Au meeting de Mélenchon à Marseille, la tentation du vote utile

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Mélenchon vaincra-t-il le vote utile ? Sur les plages du Prado, où il a réuni samedi des milliers de personnes, certains électeurs de gauche hésitaient encore.

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Jean-Luc Mélenchon parviendra-t-il à vaincre le vote utile ? Dans l’entourage du candidat du Front de gauche, la crainte est encore présente de voir le score promis par les sondages (entre 13 et 15 %) s’effriter le 22 avril dans les urnes, sous l’effet d’un “choix de raison” vers François Hollande. Alors que Mélenchon a, ce samedi, une nouvelle fois réussi sa troisième démonstration de force en plein air, réunissant 120.000 personnes, selon les organisateurs, sur les plages du Prado à Marseille, la dernière semaine de campagne va être décisive pour le Front de gauche. « Il ne faudrait pas que notre super campagne soit dévaluée par l’effet pervers des sondages », confie un proche de Mélenchon, qui craint un « résultat qui serait perçu comme moins bon, alors qu’il serait excellent si nous passons devant Le Pen ».

« On va se battre, taper aux portes et achever de convaincre », assure Jean-Luc Mélenchon, lors d’un déjeuner avec la presse, vendredi à l’Usine, le QG de campagne du Front de gauche. Lui dit ne pas chercher à cibler en priorité les socialistes. « La campagne médiatique de Hollande est très cohérente, sa tactique lui réussit, mais elle nous réussit à nous aussi. Car les électeurs socialistes sont des gens de gauche. Quant aux cadres de l’appareil nomenclaturisque, ils en crèvent de jalousie de ce que je suis en train de faire !» Mais l’objectif pour confirmer dans l’isoloir la promesse de succès, c’est « en premier lieu les désorientés et les désemparés, qui ne se retrouvent pas dans une campagne émolliente de la part des deux principaux candidats, espérant ramasser un vote par défaut ».

A Marseille, meeting de Mélenchon du 14 avril 2012 © Reuters A Marseille, meeting de Mélenchon du 14 avril 2012 © Reuters

A Marseille, vers 14 heures samedi, une marée de drapeaux rouges commence à débarquer sur les pelouses des plages du Prado. Le David du Prado est lui aussi rhabillé aux couleurs du Parti communiste. Alors que l’équipe de Mélenchon avait arraché de haute lutte les plages au maire UMP de Marseille, en le menaçant, en cas de refus, de bloquer les axes alentour, l’avenue du Prado, qui mène à la mer, est de fait envahie par les militants du PCF et ceux, moins visibles, du Parti de gauche sortant des cars venus de Provence-Alpes-Côtes d’Azur, Rhône-Alpes et du Languedoc-Roussillon.

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Contrairement à ses trois précédentes apparitions en plein air (places Stalingrad et Bastille à Paris, Capitole à Toulouse), Jean-Luc Mélenchon a parlé comme dans ses meetings «classiques», durant une heure vingt. Soit trois fois plus, et dans un style moins solennel. C’est vers la mer qu’à 16 heures, le héraut du Front de gauche se tourne pour commencer son discours, se faisant lyrique pour évoquer « ceux qui sont venus de la mer » et « le murmure de l’histoire longue » qui font de Marseille « la plus française des villes de la République ». « Notre chance, c’est le métissage, lance le natif de Tanger, sous les youyous d’une partie du public. Et depuis 2600 ans nous sommes du parti de ceux qui se disent contents d’être mélangés. »

Après avoir salué « Arabes et Berbères » par qui sont venus en Europe « la science, les mathématiques, la médecine et le savoir protégé par eux pendant tout le temps où l’obscurantisme jetait à terre l’esprit humain », l’eurodéputé s’est adressé à l’autre bord de la Méditerranée aux « révolutions qui ont commencé » et dont « nous devons prendre notre part », proposant un moratoire sur la dette en Tunisie. Et de moquer « ces gens qui se figurent qu’au bled on fait des réunions de droit social comparé ». Une façon d'affirmer davantage encore son opposition frontale au Front national, dans une région bastion du parti de Marine Le Pen.

 

Discours Jean-Luc Mélenchon au Prado © Place Au Peuple

Parmi le nombreux public, Mediapart est allé à la rencontre de ceux qui appartiennent à la famille socialiste et de ceux que Mélenchon a amené ou ramené vers le chemin du vote, les «désemparés» qu'il entend mobiliser pour faire la différence et confirmer sa place de troisième homme que lui prête les enquêtes d'opinion. A la rencontre de ces deux catégories qui représentent aujourd'hui, à une semaine du premier tour, les marges de progression électorales encore possible du Front de gauche.

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L'idée était d'interroger les personnes qui ne portaient pas d'autocollants ou de drapeaux marquant leur appartenance au Front de gauche. Une vingtaine de personnes ont été interviewées, pour la plupart avant le discours de Jean-Luc Mélenchon.