Alexandre Benalla et Vincent Crase placés en détention à la suite des révélations de Mediapart

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Les juges d’instruction chargés de l’enquête sur les violences du 1er Mai ont estimé que les deux anciens collaborateurs d’Emmanuel Macron avaient violé leur contrôle judiciaire en se rencontrant le 26 juillet 2018, quatre jours seulement après leur mise en examen.

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Sept mois après avoir quitté l’Élysée et La République en marche (LREM), Alexandre Benalla et Vincent Crase prennent la direction de la prison.

Les juges d’instruction chargés de l’enquête sur les violences du 1er Mai ont décidé de révoquer le contrôle judiciaire des deux anciens collaborateurs d'Emmanuel Macron, à la suite des révélations de Mediapart sur leur rendez-vous secret du 26 juillet 2018. Le juge des libertés et de la détention (JLD) a suivi les réquisitions du procureur de la République et ordonné leur placement en détention, a confirmé à Mediapart une source judiciaire. Alexandre Benalla, 27 ans, et Vincent Crase, 43 ans, ont passé ce mardi leur première nuit en prison.

Notre enquête publiée le 31 janvier avait notamment montré – enregistrements à l’appui – que l’ancien adjoint du chef de cabinet d’Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, et l’ex-responsable de la sécurité du parti LREM, Vincent Crase, tous deux mis en examen dans l’affaire des violences du 1er Mai, s’étaient rencontrés physiquement le 26 juillet, à Paris, en violation manifeste du contrôle judiciaire qui leur interdit tout contact.

Alexandre Benalla et, au second plan, Vincent Crase, le 1er mai 2018 à Paris. © Reuters Alexandre Benalla et, au second plan, Vincent Crase, le 1er mai 2018 à Paris. © Reuters

Cette rencontre s’est déroulée quatre jours seulement après leur mise en examen. La raison de cette entrevue était tout sauf anecdotique, puisqu'il s'agissait d'organiser la dissimulation d’un contrat de sécurité signé avec un oligarque russe proche du Kremlin (relire nos révélations ici, ici ou ).

Quand ils étaient encore à l’Élysée, les deux hommes avaient mis en œuvre en toute discrétion, à partir de mars 2018, un partenariat avec Iskander Makhmudov. Ce milliardaire, qui se définit lui-même comme un « soldat de Poutine », est par ailleurs suspecté par plusieurs magistrats européens d’être lié à la mafia (relire son portrait ici).

« Là, il y a le feu […] faut essayer de s’en sortir », alerte Vincent Crase, lors du rendez-vous du 26 juillet, craignant que le contrat russe ne soit découvert après l'éclatement de l'affaire des violences du 1er Mai. « Là il faut couper la branche », préconise alors Benalla. « Faut changer de portage, faut faire ce qu’on avait prévu de faire et transférer… […] Faut que tu disparaisses de la boîte [assurant les prestations du contrat russe – ndlr], dit-il à Vincent Crase. […] Donc faut qu’on trouve un mec… […] Enfin j’ai une idée en tête, mais faut qu’on mette la boîte au nom d’un autre mec… Parce que sinon […] ils vont faire des saisies conservatoires et ils vont mettre un stop à la boîte […] », ajoute-t-il.

Finalement, comme nous l’avons raconté ici, le contrat Makhmoudov a transité à partir d'octobre par une autre société, baptisée France Close Protection, spécialement créée par un proche d’Alexandre Benalla et qui rémunère ce dernier en France, mais aussi au Maroc dans le cadre d’un autre contrat avec un second oligarque russe, Farkhad Akhmedov.

Au lendemain de nos révélations sur le rendez-vous du 26 juillet, les enquêteurs chargés de l’enquête sur les violences du 1er Mai ont adressé à Mediapart une réquisition pour obtenir nos enregistrements. Comme à notre habitude, nous leur avons répondu le jour même que nous étions disposés à leur remettre une copie de ce que nous avions mis à la disposition de nos lecteurs, pas plus, pas moins. Cet accord verbal a été confirmé par un mail, envoyé le lundi 4 février à 9 heures. Les enregistrements diffusés, dont un supplémentaire dans lequel Benalla et Crase discutent de détruire des preuves, ont été remis dans la foulée à la justice par l’un de nos avocats, sur une clé USB.

Entretemps, notre journal a été visé par une tentative de perquisition diligentée par le tout nouveau procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, choisi par Emmanuel Macron à l’automne, au terme d’un processus de sélection vivement critiqué.

Cette enquête parallèle, fondée sur des soupçons d'« atteinte à l'intimité de la vie privée » et de « détention illicite d'appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d'interception et de télécommunications ou de conversations », a été ouverte sur la base d’une rumeur relayée dans des circonstances inhabituelles par les services du premier ministre Édouard Philippe (relire notre enquête ici).

Ce simple courrier de Matignon a justifié, aux yeux du procureur Heitz, une enquête sur nos sources et une tentative de perquisition de notre journal par la brigade criminelle.

Deux semaines après l’ouverture de cette enquête à la base juridique contestée, Alexandre Benalla puis Vincent Crase ont finalement porté plainte pour les mêmes motifs, ces derniers jours. Cette manœuvre visait notamment à rendre inexploitables, d’un point de vue judiciaire, les enregistrements. L'incarcération des deux hommes signe l'échec de cette stratégie de défense.

À ce jour, Alexandre Benalla fait l'objet de quatre procédures judiciaires distinctes :

  • Une information judiciaire sur les violences du 1er Mai, élargie au « selfie armé » pendant la campagne présidentielle (retrouvez nos révélations ici) ;
  • Une information judiciaire sur l'usage des passeports diplomatiques, élargie à des soupçons de faux (lire nos révélations ici) ;
  • Une enquête préliminaire conduite par le Parquet national financier pour « corruption » sur les contrats russes (lire ici).
  • Une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris pour « entrave à la manifestation de la vérité » (lire ici)

Ce mercredi 20 février, la commission d'enquête sénatoriale doit par ailleurs rendre son rapport et dire si elle compte saisir la justice pour parjure.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

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Mise à jour: cet article a été actualisé le 20 février à 15h45 avec l'ouverture d'une enquête pour « entrave à la manifestation de la vérité ».