Le PS met sous tutelle la fédération des Bouches-du-Rhône

Le bureau national du PS a voté mardi la mise sous tutelle de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, complètement bloquée par les dissenssions internes. L'enjeu : l'organisation ou non de primaires à Marseille à l'automne.

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Mise sous tutelle, avec arrière-pensées. Ce mardi soir, le bureau national (BN) du parti socialiste a voté à l'unanimité la mise sous tutelle de la fédération des Bouches-du-Rhône. Comme l’a révélé Le Monde, Harlem Désir, le premier secrétaire du PS, a proposé ce mardi au BN la mise sous tutelle de la direction de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône. Alain Fontanel, secrétaire national aux fédérations, et Christophe Borgel, secrétaire national aux élections, sont chargés d'exercer cette tutelle jusqu’aux élections municipales de mars 2014.

« La préparation des élections municipales dans le département exige de créer les conditions pour réussir nos Primaires citoyennes et remporter les échéances qui les suivront, notamment à Marseille et à Aix en Provence. Les divisions et les dysfonctionnements que connaît la fédération sont un obstacle à la bonne préparation des élections municipales. (...) Les citoyens comme les militants socialistes des Bouches-du-Rhône attendent une gauche en ordre de marche pour les élections municipales. Ils ont droit à l’organisation de Primaires irréprochables, en toute transparence et en toute équité », explique le PS dans un communiqué. Une haute autorité indépendante sera mise en place.

Seule la motion 3, l'aile gauche du parti, a fait le choix de ne pas participer au vote. « C'est une mise sous tutelle décidée à 15h et votée trois heures plus tard. Et pourquoi pas des exclusions sans débats contradictoires ? », s'inquiète Marianne Louis, l'une des responsables du courant A gauche maintenant. Selon elle, « on ne comprend pas vraiment si la primaire est le vrai motif, ou si c'est parce que c'est un problème d'orientation politique, à cause de la métropolisation de Marseille ». Et d'ajouter, méfiante : « Depuis le congrès, le problème de fonctionnement se situait à Marseille, mais pas dans le reste du département. Pourquoi ne pas mettre sous tutelle les sections marseillaises, comme on l'a fait dans le Pas-de-Calais ? »

La reprise en main était réclamée par plusieurs socialistes marseillais, dont Michel Pezet, vice-président PS du conseil général et ancien président du conseil régional, qui, le 13 mars, mettait en balance le risque d’un « éclatement durable de notre formation politique à l’intérieur du département des Bouches-du-Rhône ». Les mêmes demandaient par ailleurs la mise en retrait du patron de la fédération départementale, le député aixois Jean-David Ciot.

Cet ancien conseiller au cabinet de Jean-Noël Guérini, président PS du Conseil général des Bouches-du-Rhône, a été mis en examen le 5 mars 2012 pour recel de détournement de fonds publics. Le juge d’instruction Duchaine soupçonne les deux hommes d’avoir organisé un licenciement de complaisance au printemps 2011 afin de permettre à Jean-David Ciot de prendre la tête de la fédération PS – de laquelle Jean-Noël Guérini avait dû démissionner – et, surtout, de se présenter aux élections législatives dans de bonnes conditions financières. La tenue, jeudi 14 mars, d’un conseil fédéral, le premier depuis le Congré de Toulouse de novembre 2012, n’a pas apaisé les dissensions, les principales tendances du PS marseillais, dont Marie-Arlette Carlotti et Patrick Mennucci, ayant préféré jouer la politique de la chaise vide.

L’enjeu principal est bien sûr l’organisation d’une primaire en octobre à Marseille afin de départager les candidats PS aux municipales de 2014. Ils sont pour l'instant au nombre de quatre : le député et maire des 1er et 7e arrondissements Patrick Mennucci, le président de la communauté urbaine Eugène Caselli, la sénatrice et maire des 15e et 16e arrondissments Samia Ghali, et la ministre déléguée aux personnes handicapées Marie-Arlette Carlotti. Cette dernière n’a jamais caché son scepticisme envers une primaire. « J’y suis défavorable si elles sont préparées dans le manque de transparence et le pugilat », avait-elle répondu à 20 Minutes le 31 janvier 2013, craignant de « voir arriver des cars entiers avec des gens qui se mettraient à voter ». Et si la fédération est mise sous tutelle ? « Elle ne se prononce pas là-dessus pour l’instant, attendons le vote du bureau national », indique son entourage. La candidate, qui ne s’est officiellement toujours pas déclarée, a justement convié la presse le 21 mars sur le Vieux Port.

« Je ne vois pas pourquoi une mise sous tutelle remettrait en cause les primaires : au contraire, maintenant que la fédération est sous tutelle, que craint-on ? réagit de son côté Samia Ghali. Si la primaire est ouverte, ce n'est pas avec nos quelques militants socialistes que nous pourrons faire changer les votes ! » La sénatrice PS milite pour des primaires ouvertes à l’ensemble des Marseillais avec une commission collégiale et sous le contrôle de Jean-Pierre Mignard (qui était déjà à la tête de la haute autorité lors de la primaire pour la présidentielle). « C’est le seul moyen de remettre les pendules à l’heure, estime Samia Ghali. Maintenant, si Solférino veut imposer quelqu’un, autant le dire ouvertement. »

Le 13 mars, le député Patrick Mennucci, également candidat, jugeait lui aussi « la fédération en capacité d’organiser des primaires », à condition que « les instances de contrôles soient dirigées par le national ». Destitué le 1er février 2013 par ses pairs de son poste de président du groupe socialiste au conseil municipal de Marseille, le député croit dur comme fer que la gauche peut remporter Marseille. Si elle fait bien sûr le choix du bon candidat…

« Harlem Désir va mettre la fédération sous tutelle pour choisir Carlotti comme candidate… Mais ça ne va pas marcher parce qu'il n'y a pas de bon candidat. Aucun n'a un vrai projet pour Marseille », peste un important hiérarque socialiste. « C'est juste un truc pour installer Carlotti candidate », confirme d'autres sources, de diverses sensibilités. À Paris, certains responsables du PS craignent que l'organisation d'une primaire pour les municipales soit de facto quasi impossible. « Guérini continue à tout contrôler », confie un ministre. Et si pour la présidentielle, le national pouvait empêcher une fraude massive, Solférino craint d'être dépassé pour un enjeu touchant d'aussi près à l'avenir des chefs marseillais du PS.

En juillet 2011, une commission, présidée par l'ancien ministre de la défense Alain Richard, avait tenté de rétablir un semblant de démocratie dans le PS des Bouches-du-Rhône, en coupant les liens entre le parti et le tout-puissant conseil général, présidé par Jean-Noël Guérini. Mais depuis  un an et demi, la rénovation piétine. « Si on avait appliqué au moment où il le fallait le rapport Richard, nous n’en serions pas là », regrette Michel Pezet, qui rage de voir les débats de fond sur la future métropole marseillaise échapper à un PS local en pleine déliquescence. 

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Contactés par téléphone, Eugène Caselli, Patrick Mennucci, et Jean-David Ciot ne nous avaient pas répondu mardi soir.