Plus de 100 000 manifestants en France : la galaxie des opposants au passe sanitaire s’étend

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Près de 140 rassemblements ont été dénombrés, samedi, contre les restrictions de libertés annoncées lundi par Emmanuel Macron. À Paris, l’appel de Florian Philippot (ex-Front national) a été le plus suivi. « Je m’en tape que ce soit lui qui appelle à manifester, c’est le seul qui ait les couilles de protester pour la liberté de choix », lance Mahera, 38 ans. Reportage.

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À travers la France, ce sont près de 114 000 personnes qui se sont mobilisées samedi pour protester contre le passe sanitaire, voire contre la vaccination obligatoire, d'après les chiffres du ministère de l’intérieur. Des foules d’une ampleur inattendue que les manifestations pour l’hôpital, par exemple, n’ont jamais atteinte. Y compris dans des villes moyennes.

Ainsi, les compteurs officiels affichent plus de 4 000 manifestants à Marseille, 1 200 à Bordeaux, 2 800 personnes à Strasbourg, mais aussi 2 300 à Valence. À Perpignan, dans le département des Pyrénées-Orientales où les cas de Covid explosent avec le variant Delta, 1 200 personnes se sont tout de même rassemblées, alors que la préfecture multiplie ces derniers jours les mesures pour faire face à la quatrième vague qui vient.

À Paris, quelques grappes de « gilets jaunes » se sont retrouvées dans le sud de la ville, mais la grande majorité des manifestants contre le passe sanitaire a choisi de suivre l’appel de Florian Philippot, président du parti Les Patriotes et ancien numéro 2 du Front national, à la tête d’un cortège parsemé de drapeaux tricolores. De quoi énerver Jérôme Rodrigues, figure des gilets jaunes qui l’a déploré devant les quelque 1 500 manifestants présents à ses côtés.

Jérôme Rodrigues, figure des gilets jaunes, lors de leur manifestation anti-passe sanitaire le 17 juillet. © RLS Jérôme Rodrigues, figure des gilets jaunes, lors de leur manifestation anti-passe sanitaire le 17 juillet. © RLS

Mais dans les rues, quel que soit le cortège, les revendications se ressemblent, avec « stop à la dictature sanitaire » et « liberté » comme maîtres mots. Si la préfecture de police de Paris dénombre 18 000 manifestants en tout dans la capitale, Florian Philippot revendique, pour son seul parcours qui s’est terminé à deux pas du ministère de la santé,  150 000 manifestants.

L’ancien frontiste se félicite en tout cas de « ce 35e rassemblement organisé par Les Patriotes contre la coronafolie ». C’est la toute première fois qu’il rassemble autant depuis « le confinement de la honte, le deuxième, en novembre ». La colère est grande, le créneau est à prendre et celui qui s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle le 14 juillet l’a bien compris.

Cette fois, le discours d’Emmanuel Macron du 12 juillet appelant à l’extension du passe sanitaire et l’envie de peser sur le « projet de loi relatif à l’adaptation de nos outils de gestion de la crise sanitaire » qui sera examiné la semaine prochaine par le Parlement ont motivé les troupes. 

Florian Philippot aura été le politique le plus réactif pour s’attribuer les lauriers du mécontentement des Français qui exigent la liberté de choisir de se faire vacciner ou non contre le Covid-19, et qui entendent le faire savoir dans la rue.

Martine Wonner (ex-LREM), Fabrice Di Vizio (avocat en santé publique), Florian Philippot (Les Patriotes) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), à l'avant du cortège de la manifestation anti-passe sanitaire du 17 juillet. © RLS Martine Wonner (ex-LREM), Fabrice Di Vizio (avocat en santé publique), Florian Philippot (Les Patriotes) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), à l'avant du cortège de la manifestation anti-passe sanitaire du 17 juillet. © RLS

À l’avant du cortège également : Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France. « C’est incroyable que 30 millions de non-vaccinés aient moins de droits qu’un fiché S terroriste », clame-t-il quand la foule s’immobilise, et que les proches de Florian Philippot accaparent les micros.

À leurs côtés, l’avocat de Didier Raoult, Fabrice Di Vizio, hyper-actif dans les médias et apprécié des Français les plus critiques du gouvernement sur sa gestion de la crise sanitaire. C’est lui, d’ailleurs, qui a donné envie à Mahera, 38 ans, yeux clairs et chevelure voilée, de venir depuis Bobigny (Seine-Saint-Denis) manifester dans les rues de Paris. 

Elle se décrit comme musulmane, quatrième génération d’immigrés d’Algérie. « Je m’en tape que ce soit Florian Philippot qui appelle à manifester, c’est le seul qui ait les couilles de protester pour la liberté de choix », explique-t-elle. Pour l’instant, elle ne travaille pas, mais elle est qualifiée pour occuper un poste dans la petite enfance. 

« Si on m’oblige à me faire vacciner, je quitte la France. Le vaccin me fait trop peur. Qu’on nous laisse deux ans au moins pour qu’on ait le recul nécessaire sur les effets secondaires ! », dit-elle en cherchant des yeux son amie dans la foule, vaccinée, elle, venue également au nom de la liberté de choix.

Christine et Talie, 52 ans, se sont quand même interrogées avant de répondre à l’appel de Florian Philippot, elles qui sont en dehors de tout parti politique. « En même temps, je ne sais pas organiser une manifestation, moi, et je voulais dénoncer cette stigmatisation des non-vaccinés, d’autant que les vaccinés peuvent être porteurs, cette séparation n’est pas pertinente », lâche Christine, consultante en formation.

Christine, venue manifester le 17 juillet pour la liberté de choisir de se faire vacciner ou non. © RLS Christine, venue manifester le 17 juillet pour la liberté de choisir de se faire vacciner ou non. © RLS

Talie travaille aussi dans la formation et se sent obligée de se justifier auprès de ses collègues de n’être pas vaccinée. « J’ai eu un Covid-19 carabiné en avril 2020. Depuis, j’ai fait trois tests sérologiques, le résultat du dernier en date, début juillet, est encore positif. J’ai toujours des anticorps, je n’ai pas besoin du vaccin, je fais confiance à mon corps », explique-t-elle.

Talie, contre l'extension du passe sanitaire, le 17 juillet à Paris. © RLS Talie, contre l'extension du passe sanitaire, le 17 juillet à Paris. © RLS

D’ailleurs, ce sont les mêmes interrogations dans les rangs des gilets jaunes que dans le cortège des Patriotes. Pourquoi ceux qui ont eu le Covid-19 seraient-ils obligés de se faire vacciner ? « Emmanuel Macron lui-même n’est d’ailleurs pas vacciné pour cette raison », entend-on dans les conversations. Pourquoi présente-t-on le vaccin comme la solution miracle alors que les vaccinés sans symptômes peuvent aussi transmettre le virus sans le savoir ? 

Quelques antivax purs et durs, très minoritaires, affirment avec le même aplomb de fausses informations qu’ils croient assurément vraies. Le vaccin anti-Covid-19 produirait les variants du virus, sans parler de sa composition, ici du « fœtus avorté », là de l’aluminium. 

Svetlana, 65 ans, brandit une pancarte « Florian Philippot 2022 ». Elle est infirmière de formation. « J’ai vu trop de collègues atteintes d’une sclérose en plaque après s’être fait vacciner contre l’hépatite B. Je ne me ferai pas vacciner et mes enfants non plus. Je suis russe, je saurai me débrouiller, je suis prête à acheter de faux passes sanitaires pour mes enfants », assure la dame blonde, soutien du président des Patriotes depuis février, « le seul politique à se bouger »

La plupart manifestent avant tout pour le principe de liberté. « Pas les enfants ! », entend-on aussi scandé… La crainte de devoir faire vacciner à l’avenir même les moins de 12 ans est bien présente. Sur le pavé, beaucoup de questions sur un sujet compliqué, un manque certain de confiance dans les médias traditionnels comme en l’exécutif. « Macron, menteur », disent les pancartes, lui qui avait affirmé que le vaccin ne serait pas obligatoire et qui ne s’en priverait pas finalement, de manière détournée, avec l’extension du passe sanitaire. 

L’affluence rassure ces Français qui se sentent habituellement « vilains petits canards » : finalement, ils ne seraient pas minoritaires à refuser de se faire vacciner, tentent-ils de se conforter, dans l’élan des slogans. 

Laëtitia et sa fille de 19 ans refusent aussi le sérum. « Je suis jeune et je n’ai pas envie qu’on m’injecte un truc. Mon père est médecin et il voit des personnes vaccinées développer quand même des formes graves de Covid », explique l’étudiante en biologie. 

« Le remède est pire que le mal », lit-on d’ailleurs sur les pancartes. Sa mère aussi craint « ce vaccin encore en phase expérimentale qui provoque de graves effets secondaires. Que tous les membres du gouvernement nous donnent la preuve qu’ils sont vaccinés ! Ils nous mentent depuis le début. Ils ont endormi les gens avec le chômage partiel mais là, le peuple se réveille », assure sa mère, Laëtitia.

Celle-ci admire la députée covidosceptique Martine Wonner (ex-LREM) et Richard Boutry, l’ancien journaliste devenu figure de proue de la sphère complotiste. Tous deux sont acclamés par la foule d’anti-passes sanitaires après leur intervention, l’une avant celle du chanteur Francis Lalanne et l’autre après. L’ex-égérie gilet jaune Jacline Mouraud prend aussi un temps le micro.

Le nom de Christian Perronne, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine) et l’un des personnages principaux du film Hold-up, adoré des complotistes, est également cité et largement applaudi.

Dans les haut-parleurs, les élus donnent l’exemple anglais comme celui à suivre, affirmant que la lutte contre le passe sanitaire a payé outre-Manche, obligeant Boris Johnson, le premier ministre britannique, à « redonner leurs libertés aux Anglais ». La Marseillaise, chantée en boucle tout l’après-midi, clôt le rassemblement, dans l’espoir que les institutions françaises bloquent cette extension du passe sanitaire tant redoutée.

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