L’ex-patron de la CGT Thierry Lepaon recasé à l’Inspection générale de la jeunesse et des sports

Par

L’ex-secrétaire général de la CGT Thierry Lepaon est pressenti pour être coopté à l’Inspection générale de la jeunesse et des sports. Cette promotion risque de susciter beaucoup de polémiques, à cause du passé controversé du syndicaliste mais aussi parce qu’il n’a aucune des qualités pour occuper un tel poste.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

C’est une nomination de complaisance qui risque de susciter de vives controverses : l’ancien secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, qui avait été débarqué de ses fonctions syndicales dans des conditions pour le moins tourmentées, devrait faire son entrée prochainement au sein de l’Inspection générale de la jeunesse et des sports (IGJS). C’est ce que Mediapart a appris de sources proches de la CGT, information confirmée par des sources gouvernementales.

Selon nos informations, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont en effet récemment fait savoir au ministère de l’éducation nationale et à celui des sports qu’ils projetaient de nommer l’ancien syndicaliste à cette fonction d’inspecteur général et leur ont demandé de saisir la commission ad hoc habilitée à remettre un avis sur ce type de nomination, commission qui est placée sous l’autorité du directeur général de l’administration et de la fonction publique.

Cette promotion ne constitue qu’une demi-surprise, car Thierry Lepaon est de longue date choyé par la puissance publique, sous les socialistes comme sous la droite. En 2016, Manuel Valls, alors premier ministre, l’avait ainsi chargé d’une mission pour tracer les contours d’une future Agence de la langue française pour la cohésion sociale. Puis, en février 2017, il avait été bombardé président de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI). Or l’AFP a récemment annoncé que Matignon souhaitait revoir les contours de cette agence. « “Concernant Thierry Lepaon, une mission lui sera confiée dans les semaines à venir”, a précisé le cabinet d'Édouard Philippe. Matignon n'a pas précisé cette nouvelle mission, indiquant simplement qu'elle ne serait pas liée à la lutte contre l'illettrisme », indiquait l’agence.

La nomination de Thierry Lepaon risque de susciter des controverses, pour au moins deux raisons. On se souvient d'abord qu’au début de 2015, l’intéressé avait été contraint de quitter ses fonctions de secrétaire général de la CGT qu’il occupait depuis 2013, à cause de révélations dans la presse sur des travaux dispendieux qu’il avait fait effectuer dans son bureau et son appartement de fonction. Même si la confédération l’avait, un an plus tard, blanchi de ces accusations, beaucoup risquent de penser qu’il ne dispose pas des qualités pour intégrer l’un des corps de contrôle réputés de l’État.

La polémique risque d’être attisée pour une seconde raison : comme tous les autres corps de contrôle, l’IGJS requiert pour bien faire son office de disposer d’inspecteurs compétents dans leur domaine, connaissant les rouages du sport, et qui ne soient pas des esprits dociles mais, à l’inverse, habités par leur mission d’intérêt public. Pour mesurer l’importance de l’IGJS, on peut, à titre d’illustration, se reporter au rapport écrit par elle sur la Fédération française du tennis, rapport à l’origine de l’ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet national financier (lire ici).

Or les trois dernières nominations intervenues ces derniers mois au sein de l’IGJS ont profité à des personnes qui, notoirement, ne répondent pas à cette exigence, et qui sont plutôt dans une relation de docilité avec la puissance publique, ne disposant pas de l’autorité ou de la liberté de parole précieuses dans ces fonctions. Alors qu’il était visé par de lourds griefs émanant de l’Inspection générale de la jeunesse et des sports, le directeur général de l'Institut national du sport, Jean-Pierre de Vincenzi, avait peu avant cela, comme Mediapart l’avait révélé (lire ici), quitté l’établissement public pour devenir… inspecteur général de la jeunesse et des sports !

Cela commence donc à faire beaucoup. À force de nominations de complaisance, c’est l’équilibre même de l’Inspection qui risque au bout du compte d’être atteint. La promotion de Thierry Lepaon va aggraver encore plus ce constat.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale