Quartiers prioritaires: «Il faut en finir avec l’assignation à résidence»

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Face à l’inquiétude des associations et la colère des élus locaux, confrontés aux coupes budgétaires, Emmanuel Macron se rend dans les Hauts-de-France pour parler de la politique de la ville. Entretien avec le secrétaire d’État auprès du ministre de la cohésion des territoires, Julien Denormandie.

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La période estivale a été douloureuse pour les quartiers prioritaires. Le désengagement du gouvernement sur les contrats aidés et les coupes budgétaires les ont touchés de plein fouet, plongeant des centaines d’associations qui y travaillent dans une situation plus que délicate. Avec 46,5 millions d’euros en moins pour la politique de la ville (pour un budget global de 411 millions d’euros), c’est plus de 11 % des crédits d’intervention que l’État avait prévus pour 2017 pour les quartiers prioritaires qui seront ainsi amputés.

Cette enveloppe concerne 435 contrats de ville, couvrant 1 514 quartiers parmi les plus pauvres de France, où habitent 5,5 millions de personnes. Elle finance de multiples dispositifs accompagnements, parmi lesquels de nombreuses associations œuvrant pour la culture, le sport, les aides à la formation ou au retour à l’emploi, etc. Et explique aujourd’hui l’inquiétude des responsables associatifs et la colère des élus locaux, toutes deux renforcées par la diminution des emplois aidés – l’État en financera 200 000 en 2018, contre 310 000 en 2017 et 456 723 en 2016.

C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron se rendra, lundi 13 et mardi 14 novembre, dans les Hauts-de-France, à Roubaix et Tourcoing, où il rencontrera des acteurs locaux de la politique de la ville, avant de prononcer un discours sur le sujet. L’occasion, sans doute, de revenir sur l’une des promesses phares de sa campagne, celle de doubler l’enveloppe de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), promesse aujourd’hui mise à mal par le coup de massue porté au logement social, et le risque de voir les bailleurs refuser de cofinancer la rénovation urbaine.

Jeudi 9 novembre, le premier ministre Édouard Philippe, accompagné du ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et du ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, annonçait à Paris le lancement d’un « processus de travail participatif » visant à « construire dans toute la mesure du possible une stratégie de développement de la vie associative » et surtout de leur autonomie financière.

La veille, c’est la ministre du travail, Muriel Pénicaud, qui annonçait à l’Assemblée nationale « l’accélération » de la mise en œuvre des emplois francs, autre promesse de campagne du candidat Macron, par le biais d’une expérimentation dans un premier temps sur un nombre limité de quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Et ce, dans une version amendée du dispositif testé et finalement abandonné sous le quinquennat de François Hollande. La généralisation de cette nouvelle mesure est prévue en 2020.

À dix jours du Congrès des maires de France qui s’annonce tendu, et alors que la politique de la ville fête cette année ses 40 ans, Mediapart a rencontré Julien Denormandie, le secrétaire d’État auprès du ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard. Ancien directeur de cabinet adjoint d’Emmanuel Macron à Bercy, puis secrétaire général adjoint du mouvement En Marche!, il est aujourd’hui encore l’un des ministres les plus proches du président de la République.

En raison des coupes budgétaires, plusieurs associations œuvrant dans les quartiers prioritaires ont perdu brutalement des crédits cet été, ce qui les met aujourd’hui en grande difficulté financière. Comment répondez-vous à leur inquiétude ?

Julien Denormandie. © Reuters Julien Denormandie. © Reuters
Julien Denormandie : La politique de la ville, c’est une priorité du gouvernement. J’ai accompagné Emmanuel Macron au ministère de l’économie, et j’étais là aux premiers jours de la campagne présidentielle. Je peux vous assurer que les quartiers populaires sont au centre de toutes les politiques que nous avons menées et que nous menons.

Ça fait 40 ans que la politique de la ville existe et pour autant, même si des choses formidables ont été faites, les fractures territoriales et sociétales perdurent. Notre objectif est d’y mettre fin, en travaillant avec les élus locaux et les associations, mais aussi avec les habitants. Le premier message est de leur exprimer le plus profond respect, même si oui, je l’entends, les décisions budgétaires ont pu être mal perçues.

Vous utilisez le terme de « respect ». Or, les associations et les élus locaux, qui sont confrontés à l’annulation brutale de crédits qui leur avaient pourtant été alloués, parlent justement d’« un manque profond de respect ».

Nous avons dû finaliser un budget que nous n’avions pas conçu et qui a révélé de grandes surprises – et c’est un euphémisme. Les coupes budgétaires ont concerné toutes les politiques. Les 5 euros de réduction des APL [aide personnalisée au logement – ndlr], comme les 46 millions en moins pour la politique de la ville, c’est de l’exécution budgétaire pour 2017. Si la question est de savoir si les politiques de rabot sont des politiques intelligentes, je vous le confirme : c’est tout sauf intelligent.

Ce que je veux voir, ce n’est pas ce qu’il s’est passé en 2017, mais ce qui va se passer en 2018. Le budget de la politique de la ville sera stabilisé, sur la base de ce qui était prévu avant les annulations de crédits, ce qui représente 430 millions d’euros. Et chose importante : nous avons sanctuarisé ce budget sur toute la durée du quinquennat.

Sauf que d’ici 2018, des associations auront fermé leurs portes. Vous leur dites aujourd’hui que ça ira mieux demain. Mais demain, pour certaines d’entre elles, il sera trop tard.

Je ne dis pas qu’on a réussi à sauver tous les cas. Mais en 2016 non plus, tout n’était pas rose pour les associations. Leur financement est central. Et ce que nous sommes en train de construire n’a jamais été fait auparavant. Les grosses associations vivent également du CITS [crédit d’impôt sur la taxe sur les salaires – ndlr], qui a été maintenu en 2018 et 2019. Le CITS l’an prochain, c’est 500 millions d’euros. À partir de 2019, elles auront aussi l’équivalent de ce qui existe pour les entreprises du CICE [crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – ndlr], par une réduction des charges patronales.

Contre combien de CITS cette année ?

Le CITS était déjà de 500 millions d’euros, c’est pérennisé. Ce qui est complètement nouveau, c’est que pour 2019, il ne s’agira plus d’un crédit d’impôt, mais d’un allégement de charges, qui représentera 1,4 milliard pour le monde associatif, soit bien plus que ce que rapportait le CITS. C’est un vrai gain pour le monde associatif. On met également 25 millions d’euros pour alimenter un fonds national [le fonds de développement de la vie associative (FDVA) – ndlr], destiné aux associations notamment les plus fragiles.

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Cet entretien a été réalisé le mercredi 8 novembre. Il a été relu et par endroits amendé par le cabinet de Julien Denormandie.