-elle. J’étais dans une difficulté insurmontable, ça fait un an que j’attends pour avoir au moins un axe de direction de l’exposition et savoir ce dont je peux disposer ou non dans le fonds pour pouvoir répondre aux autres demandes reçues. » Catherine Camus affirme n'avoir reçu que fin avril 2012 la liste exhaustive des pièces demandées par MP2013 pour l’exposition. « C’était beaucoup trop large, sans axe directeur, dit-elle. Cela équivalait à transformer le fonds d’archives en un supermarché, entièrement à leur disposition. Donc je leur ai dit que je ne pouvais plus continuer comme ça, et leur réponse a été d’annuler. » L’exposition de Benjamin Stora tombée à l’eau, aucune autre n’est pourtant prévue au plan national pour le centenaire de la naissance d’Albert Camus.