Les réseaux radicaux de Robert Ménard

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Le maire de Béziers s'affiche au-dessus des partis et refuse l'étiquette d'extrême droite. Pourtant son réseau est clairement ancré à la droite extrême : identitaires placés dans son cabinet ou venus travailler avec la ville, invités ultra-réactionnaires pour « libérer la parole » à Béziers, tournée de conférences à l'extrême droite.

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« Je me contrefous des liens ! » Quand on l’interroge sur les CV politiques de ses entourages, Robert Ménard s’énerve et accuse de « ramener de nouveau au fantasme de l’extrême droite ». Le maire de Béziers (Hérault) se présente comme le maire « de tous les Biterrois », au-delà des partis, et a toujours assuré qu'il « n'(était) pas d'extrême droite » et ne « vot(ait) pas pour le Front national ».

Pourtant, un an après son élection, il n'est plus soutenu que par le FN et le MPF de Philippe de Villiers. Du Front national aux identitaires, en passant par Éric Zemmour ou Renaud Camus, son réseau est clairement ancré à la droite extrême : identitaires placés dans son cabinet ou venus travailler avec la ville, tournée de conférences à l'extrême droite, invités ultra-réactionnaires pour « libérer la parole » à Béziers.

Le lien avec l’extrême droite, ce ne sont pas les médias qui le font, mais Robert Ménard lui-même. En juin dernier, le maire de Béziers congédie son chef de cabinet, Christophe Pacotte, deux mois seulement après son arrivée. Motif ? « Confiance rompue ». La presse vient de révéler que Pacotte comptait encore parmi les dirigeants du Bloc identitaire. 

Christophe Pacotte sur l'affiche de la réunion militante du Bloc identitaire, le 5 octobre 2013. Christophe Pacotte sur l'affiche de la réunion militante du Bloc identitaire, le 5 octobre 2013.

Difficile pour Robert Ménard de l'ignorer : son nom apparaît dans l'organigramme du mouvement. En octobre 2013 encore, Pacotte animait une réunion du Bloc à Lille. Sur l'affiche (ci-contre), il est présenté comme membre du bureau directeur du parti.

« Les gens qui sont venus avec moi – il y en avait un qui était au Parti socialiste –, je leur ai dit que “quand on travaille avec moi on n'est plus dans un parti”, c’est tout, explique aujourd’hui Robert Ménard. Ceux qui sont restés dans un parti, en l’occurrence Monsieur Pacotte, n’ont aucune place dans mon équipe. Je lui ai dit et en un quart d’heure, c’était réglé. »

Le maire n’évoque pas un autre « élément catalyseur » décisif, selon la formule d’un de ses très proches : le retrait de Michel Cardoze, la veille. L’ancien présentateur météo de TF1, qui l’avait rallié quelques jours plus tôt comme conseiller culture, renonce à sa « mission ». Il se plaint d’« amalgames désagréables » et refuse l’étiquette “extrême droite” accolée par ses détracteurs. Car la médiatisation de l’arrivée de deux identitaires au cabinet du maire de Béziers a mis à mal son slogan de rassemblement apolitique. Au « Grand Journal », en mai, l’édile peine à défendre les parcours et prises de position de ses recrues. Le numéro deux du FN, Louis Aliot, se fait un plaisir de souligner que Ménard s’est entouré de « gens beaucoup beaucoup plus radicaux que ne le sera jamais le Front national ». Le maire doit rassurer localement. Exit, donc, Christophe Pacotte.

Mais pour les opposants de Ménard, l'identitaire œuvrerait encore en sous-main pour le maire de Béziers. L'ex-chef de cabinet n'est pas allé très loin : il est devenu en décembre le responsable FN de la campagne des départementales dans l'Hérault. Dans ce dispositif, il est un interlocuteur privilégié pour Robert Ménard, d'autant plus après l'accord passé entre celui-ci et Marine Le Pen pour les départementales à Béziers. Les deux hommes se sont vus et appelés régulièrement ces derniers mois.

Le dernier numéro du journal municipal de Béziers. Le dernier numéro du journal municipal de Béziers.
Lors de la marche républicaine à Béziers, après les attentats de Paris, Christophe Pacotte est présent avec des militants d'extrême droite sous la banderole « non au terrorisme islamiste ». La photo fera d'ailleurs la une du journal municipal.

Pendant la campagne déjà, l’ancien secrétaire général de Reporters sans frontières a fait en sorte que ses soutiens identitaires n’apparaissent pas dans les médias. Ils étaient pourtant clairement au cœur du dispositif de campagne. Pacotte a proposé ses services dès juin 2013. D’après un proche du maire, « il a tapé à la porte de sa permanence. Ménard cherchait du monde pour l’accompagner dans sa campagne. Petit à petit, il est devenu le point d’ancrage: il dirigeait la campagne, il s’occupait aussi bien de la communication que de la confection et l’impression des tracts des équipes de tractage. Il a amené son savoir-faire de militant politique ».

Arnaud Naudin participant à la campagne de Robert Ménard, en septembre 2013. © Facebook d'Arnaud Naudin. Arnaud Naudin participant à la campagne de Robert Ménard, en septembre 2013. © Facebook d'Arnaud Naudin.

Christophe Pacotte ne vient pas seul, il amène Arnaud Naudin, un autre cadre du Bloc identitaire (il est le rédacteur en chef de Novopress, le site d’informations du mouvement), qui fait un passage éclair en septembre 2013. Un mois plus tard, lorsque la presse révèle leur présence dans l’équipe, Ménard reconnaît : « Ils nous aident dans la campagne. Ils sont les bienvenus. »

Mais le candidat refuse de s’afficher avec eux. D’après un responsable de l'équipe de campagne, il a demandé à Christophe Pacotte « d’être discret par rapport aux journalistes ». Le soir du premier tour, l’identitaire reste cantonné au premier étage du QG, avec sa famille, loin des caméras. « Les rideaux étaient tirés, on ne comprenait pas pourquoi on n’avait pas accès au premier étage, raconte un journaliste présent. Pacotte n’est pas sorti, il a attendu que tous les journalistes partent pour descendre. » Au seul photographe autorisé à pénétrer dans les coulisses, Ménard et sa femme expliquent qu’il ne faut pas qu’il apparaisse « car pour l’instant il est dans l’ombre ». Pas de photo grand angle de l’étage, donc. Même chose au second tour. Robert Ménard lui explique cette fois-ci qu'il « brigue la présidence de l’agglo » et que Pacotte ne doit donc pas apparaître. « C’était pour éviter que l’on reparle des identitaires », confirme l'un des pilotes de la campagne.

« Invraisemblable ! répond Ménard. Pacotte était avec moi pendant six mois tous les jours en porte-à-porte ! » Mais « ce n’était pas à lui de se mettre en avant, c’est au candidat. Personne d’autre que moi ne répond aux médias avant les élections, pendant les élections, après les élections. »

Christophe Pacotte dans son bureau à la mairie de Béziers, en septembre 2013. Christophe Pacotte dans son bureau à la mairie de Béziers, en septembre 2013.
Un autre ancien responsable de la campagne évoque « un avant-après les élections » et jure que « tout l’aspect “extrême droite” n’était pas visible pendant la campagne, ni dans l’idéologie, ni dans l’entourage de Ménard. On a animé une équipe qui n’était pas politisée, avec des citoyens, et une part de politiques minoritaire. Il y a eu une dérive idéologique. L’arrivée de Christophe Pacotte a semé le trouble, il avait un rôle d’homme à tout faire, puis il est officieusement devenu directeur de campagne. On a cru qu’il n’y avait qu’un arbre, en réalité c’était l’arbre qui cachait la forêt… ».

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Ce reportage sur Béziers en deux volets est le fruit d'un suivi de plusieurs mois : un reportage d'une semaine en novembre et des entretiens téléphoniques en décembre et janvier.

Robert Ménard a été interviewé une première fois à Béziers le 6 novembre, et une seconde fois par téléphone le 23 janvier. Il a menacé d'arrêter le premier entretien et a interrompu le second dans un flot d'insultes. Nous avons sollicité André-Yves Beck en mairie, mais la directrice de communication comme Robert Ménard nous ont fait savoir que les membres du cabinet ne répondaient pas à la presse.

Sollicités à plusieurs reprises, Philippe Le Gouz de Saint-Seine, le président de la société Traditia, et Robert Ottaviani, n'ont pas donné suite à nos demandes.