Primaire du PS: «Changer d'échelle, mais aussi d'époque et de culture politiques»

Par
Membre de la haute-autorité de la primaire socialiste, l'avocat Jean-Pierre Mignard détaille pour Mediapart son rôle et ses exigences, à un mois du dépôt des candidatures. «La primaire doit être un exercice de repolitisation de la société, plaide-t-il. Le président n'est pas un roi, et nous ne sommes pas des grenouilles qui en demandent un.»

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

L'avocat Jean-Pierre Mignard est l'un des trois membres de la haute-autorité de la primaire socialiste, avec le préfet Rémy Pautrat et la présidente de l'Adie (association pour le droit à l'initiative économique), Catherine Barbaroux. A deux semaines du début du dépôt des candidatures, il détaille pour Mediapart le rôle et les exigences de cette instance chargée de contrôler le bon déroulement du scrutin de désignation de la candidature socialiste à la présidentielle.
Où en est aujourd'hui la haute-autorité de la primaire socialiste?
Elle est constituée, après la nomination de Catherine Barbaroux suite au désistement de Mireille Delmas-Marty pour des raisons d'agenda. Nous avions le choix entre deux manières d'appréhender la mission qui est désormais la nôtre. Soit être un juge ultime du processus électoral. Soit participer au processus dès l'origine, une fonction de régulateur préventif des conflits, plutôt que de dénouement au sommet d'un olympe qui n'existe pas. Seule cette approche donne à la haute-autorité la légitimité qu'elle pouvait acquérir.
Le PS est-il dans les temps, selon vous?
Il y a eu une période de flottement, d'incertitude, liée au statut même de la primaire. Alors que le comité d'organisation faisait son travail, un débat récurrent n'a cessé de porter sur le statut des primaires. Hormis sa suppression réclamée par quelques-uns, très peu en fait, l'idée d'une primaire de confirmation s'était pourtant installée, évidemment liée à la possible candidature de Dominique Strauss-Kahn, qui aurait sublimé toutes les autres candidatures et, par voie de conséquences, rendu la primaire inutile ou du moins secondaire. L'annonce de sa décision avait provoqué un certain attentisme, mais les événements récents ont fait qu'elle a retrouvé son objectif premier: être l'instrument incontestable de sélection des candidats, donner la plus large assise populaire au candidat ou à la candidate choisi(e), et lui garantir un maximum de chances de succès.
Il s'agit aussi de dresser le bilan du semi-échec des demi-primaires de 2007. Permettre l'impartialité, le plus large rassemblement au-delà du cercle étroit du PS, et l'union finale symbolisée par la convention d'investiture et la fusion des équipes de campagne. Ce choix a été défendu par des personnalités très diverses au sein du PS: Arnaud Montebourg et Olivier Ferrand qui en furent les concepteurs, François Lamy qui en est l'organisateur pratique, mais aussi Ségolène Royal, Pierre Moscovici, Manuel Valls ou François Rebsamen.
La primaire reprend une importance considérable, voire exceptionnelle pour le PS et pour la gauche. Mais il n'y a plus une seconde à perdre dans l'organisation de la consultation électorale. Il n'y a plus d'événement providentiel à attendre, mais une immense dynamique démocratique à mettre en œuvre.
Comment se passent actuellement les relations entre la haute-autorité et Solférino?
Elles sont tout à fait correctes. La question essentielle qui se pose maintenant est celle des moyens qui vont nous être alloués. Nous demandons des bureaux distincts de la rue de Solférino, des assistant(e)s et un site internet. Par définition, ce ne peut être un site du parti socialiste. Il devra être non seulement à disposition des organisateurs et des candidats, mais aussi de tous les électeurs. On pourra y trouver le règlement intérieur de la haute-autorité, la liste de ses membres, les compétences de son collège d'experts et ses référents par département. Toute déclaration à vocation publique de la haute-autorité y figurera. L'accès direct au site par les électeurs est une des conditions de la confiance qui doit nous être accordée.

Comment comptez-vous concrètement réguler la bonne conduite des candidats pendant la campagne?

Chaque candidat aura un représentant auprès de la haute-autorité. Cela facilitera les contacts, des demandes d'explication. Le règlement intérieur s'imposera à tous. La haute-autorité pourra s'auto-saisir, et veillera au respect de la procédure des primaires décidée par le PS et les comités d'organisation départementaux, au respect de la légalité et de l'égalité entre les candidats, et au respect que se doivent les candidats eux-mêmes. C'est en effet une des prohibitions de la charte éthique: le dénigrement est banni. Il faudra d'ailleurs distinguer avec soin ce qui relève de la compétition politique sur le fond, des critiques malveillantes ad hominem, qui sont destructrices et complètement contradictoires avec le processus postérieur de fusion des équipes et la volonté de gouverner ensemble.

A une échelle bien moindre que la primaire socialiste, mais en très peu de temps et avec un prix plus prohibitif, les écolos ont vu le nombre de leurs inscrits plus que doubler (de 14.500 à 32.000). Pensez-vous le PS et ses 200.000 militants prêts à accueillir un afflux massif de votants?

Deux sondages indiquent que 30% des Français souhaiteraient participer. Même s'il n'y en avait que 10%, cela représenterait plus de 4 millions. Ma conviction est que l'on sera autour de 3 millions d'électeurs. Matériellement, le PS n'a pas les moyens de la République, et il y aura donc moins de bureaux de vote. Le chiffre de 10.000 est celui qui est le plus souvent retenu. Ceux-ci pourront se tenir en extérieur, lorsque nous n'aurons pas pu obtenir de salles communales. Il faudra alors informer les électeurs des lieux de vote qui pourront varier des endroits habituels.

Mais hormis des situations en voie de se débloquer, sur la remise des listes électorales notamment, nous ne rencontrons pas pour l'instant de problèmes majeurs dans l'attribution de salles, dont la remise en état sera intégralement financée par le PS. Les bureaux de vote seront tenus par des présidents et scrutateurs rompus aux consultations électorales, membres ou non-membres du PS. La participation est facilitée à l'extrême, puisque chaque électeur est invité à verser un euro et à signer une charte de soutien aux valeurs de la gauche, qui sont celles de la République, de la démocratie, des droits de l'homme et du progrès social.

Jean-François Copé accuse le PS de vouloir faire des «primaires de bobo» et redoute la création de «fichiers en négatif» par les élus locaux, leur permettant d'identifier ceux parmi les habitants qui ne seraient pas de gauche?

La rage de Monsieur Copé fait plaisir à voir. S'il y avait encore des indécis sur la validité des primaires, ils pourraient trouver là matière à se rassurer. L'ampleur de la participation électorale, la régularité du scrutin, et la fusion générale à l'issue du scrutin, constitueront la première victoire de la gauche pour la présidentielle de 2012. Le PS est non seulement fidèle à la constitution, qui donne aux partis la mission de concourir à l'expression du suffrage universel, mais il l'étend à la désignation même de ses candidats, ouvrant ainsi un nouvel espace démocratique considérable dans la société française.