Face à Valls en Essonne, les autres gauches irréconciliables

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Dans la première circonscription de l'Essonne, Manuel Valls brigue un quatrième mandat de député. Il est en ballottage avec Farida Amrani, candidate de La France insoumise, qui veut faire tomber celui qui incarne « tout ce qu’on ne veut plus voir en politique ». Mais les désaccords avec le candidat PCF, vaincu au premier tour, pourraient lui coûter les voix qu'il lui manque pour gagner au second.

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« Vous êtes venus chez moi ! », lance un homme, hilare, depuis la fenêtre de sa Clio. « Vous avez parlé à ma femme, j’ai vu votre tract et j’ai voté pour vous ! » Eux, ce sont Farida Amrani et Ulysse Rabaté, la candidate France insoumise et son suppléant, qui affrontent Manuel Valls, député sortant, au second tour des législatives dans la 1re circonscription de l’Essonne (Évry, Courcouronnes, Corbeil-Essonnes, Bondoufle, Villabé et Lisses). Dimanche, ils y ont obtenu 17,61 % des voix contre 25,45 % pour l’ancien premier ministre.

Dans la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes. © L.E. Dans la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes. © L.E.
Avec un taux de 59,89 %, l’abstention est encore plus forte ici qu’au niveau national. Ce mardi soir, les candidats vont au contact des habitants de la cité des Tarterêts (Corbeil-Essonnes) pour tenter de mobiliser un fort électorat potentiel qui leur a fait défaut au premier tour. Des femmes, assises en demi-cercle sur le trottoir, vendent tissus et boissons fraîches. L’une d’entre elles, vêtue d’un pagne : « Valls nous aime pas. Si Dieu le veut, on va le battre. »

« On pensait que le rejet de Valls aurait plus mobilisé », se désole Ulysse Rabaté, qui vit à Corbeil-Essonnes, dont il est conseiller municipal d’opposition. « Il y a un fort désintérêt de la politique, et on combat quelqu’un qui en est responsable en grande partie. Ici, c’est la circonscription de Dassault [Serge, ancien maire de Corbeil et sénateur de l’Essonne – nldr] et Valls, ils l’ont beaucoup abîmée et ont creusé le fossé entre les citoyens et la politique. » Dans le bureau de vote le plus proche, l’abstention s’est élevée à 81 %. « Il y a un paradoxe, note-t-il. C’est le bureau où nous faisons le meilleur score à la présidentielle et le plus mauvais aux municipales. » Parmi les causes que relève le suppléant : le clientélisme et les inclinations mafieuses, documentés depuis des années par Mediapart.

« Il y a une seule chose avec laquelle nous sommes d'accord avec Valls, reprend l’insoumis. Il y a effectivement un “choix clair” dans ce second tour. Ce sont deux visions de la société qui s’affrontent. » Au premier tour, 22 candidats étaient en lice, parmi lesquels les médiatiques Dieudonné ainsi que Francis Lalanne. Tous, sauf un, « avaient en commun de ne pas se retrouver dans ce qu’incarne Valls : tout ce qu’on ne veut plus voir en politique. Cette vision est majoritaire dans la circonscription », estime Ulysse Rabaté.

Une femme, la cinquantaine, drapée dans un long foulard bleu gris, interpelle les militants à la volée : « C’est pas encore fini ? Vous croyez que vous allez faire changer les gens d’avis à la dernière minute ? » tempête-t-elle, alors que la petite fille à qui elle tient la main trépigne. « Entre la peste et le choléra, de toute façon, c’est la mort au bout », dit-elle, sans savoir qu’elle se trouve en face de la candidate insoumise. « Valls, c’est la peste et le choléra », lui rétorque Farida Amrani. La dame ne veut rien savoir. Elle n’y croit plus. « Dans le quartier, on n’a plus d’éclairage public. À chaque fois que je demande, on me renvoie vers la municipalité, qui me dit d’aller voir le conseil départemental… À cause de ça, les gens n’ont pas pu aller à la mosquée, c’est des petits vieux ! » Farida Amrani acquiesce et compatit. « Ça fait quarante ans que j’habite ici, il n’y a pas de raison que ça change ! » conclut, désabusée, cette habitante des Tarterêts.

Ulysse Rabaté (gauche) discute avec des jeunes habitants des Tarterêts © L.E. Ulysse Rabaté (gauche) discute avec des jeunes habitants des Tarterêts © L.E.

« C’est ces mecs qui se sont pas réveillés dimanche ! » rit un jeune homme, plus loin, accablant ses camarades devant les candidats : « Moi, je leur enlève leur nationalité ! » Les références à Valls sont légion ce soir-là, à deux pas de l’endroit où il a été traité de « girouette » par un habitant des Tarterêts, dans une vidéo, reprise notamment par Dieudonné pour sa campagne. Joe, habitant des Tarterêts, pas loin de la trentaine, est venu donner un coup de main aux militants pour faire chuter l’ancien premier ministre : « Toute la France regarde la première circonscription. Valls a fait du mal à la France. La question, c'est : “Est-ce que nous sommes capables de lui mettre la claque qu’il mérite ?” » Il fait de cette élection une affaire presque personnelle : « Honte à moi le premier si on n’y arrive pas. »

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