Karim Benzema suspecté d’être impliqué dans une tentative d’enlèvement

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Un agent qui travaillait pour le joueur du Real Madrid a déposé plainte lundi 8 octobre pour tentative d’enlèvement et de séquestration survenue la veille au soir. Il accuse des proches de Karim Benzema d'avoir essayé de le kidnapper après le match PSG-OL, dimanche 7 octobre, à Paris, sur fond d'un litige portant sur un transfert d'argent liquide.

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Âgé de 33 ans, Léo D’Souza est l’un de ces intermédiaires qui grenouillent dans le foot. Un peu agent, un peu nounou, un peu homme à tout faire, beaucoup ami. Du moins le croyait-il. Les contours de son poste, de ses prestations sont flous. Pas de contrat, une relation de confiance. En principe. Sa rémunération est souvent incertaine. Et les risques pris parfois grands. 

Lundi 8 octobre, par exemple, Léo D’Souza a porté plainte au commissariat de Nanterre pour « tentative d’arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire, violence n’ayant entraîné aucune incapacité de travail ». Le lendemain, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire du chef de « tentative d’extorsion », confiée au 3e district de la police judiciaire de Paris, comme nous l’a confirmé une source proche du dossier. Une enquête sensible et signalée.

Quand il a déposé plainte, Léo D’Souza a fait une corrélation évidente, selon lui, entre sa tentative d’enlèvement et ses missions récentes au service de Karim Benzema, joueur du Real Madrid et ex-star de l’équipe de France de football. La relation entre les deux hommes est distante depuis plusieurs semaines et le début d'un litige portant sur le transfert de 50 000 euros, en liquide, entre le Maroc et la France.

Interrogé à propos des faits dénoncés par Léo D'Souza, l'avocat de Karim Benzema, MSylvain Cormier, nous a répondu par mail : « La lecture de vos questions me fait penser, pour paraphraser un de vos confrères, à la démarche d’un astrophysicien qui s’évertuerait à rechercher une vérité scientifique dans un Marvel. La plainte de Monsieur D’Souza est une tentative aussi mensongère que maladroite de couvrir ses turpitudes. » De son côté, l’avocat de Léo D’Souza, Me Joseph Cohen-Sabban, ne souhaite pas « communiquer dans l’immédiat ».

Karim Benzema sur le terrain du Real Madrid, le 22 septembre dernier. © REUTERS/Susana Vera Karim Benzema sur le terrain du Real Madrid, le 22 septembre dernier. © REUTERS/Susana Vera

Les faits remontent à la soirée du dimanche 7 octobre. Le Paris Saint-Germain affronte l’Olympique lyonnais au Parc des Princes, en clôture de la neuvième journée du championnat de France. Les supporteurs lyonnais ont fait le déplacement. Parmi eux, un ami commun à Benzema et D’Souza. Il contacte ce dernier et lui propose de le retrouver après le match à l’Opium, un bar à chicha sur le quai François-Mauriac, dans le XIIIe arrondissement de la capitale. Aux environs de 23 h 45, ils s’attablent à l’Opium. « Karim veut te parler sur FaceTime », annonce l’ami, selon le récit qu’en fera Léo.

Ils papotent, essayent à plusieurs reprises d’appeler le buteur du Real Madrid, sans succès. Léo sort fumer une cigarette. Il aperçoit un van noir, n’y prête pas plus attention que cela. Un piéton s’approche sur sa droite. Léo tourne la tête et reconnaît Smaïne Tabennehas, un ami d’enfance de Benzema. Sa présence sur ce quai du XIIIe arrondissement de Paris ne peut pas, selon l'intermédiaire, être un hasard. D’après le récit qu’en fera D’Souza aux policiers, Tabennehas le tire par la manche et lui intime : « Monte ! Monte dans le van ! » Léo refuse.

Smaïne lui aurait alors, selon ses déclarations, décroché des coups de poing au visage et dans les côtes, ainsi que des coups de pied (sans incapacité temporaire de travail). Smaïne l’attrape ensuite par le col de son blouson. Léo en fait de même. Le conducteur du van descend et intervient. La silhouette fine, mat de peau, du gel dans les cheveux, Léo dit reconnaître, sans pouvoir le nommer, le chauffeur attitré de Benzema quand celui-ci circule à Paris.

À l’intérieur de l’Opium, personne ne rate la scène, l’établissement ayant pour façade une grande baie vitrée sur un étage. Les serveurs et le patron sortent. Ils demandent :

« Qu’est-ce qui se passe ?

— Rien ! On a un compte à régler », aurait rétorqué Smaïne Tabennehas.

Contacté par Mediapart (voir boîte noire), ce dernier confirme sa présence à l'Opium, où il se serait rendu pour prendre un verre, mais conteste toute agression : « Je sors du van et je tombe sur Léo, c'est un ami. D'un coup, il a commencé à s'exciter. Les gens sont sortis. Il s'est mis au sol, a commencé à faire un cinéma. J'ai jamais vu ça. » Le chauffeur du véhicule, Mohammed, qui convoie effectivement Benzema quand il est à Paris, défend la même version : il n'y a pas eu d'agression. « Smaïne lui a dit : “Est-ce qu'on peut parler cinq minutes ?” Là, l'autre se met directement par terre en criant : “Appelez la police !” » ajoute le conducteur.

Aux policiers qui enregistrent sa plainte, Léo D’Souza a raconté que le patron de l’établissement a demandé aux proches de Benzema de partir. Tabennehas et le chauffeur remontent dans le van. Avant de rentrer à l’intérieur du bar à chicha, Léo aperçoit dans le véhicule une silhouette, capuche sur la tête. « J’ai cru apercevoir monsieur Benzema Karim assis à l’arrière », déclare-t-il sur procès-verbal.

Smaïne Tabennehas et le chauffeur du van sont pourtant formels : la troisième personne n'est pas le footballeur, mais une autre de ses proches, Yamna Aghrib, qui s'occupe du marketing et de la communication du joueur du Real Madrid. Cette dernière a confirmé à Mediapart sa présence de la véhicule pour organiser la conversation sur « FaceTime ». Elle assure aussi que M. D'Souza n'a pas été victime de violences.

Selon nos informations, les premières investigations du 3e district de la police judiciaire de Paris ont effectivement permis d'exclure la présence de Karim Benzema dans le van qui quitte le XIIIe arrondissement. En revanche, plus ennuyeux pour le joueur, Smaïne Tabennehas et Yamna Aghrib sont ensuite retournés au Royal Monceau, où était justement logé Karim Benzema ce soir-là, et se sont entretenus avec le joueur.

Pendant ce temps dans le XIIIe arrondissement,  Léo D’Souza reçoit des messages, que Mediapart a pu consulter, de Gressy Benzema, le petit frère du joueur. « Qu’est-ce qu’il y a eu ? » Les deux amis se parlent alors au téléphone. Une fois raccroché, Gressy le relance par écrit. « Écoute-moi : personne ne va te hagar [frapper, mettre la misère, en arabe dialectal algérien – ndlr]. Crois-moi. Tu sais comme je suis. »  Dans la galaxie Benzema, Gressy s’occupe de gérer l’image de la star sur les réseaux sociaux. Lorsque l’affaire de chantage à la sextape de Mathieu Valbuena (qui vaut une mise en examen à Karim Benzema, la justice devant se prononcer le 8 novembre sur la validité de l'enquête) était sortie, Gressy avait téléphoné à son grand frère pour le mettre en garde : « Il faut éteindre l’incendie », comme l’avait révélé Le MondeAvec Léo, les tentatives de Gressy n’ont pas abouti : D’Souza se rend au commissariat le lendemain.

50 000 euros évaporés entre le Maroc et la France

Dès sa première audition, Léo bute sur une question centrale : pourquoi des proches de Karim Benzema auraient-ils voulu enlever un intermédiaire qui travaillait pour lui ?

M. D'Souza a évoqué devant les enquêteurs une piste menant à un transfert de fonds, en liquide, dont la star l'aurait, selon son récit, chargé en juillet 2018. Il s’agissait d’aller récupérer 50 000 euros d'un mystérieux « sponsor » au Maroc et de les rapatrier en Europe. Seulement, sur le chemin du retour, Léo s’est fait saisir la somme par les douaniers de l'aéroport de Marrakech. « Monsieur Benzema pense que je lui suis redevable de la somme de 50 000 euros », a expliqué l’intermédiaire aux policiers qui enregistraient sa plainte.

Yamna Aghrib, présente au Maroc en même temps que Léo D'Souza pour, selon elle, une autre mission, confirme à Mediapart que Léo D'Souza était censé convoyer jusqu'en France, le « 23 juillet », « 50 000 euros », fruit d'une « prestation que Karim a réalisée avec un de ses sponsors ». Inscrite sur le même vol que lui, elle confirme même avoir vu l'intermédiaire se faire arrêter par les douanes. « Léo a ensuite dit à Karim qu'on lui rendrait l'argent plus tard, quand il serait débloqué », ajoute-t-elle, précisant ensuite que l'intermédiaire se serait fait distant avec le joueur de football, malgré un voyage à Madrid le 1er septembre. Depuis, ajoute-t-elle, le clan Benzema a acquis la conviction, en récupérant notamment une quittance de paiement auprès des douanes marocaines, que « Léo a conservé l'argent ». Yamna Aghrib confirme aussi que le rendez-vous « FaceTime » de l'Opium à Paris devait porter sur ce contentieux des 50 000 euros.

La tentative d’enlèvement devant l'Opium, si elle est avérée, fait écho à un précédent dans le football français. Le 21 septembre 2011, l’agent du joueur Fabrice Fernandes était agressé par trois individus, qui tentaient de le faire monter de force dans une voiture et exigeaient le remboursement d’une somme de 225 000 euros, correspondant aux pertes d’un placement financier. Le « recouvrement de dettes à la sauvage » s’était terminé au tribunal. Fabrice Fernandes, reconnu coupable d’avoir commandité la tentative d’enlèvement, était condamné à 18 mois de prison avec sursis. Au début de l’affaire, le joueur avait effectué quatre mois de détention provisoire.

Karim Benzema lors d'un entraînement durant la Coupe du monde 2014 au Brésil. © REUTERS/Charles Platiau Karim Benzema lors d'un entraînement durant la Coupe du monde 2014 au Brésil. © REUTERS/Charles Platiau

Depuis qu'ils avaient fait connaissance, il y a trois ans, par l’entremise d’un autre footballeur de l’équipe de France, Jérémy Menez, Karim et Léo avaient conduit plusieurs opérations ensemble. Résident à Dubaï, l'agent s’est occupé d’organiser les séjours du joueur dans les pays du Golfe, lui a trouvé des sponsors locaux et a facilité des rendez-vous avec des familles royales du Golfe.

Quand Karim Benzema passe ses vacances en famille à Dubaï, à Bahreïn, Léo est à la manœuvre. Non sélectionné pour la Coupe du monde, l'ancien buteur de l’équipe de France a le droit cet été à de longues vacances. Léo est du voyage à Miami, Marbella et Monaco. Son téléphone est rempli de photos avec le joueur.

Cet été, Léo D’Souza se rend en Italie pour discuter transfert de Benzema avec un dirigeant du Milan AC. L’information fuite dans les médias italiens, lesquels vont même jusqu’à laisser entendre que le joueur se trouve en Italie pour la signature d’un contrat. Sur Instagram, le 21 juillet 2018, le pensionnaire du Real Madrid depuis 2009 dément en invitant le journaliste à l’origine de l’information à « changer de métier », tout en le traitant de « #menteur ». Il laisse également à Léo un message audio, que Mediapart a pu écouter, dans lequel il reconnaît que l’intermédiaire était bien son représentant à Milan, mais qu’il le soupçonne d’être à l’origine de la fuite. Benzema lui demande d’« arrêter de parler de [lui] » et lui précise que le Milan AC ne l’intéressait pas avant un ou deux ans et qu’actuellement, s’il quittait Madrid, ce serait pour un de ses « deux clubs de cœur : Manchester City et PSG ».

Extérieur au clan, Léo D’Souza a toujours eu l’impression qu’on cherchait à l’éjecter du clan Benzema, cet entourage d’amis ayant grandi avec la future star du ballon rond à Bron, en périphérie de Lyon, et qui vivent depuis aux crochets du joueur multimillionnaire.

L'un des plus fidèles d'entre eux est Karim Zenati. C’est en son nom que, lors d’un rassemblement de l’équipe de France, Karim Benzema avait approché Mathieu Valbuena pour lui proposer de régler son problème de sextape (des maîtres-chanteurs voulaient de l’argent en échange de la non-diffusion d’une vidéo intime du joueur). Zenati sera incarcéré dans cette affaire pas encore jugée. Sorti de prison mais toujours mis en examen, il a accompagné son copain d’enfance Benzema en vacances à New York, en juin dernier, d’après le livre Les Parrains du foot (éditions Robert Laffont, septembre 2018).

En 2015, Le Monde avait raconté que Karim Zenati convoyait des voitures du joueur, les revendait à l’étranger, puis rapatriait l’argent à Madrid.

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L’avocat de Léo D’Souza, Me Joseph Cohen-Sabban, ne souhaite pas « communiquer dans l’immédiat ».  

Une douzaine de questions a été adressée à Me Sylvain Cormier. Elles concernaient son client, Karim Benzema, mais aussi le petit frère de celui-ci. MCormier nous a répondu par mail : « La lecture de vos questions me fait penser, pour paraphraser un de vos confrères, à la démarche d’un astrophysicien qui s’évertuerait à rechercher une vérité scientifique dans un Marvel. La plainte de Monsieur D’Souza est une tentative aussi mensongère que maladroite de couvrir ses turpitudes. » 

Smaïne Tabennehas et Yamna Aghrib ont répondu à nos questions par téléphone. Tous les deux ont indiqué avoir échangé avec Karim Benzema avant notre entretien.