Luminata, huit ou neuf déménagements en huit ans

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Luminata Lakatos a 24 ans, dont huit passés en France. Au village d'insertion de Montreuil, elle a trouvé une stabilité pour sa famille. Elle envisage même de monter une association pour combattre le racisme dont sont victimes les Roms.

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 © E.Berthaud © E.Berthaud

 

« Depuis que je suis arrivée en France avec mon compagnon et sa famille, j'ai peut-être changé huit ou neuf fois de logement. J'ai habité Sevran, Aulnay, Saint-Denis, Aubervilliers et Montreuil. Je suis restée un moment sur le terrain de la rue Saint-Just, à Montreuil. C'était un ancien parking. Nous étions une centaine à vivre là, nous avions transformés les box du parking en petites chambres. C'était un endroit… on ne peut pas dire bon..., mais ça allait. Il y avait l'électricité mais pas de douches. Nous faisions du feu pour chauffer.

Moi, je suis originaire de la région d'Arad en Roumanie. J'ai quitté la petite maison que mes dix frères et sœurs, mes parents et moi habitions pour venir m'installer en France. La vie était trop difficile là-bas, mon père travaillait dans la construction. Je n'avais pas envie de vivre cette vie. En arrivant en France, je me suis rendu compte que ça allait être difficile de trouver un logement et de trouver un travail.

Petits boulots

J'ai travaillé en faisant des ménages pour des particuliers. Certains me payaient normalement et d'autres mal. Je me souviens qu'une femme qui me donnait 4 ou 5 euros de l'heure. Ce n'était pas très bon. Parfois j'ai vendu aussi parfois des journaux pout «sans logis», ce qui revient à peu près à mendier. Mon mari, lui, a le permis de conduire. En ce moment, il fait des petits boulot de livraison, comme un déménageur. Moi je cherche du travail, n'importe quoi, des ménages dans un magasin. Je demande tous les jours à mes amis s'ils ont des pistes. On a besoin de travailler légalement, mais ce n'est aujourd'hui pas possible.

Rêves

Mes parents, restés en Roumanie, me demandent parfois de rentrer. Mais moi, je garde espoir. J'ai confiance. Je ne veux pas vivre comme eux. Je veux un avenir meilleur pour mes enfants. Je souhaite qu'ils aillent à l'école, qu'ils fassent quelque chose dans la vie. Oui, autre chose que de vendre des journaux, autre chose que d'être obligé de déménager tout le temps.

Au village d'insertion

Ici, c'est assez petit, on vit à quatre – mon mari, mes deux enfants et moi – dans une caravane. Mais on se débrouille, ça va. Ce n'est pas sale comme ailleurs. En face, il y a la caravane de ma belle-mère, à côté, celle de ma belle-sœur.

Je pense que c'est très bien que ça soit un endroit fermé: le terrain ne peut pas accueillir plus de personnes et ce grillage nous protège des animaux. Ici, j'ai l'impression que les gens de l'ALJ travaillent avec cœur; ils ne viennent pas juste comme ça. Je sens qu'ils ont vraiment le souci d'aider et de faire quelque chose de bien. Mais il faut un peu de temps.

A l'extérieur, je regrette que les gens parlent des Roms sans les connaître. Moi, je ne dis pas du mal des gens que je ne connais pas. C'est pour ça qu'avec quelques-uns, Roms et Français, on est en train de créer un association. On voudrait faire en sorte que la France et la Roumanie communiquent, éviter les problèmes de racisme. Nous avons déjà l'équipe, moi je serai vice-présidente.»

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