Le «blog à bloc» de Mediapart: le congrès de Reims comme si vous y étiez

A Reims, rien n'a échappé aux envoyés spéciaux de Mediapart, qui, pendant trois jours, du vendredi 14 au dimanche 16 novembre, vous ont raconté le congrès dans ses moindres détails, de jour comme de nuit. Retrouvez la totalité de ce blog. Une manière de se replonger, minute par minute, et en accès gratuit, au cœur des débats et d'en mieux comprendre les enjeux et les dessous avant que les militants ne choisissent qui de Ségolène Royal, Martine Aubry ou Benoît Hamon succédera à François Hollande à la tête du parti socialiste.

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Durant tout le week-end, Mediapart vous a raconté en direct le congrès de Reims. Vous pouvez lire ici le récit de ces trois journées, en commençant plutôt par le bas des écrans.

 

Dimanche. 12h30: Jean-Louis Bianco, lieutenant de Royal, explique en coulisse que "sa" candidate aura besoin d'une forte participation jeudi 20 novembre, notamment chez les fameux adhérents "à 20 euros", réputés proches de la présidente de Poitou-Charentes. «Participation, participation, participation!», scande-t-il. L'autre point clef du scrutin: le report des voix de Bertrand Delanoë et leur taux d'abstention.

 

12 heures: après un détour par «ceux qui doivent choisir entre manger et se chauffer», puis un mot sur cette femme «qui gardait les restes des plats pour en faire quelque chose, et qui aujourd'hui gardent les restes pour les re-cuisiner», Ségolène Royal conclut: «C'est pour cela qu'avec mon équipe (...), je me bats.» Changer la France et la gauche, «c'est une grande responsabilité. Je m'y prépare». Ovation, et sifflets.

 

François Hollande assistait là à son dernier congrès en tant que premier secrétaire du PS, mais n'a pas souhaité prononcer de discours de clôture dimanche. (Photo: Patrick Artinian)

 

11h50: abordant la crise financière, Ségolène Royal, lyrique, met le «système capitalisme lui-même» en accusation, durant de longues minutes, comme pour répondre à un courrier de Martine Aubry, qui lui reprochait cette semaine sa mollesse et ses ambiguïtés. Elle étrille «la secte dorée des intégristes du marché». «Comme ils mettaient de l'entrain, ces idéologues suffisants, qui s'attachaient à détruire, sous toutes les latitudes», «ces sachants (...) auxquels les pouvoirs publics (...) accordent tous les pouvoirs de ravager», a-t-elle pointé. «Ils auraient gagné la bataille des idées et nous l'aurions perdue?! Aujourd'hui, ils ont fière allure! (...) Ils promettent de s'amender et de s'auto-discipliner. (....) Nicolas Sarkozy se retrouve obligé de passer de la "main invisible" du marché à la poigne solide de l'Etat! Nous ne sommes pas dupes.»

 

11h45: Ségolène Royal enchaîne avec un discours très social, essentiellement tourné vers les victimes, beaucoup moins sur les alternatives qu'elle propose au libéralisme.

 

11h40: arrive le tour de Ségolène Royal. «J'aurai, nous aurons, besoin de toi Bertrand, et de tes amis», lance-t-elle. «Nous aurons besoin de toi François, les militants savent ce qu'ils te doivent.» Ostensiblement, elle zappe Martine Aubry et Benoît Hamon.

 

11h25: pour sa part, Benoît Hamon ne bouge pas d'un iota: ancrage à gauche, rénovation, rajeunissement du parti. Et zéro concession aux autres motions.

 

11h20: Martine Aubry évoque enfin une rencontre avec un militant syndical du Pas-de-Calais, 40 ans d'engagement, pour conclure: «Nous avons l'obligation de défendre le mouvement ouvrier!»

 

11h10: la maire de Lille raconte les discussions de la nuit, et son refus, avec les autres motions, de l'offre faite par Ségolène Royal. Elle pointe 4 incompatibilités: le discours de sa concurrente sur la question sociale, sur les salaires et le SMIC, sur le réarmement de la puissance publique au niveau européen, et enfin sur les alliances avec le centre. Puis elle revient sur le texte d'orientation commun que les 3 motions opposées à Ségolène Royal avaient réussi à concocter (parti à gauche, parti européen, parti de militants, alliances à gauche), pour regretter qu'un désaccord «sur le dispositif humain» (une candidature) ait fait capoter l'opération. «Moi, glisse-t-elle, j'ai défendu des candidats des autres motions...» Sous-entendu: pas les autres. Ce texte collectif, elle promet de le défendre, cette semaine, durant sa campagne.

 

11h05: soudain, alors qu'elle jette un coup d'œil à ses notes, Martine Aubry s'arrête, pour chasser une araignée du pupitre, un brin déstabilisée. Se reprenant, elle ironise: «Franchement, le ménage aurait pu être fait cette nuit!» Une phrase à double sens, qui fait rire jaune la partie ségoliste de la salle.

 

11h00: la candidate Aubry prend la tribune. «La grandeur de la politique, c'est d'aller jusqu'au bout pour défendre ce que l'on croit bien», démarre-t-elle. Convaincue qu'une majorité de militants (les 70% qui n'ont pas choisi la motion Royal le 6 novembre) ont déjà voté pour ancrer le parti à gauche, elle lance, au sujet de l'élection au poste de premier secrétaire du 20 novembre: «Faisons confiance aux militants (...), qui ont dit: "Non monsieur Sarkozy, il n'y a pas de liberté sans égalité".»

 

10h45: Vincent Peillon explique à son tour «regretter de ne pas avoir réussi à lever les doutes et les malentendus. Mais il faudra justifier pourquoi le rassemblement n'a pas eu lieu. Nous respectons les autres démarches, mais il faudra surmonter les blocages à refuser le dialogue. Nous avons effectivement des différences de fond avec Benoît Hamon, mais je comprends moins celles avec les autres. Michel Rocard nous semble plus proche de Ségolène Royal que de Gérard Filoche! Et je ne comprends pas pourquoi nous devrions être exlus.»

 

10h40: Marylise Lebranchu, proche de Martine Aubry, annonce à la tribune la candidature de la maire de Lille – après avoir évoqué les salaires, la question sociale, le libre-échange et la nature du parti. Prenant acte de«l'impossibilité d'un accord»entre opposants à Ségolène Royal, elle note que les 3 motions avaient tout de même dégagé, ces derniers jours, «un texte politique commun» et qu'«il existe toujours». «Nous l'enverrons à tous les militants inquiets ou atterrés», d'ici le vote du 20 novembre, promet-elle.

 

10h25: A la tribune, Bertrand Delanoë, grave, annonce qu'il n'a pas déposé de candidature. «Nous voulions trouver un accord politique avec les motions [Aubry et Hamon], par rapport auxquelles nous n'avons que des nuances (...). Je regrette que [nous] n'ayons pas puAlors que les militants de sa motion encaissent, le maire de Paris explique son retrait: «La conviction de la motion A est de restituer toute sa force (...) au service du parti. J'ai décidé de ne pas rajouter à la guerre des chefs (...). Pour nous, ce n'est pas une question de personneIl rappelle avoir toujours dit «que jamais ma personne ne serait pas un problème pour vous. Je suis triste et déçu ce matin, mais quand on est militant on ne désespère jamais (...). Pour que la cause [du socialisme et du progrès social] progresse, je vous le dis, vous pourrez toujours compter sur mon engagement, sur le désintéressement du militant que je suis.» Illico, un militant ségoliste, qui l'écoutait, réplique: «Tu parles, il était surtout sûr de perdreDans la salle, c'est une standing ovation. Delanoë a la main sur le cœur.

 

10h20: Avant d'entrer dans la salle plénière, Razzy Hammadi, proche de Hamon, explique «viser le deuxième tour. On fera une campagne de fond, sur une ligne politique. Ce qui est bien malgré tout, c'est qu'on ne sera pas dans un "Tous sauf Royal"».

 

10h00: En sortant de la tente, le député Daniel Goldberg, enchanté, estime: «C'est la survie du parti qui se joue jeudi prochain. Ce sont deux conceptions de ce qu'est le PS, de ce que doivent être ses alliances, qui s'affrontent.» Interrogé sur le fait de savoir si c'est le retrait de Bertrand Delanoë qui a décidé Martine Aubry: «Je ne sais pas quel est l'élément déclencheur. Cela peut aussi être l'inverse.» Dès ce soir, Daniel Goldberg rentrera dans sa fédération de Seine-Saint-Denis, pour aller chercher les militants des motions Hamon et Delanoë. «Dans l'absolu, Martine Aubry peut arriver en tête comme troisième, il faut mobiliser.» Il aurait préféré que ce scrutin n'existe pas: «Si nous n'avions pas introduit cette élection directe du premier secrétaire, nous aurions été forcés de trouver un accord hier soir et de prendre nos responsabilités. Il faudra revenir sur cette présidentialisation du parti et supprimer cette élection.»

 

09h50: Jean-Christophe Cambadélis annonce que Martine Aubry ne viendra pas sous la tente: «Elle est en train de prendre des contacts parce que... Je suis maintenant autorisé à vous dire qu'elle a déposé sa candidatureQuelques minutes avant, alors que les militants attendaient la maire de Lille, ils avaient entonné «Les chiffons rouges», le chant des mineurs.

 

09h47: Devant les délégués qui, comme lui, soutiennent la motion Delanoë, François Hollande a donc piqué une grosse colère. «J'ai honte du parti, a déclaré l'ancien secrétaire qui a expliqué: Cela fait des années que des gens empêchent des gens d'avancer pour faire avancer leur propre cause.» Qui est visé? A priori, des membres de la motion Aubry puisque les proches de Delanoë ont toujours considéré que la démarche de Benoît Hamon était cohérente.

 

09h45: La motion de Delanoë ne présentera pas de candidat au poste de premier secrétaire. Un de ses proches explique: «Ce n'est pas en ajoutant un candidat qu'on va empêcher Ségolène Royal de prendre le parti, rien ne sert de diviser encore plus. Il fallait faire preuve d'un peu de dignité. C'est une question de responsabilité et d'image.» Apparemment, la décision a été accueillie sans tumulte mais non sans colère par les partisans du maire de Paris. A priori, Bertrand Delanoë, qui ne s'est pas encore exprimé sur le sujet, ne donnera pas de «consigne» de vote pour jeudi. «Ce serait de la folie, s'il veut conserver son courant et sachant que les militants vont aller vers les trois motions Mais peut-il ne rien dire du tout de son propre vote et se terrer dans sa mairie? «Cela n'est pas son genre, de se cacher

 

09h35: Chez Delanoë, ainsi que l'annonce Pierre Moscovici: «On ne veut pas ajouter de la division à la division.» D'après nos informations, François Hollande serait très en colère et le ressentiment anti-Aubry s'exprimerait fortement chez les délégués.

 

09h30: À peine arrivés, sur le parking du parc des expositions de Reims, l'effervescence est à son comble. Martine Aubry serait candidate, mais ce sont encore des proches qui l'annoncent (Claude Bartolone et Jack Lang). Pour le député Christian Paul, «la question est de savoir comment vont se reporter les votes Delanoë, par rapport à Royal». Il mise sur un "1/3-2/3".

 

 

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