«Gilets jaunes»: la majorité croit voir le bout du tunnel

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Après une forte baisse de la participation ce samedi, la majorité espère que la contestation va s’éteindre. Pour les partis d’opposition, l’heure du bilan – électoral – de ce soulèvement semble avoir déjà sonné.

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« À force de rester sur les ronds-points, on tourne en rond. On ne peut pas durablement paralyser le pays. Le temps du dialogue est venu. » Après une journée de mobilisation des « gilets jaunes » marquée par une fort fléchissement de la participation ce samedi, Richard Ferrand a voulu, dimanche 16 décembre, siffler la fin de la récréation.

Dans un entretien au JDD, le président de l’Assemblée nationale a une nouvelle fois tenté d’expliquer que les annonces faites par Emmanuel Macron en faveur du pouvoir d’achat rendaient caduc tout appel à poursuivre le mouvement. Alors que le plus grand flou persiste sur leur mise en œuvre concrète (lire ici notre article), ce pilier de la macronie est revenu sur le détail de ce plan en martelant que « l’engagement du président sera tenu, le Parlement en sera le garant – il n’y aura pas de carabistouille ! ».

Fermez le ban et quittez les ronds-points, donc.

compte Twitter d'Aurore Bergé © AB compte Twitter d'Aurore Bergé © AB
La porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé, a quant à elle expliqué être toujours sur le terrain pour « écouter et convaincre » les gilets jaunes, tout en ironisant sur l’ampleur de la couverture médiatique pour cet « acte V » de la mobilisation, au regard du faible nombre de manifestants à Paris notamment.

Comme pour mieux souligner que ceux qui ont continué à se mobiliser étaient forcément des extrémistes, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, est sorti de son silence ce dimanche uniquement pour dénoncer les tentatives d’intimidation subies par le député de l’Eure Bruno Questel. Son domicile a été encerclé par des manifestants et plusieurs coups de fusils ont été tirés devant chez lui. « Nous vivons en démocratie, on ne peut pas continuer à abîmer la République par ces agissements inacceptables », a-t-il déclaré sur Twitter.

Pourtant, même au sein des fidèles soutiens de la majorité, une certaine inquiétude restait palpable. Invité de BFMTV, François Bayrou a ainsi reconnu que si « la participation [était] moindre, […] les questions posées sont toujours là et [qu’il] import[ait] qu’elles trouvent des réponses », ciblant notamment les « attentes démocratiques jamais traitées » que pourrait faire surgir le « grand débat national » annoncé pour le début de l’année.

Dans l’opposition, les Républicains, de plus en plus gênés par la poursuite du mouvement, et ce alors qu’Emmanuel Macron a présenté un plan pour le pouvoir d’achat singulièrement sarkozyste et qu’une partie de leur électorat a rejeté les débordements du samedi précédent, s’en sont tenus à demander que les mesures annoncées soient effectivement réalisées. « Il faut qu’Emmanuel Macron mette en œuvre ce à quoi il s’est engagé […], parce que les Français ne supporteront pas d’être roulés à nouveau dans la farine », a ainsi indiqué la porte-parole Laurence Sailliet.

Le président de LR, Laurent Wauquiez, embourbé dans ses improbables dénégations ces derniers jours – sur le fait d’avoir ou non enfilé un gilet jaune ou de s’être affiché au Puy-en-Velay en compagnie de militants de LR habillés de gilets jaunes pour montrer que le mouvement lui faisait bon accueil –, est resté mutique ce dimanche. Depuis plusieurs jours, comme s’il souhaitait rapidement clore cette séquence, il ne s’exprimait de toute façon plus que sur la question migratoire et le « pacte mondial sur les migrations de l’ONU ».

Du côté du Rassemblement national, où l’on semble grisé par les enquêtes d’opinion le montrant comme le grand bénéficiaire de cette fronde, Nicolas Bay a expliqué qu’une liste « gilets jaunes » pour les élections européennes ne lui paraissait pas la réponse adéquate. « Je pense qu’il y a beaucoup de personnes qui ont participé au mouvement des gilets jaunes ou qui soutiennent ce mouvement qui vont être cohérentes politiquement et qui vont voter pour les idées qui correspondent à leur démarche, et je crois que c’est le Rassemblement national », a affirmé l’eurodéputé.

Loin de diagnostiquer un essoufflement de la contestation, Jean-Luc Mélenchon, invité par le Grand Jury RTL, a estimé pour sa part « normal que, pour l’acte V, la mobilisation ait pris des formes différentes des semaines précédentes ». « Monter plusieurs fois à Paris, ça coûte cher », a-t-il souligné en insistant sur la caractère historique de cette « insurrection citoyenne ». Le leader de La France insoumise a pointé du doigt les faux-semblants des annonces de Macron, notamment sur la hausse du Smic de 100 euros. De la demande d’instaurer un référendum d’initiative citoyenne au rétablissement de l’ISF, « 70 % des revendications des “gilets jaunes” se retrouvent dans [s]on programme», a-t-il souligné en demandant, une nouvelle fois, la « dissolution de l’Assemblée nationale ».

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