Quatre heures de débat à l’Assemblée nationale pour traiter un problème qui persistera encore durant plus d’un million d’années : ce sont peut-être les secondes de discussion parlementaire les plus durables de l’Histoire. Le vote de la loi sur le stockage des déchets radioactifs, lundi 11 juillet, est le reflet d’un débat public expédié et marqué par le conflit d’intérêts du rapporteur du texte, le député socialiste Christophe Bouillon, qui est aussi le président de l’Andra, l’agence chargée de gérer les déchets issus du système nucléaire.

Gouvernement, élus de droite et de la majorité présidentielle, collectivités territoriales concernées : toutes les instances représentatives ont œuvré pour le vote de ce texte qui ouvre la voie à la construction, à partir de 2020, du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo). Aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne, il est destiné à enfermer, 500 mètres sous terre, les déchets atomiques les plus dangereux : hautement radioactifs à durée de vie longue. L’histoire retiendra que l’exécutif était représenté par le secrétaire d’État à la francophonie, André Vallini, mal à l’aise lors de ses interventions, et la plupart du temps silencieux. Pour aller au plus vite, le rapporteur et le gouvernement ont rejeté tous les amendements proposés par les députés, afin que la proposition de loi d’origine sénatoriale – déposée par les Républicains Gérard Longuet et Christian Namy, élus de la Meuse – soit votée conforme. À vingt heures, c’était plié. Sur place, des opposants s’apprêtent à réoccuper un bois en cours de défrichement par l’Andra, l’établissement public chargé de construire Cigéo. Entre les porteurs du projet d’enfouissement, forts de vingt ans de processus parlementaire et de débats publics, et ceux qui le combattent au nom de ses dangers potentiels, le désaccord est total. La surdité institutionnelle à cette critique agrandit au fil des ans l’écart entre pro et anti, et avive la controverse.