L’inquiétant compte Twitter qui a annoncé l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine

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Le compte ayant diffusé quelques minutes après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine une image de la tête décapitée de l’enseignant s’était déjà fait remarquer fin août pour un photomontage mettant en scène… une fausse décapitation.

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Sur Twitter, le compte @Tchetchene_270 – fermé depuis – diffuse à 16 h 55 ce vendredi une photo d’une tête décapitée sur le bitume d’une chaussée à proximité d’un trottoir. Une image horrible assortie de ce commentaire : « De Abdullah, le serviteur d’Allah, à Marcon [sic], le dirigeant des infidèles, j’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment... »

Le compte Twitter @Tchetchene_270 qui va annoncer l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine. © DR Le compte Twitter @Tchetchene_270 qui va annoncer l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine. © DR

Le terroriste, qui vient de décapiter Samuel Paty, un professeur d’histoire-géographie, près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), prend le temps, selon toute vraisemblance (des investigations sont encore en cours), pour diffuser cette revendication de son acte, aussitôt l’horrible crime commis. À un follower qui lui demande à qui appartient cette tête, il prend là encore le temps de répondre : « C’est Mr Paty ».

Du nom de cet enseignant qui avait suscité une polémique auprès de certains parents d’élèves pour avoir mené en classe un cours sur la liberté d’expression et montré des caricatures de Mahomet. 

Quelques minutes plus tard et 200 mètres plus loin, l’auteur de la décapitation, un jeune homme de 18 ans né à Moscou et d’origine tchétchène, est abattu dans la ville voisine d’Éragny (Val-d’Oise) par les policiers de la brigade anti-criminalité de Conflans-Sainte-Honorine. Lorsqu’ils ont tenté de l’interpeller, l’homme aurait crié « Allah Akbar » avant d’être abattu. 

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) se saisit très rapidement de l’affaire : l’enquête est ouverte pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle », a indiqué le PNAT. La sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police et la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont été saisies.

Selon nos informations, les autorités avaient repéré la photo de décapitation dès 17 h 10, donc un quart d’heure après sa publication sur Twitter. Détails sordides, la présence d’un masque chirurgical imbibé de sang pendant autour de la tête coupée de la victime et le bitume de la chaussée en arrière-plan indiquaient que l’image montrait une décapitation récente en Europe.

Le second tweet de @Tchetchene_270 avec le nom du malheureux professeur alors inconnu ne permet guère d'avancer, le lien ne se fera qu’avec la vidéo diffusée sur YouTube d’un père d’élève s’offusquant qu’un professeur (portant le nom désigné par @Tchetchene_270) avait montré à ses élèves de 4e une photo d’un homme nu en disant que c’était le prophète des musulmans. Il n'en demeure pas moins que la corrélation a été très rapide.

Capture d'écran d’un tweet de @Tchetchene_270 mettant en scène à l’aide d’un montage photo la décapitation d’un homme fin août 2020. © DR Capture d'écran d’un tweet de @Tchetchene_270 mettant en scène à l’aide d’un montage photo la décapitation d’un homme fin août 2020. © DR

Toujours selon nos informations, des internautes avaient déjà repéré le 30 août dernier le compte @Tchetchene_270 à cause d’un tweet mettant en scène à l’aide d’un montage photo la décapitation d’un homme que Mediapart n’a pas pu identifier. En revanche, l’image support est un  détournement de la série épique turque Diriliş: Ertuğrul, qui raconte la vie du chef de guerre Ertugrul Gazi à l’origine de l’Empire ottoman.

Le titulaire du compte avait rapidement supprimé ce tweet inquiétant, et aucun autre élément ne permettait de faire un lien avec un futur passage à l’acte, encore moins avec le professeur du collège de Conflans-Sainte-Honorine.

Très porté sur la religion, le titulaire de ce compte avait épinglé début octobre une vidéo de douaa, des invocations au prophète traduites en arabe et en russe. Le 1er octobre, avant la polémique entre l’enseignant et certains parents d’élèves, il avait tweeté un nasheed « Ya Fawza Manal Shahadah Ta Sadiqan » faisant l'éloge de la mort en martyr et considéré comme un des chants religieux de l’État islamique.

Ce sont les quatre seules publications qui étaient encore accessibles hier en fin d’après-midi avant la suppression du compte. Il semblerait que le titulaire ait fait le ménage dans ses publications avant de passer à l’acte.

Mais l’examen des followers et amis de @Tchetchene_270 brosse tout de même le portrait d’un jeune homme fidèle à ses origines, très ancré dans la religion et probablement dans le djihad.

D’Abou Tchétchène à Ismaïl Ash-Shishani, en passant par Le_Tchétchène957 et TchétchèneM, on dénombre plusieurs pseudos affichant une origine commune avec le titulaire du compte. @BarbeNoire a pour biographie un énigmatique « Bientôt nous avons rendez-vous Patience Musulmans JUSTICE sera rendue ». Pour Lumber J@ck, c’est « Pour la racaille : Si tu crois que la violence ne résout rien, c’est que tu n’as pas tapé assez fort. Loi du Talion. » Hulker57, basé à Rennes, se définit comme « homophobe et antisémite »Quant à Khidji, il indique habiter dans l’Émirat islamique d’Afghanistan, Abou Talha se domicilie à « Dar al Kufr », la terre des mécréants.

Les pseudos mêmes de certains followers sont inquiétants, tels « AminAttaque » et « MartyrFassi ». Un autre se fait appeler Al-Battar qui est à la fois une référence à l’épée du Prophète mais aussi à une célèbre et sanguinaire katibat de l’État islamique dans laquelle sont passés plusieurs des auteurs des attentats du 13-Novembre à Paris et du 22-Mars à Bruxelles.

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