Benalla en garde à vue, et finalement licencié

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La présidence a opté pour le licenciement du « Monsieur sécurité » de Macron qui, selon le parquet, se serait procuré des images de vidéosurveillance du 1er mai.

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Sortir de la crise, et si possible sans trop de casse, ni trop de bruit. La présidence de la République a opté pour la discrétion, vendredi matin, au moment d'annoncer le licenciement d’Alexandre Benalla, le proche collaborateur d’Emmanuel Macron mis en cause pour des violences sur des manifestants, place de la Contrescarpe à Paris le 1er mai. On apprenait concomitamment le placement en garde à vue du chargé de mission au siège de la police judiciaire, porte de Clichy, à Paris. Alexandre Benalla est visé depuis jeudi par une enquête préliminaire pour « violences par une personne chargée d’une mission de service public », « usurpation de fonctions » et « usurpation de signes réservés à l’autorité publique ».

Jeudi, le porte-parole de l’Élysée, Bruno-Roger Petit, avait lors d’une déclaration solennelle confirmé les faits, tout en estimant au nom du président que la mise à pied de quinze jours infligée à Alexandre Benalla ainsi qu’à un autre collaborateur de l’Élysée était une sanction suffisante, et même « la plus grave jamais prononcée contre un chargé de mission travaillant à l’Élysée ». Selon Le Monde, Alexandre Benalla a déclaré depuis le 9 juillet (soit deux mois après la fin de cette « grave » sanction) être domicilié dans une dépendance de l'Élysée. Le quotidien indique s'appuyer sur un document administratif signé de Benalla lui-même, où il indique résider au 11, quai Branly. C'est à cette adresse que se trouve le palais de l'Alma, où François Mitterrand logeait sa compagne Anne Pingeot.

Alexandre Bellana et Emmanuel Macron à Rodez, le 5 mai 2017. © REUTERS/Regis Duvignau Alexandre Bellana et Emmanuel Macron à Rodez, le 5 mai 2017. © REUTERS/Regis Duvignau

Vers 10 heures, vendredi, c’est l’AFP qui a fait connaître le revirement de la présidence, et sa décision concernant son chargé de mission : « Il a été porté à la connaissance de la présidence de la République des faits nouveaux, qui sont constitutifs d'une faute commise, et qui font l'objet d'une procédure judiciaire », a indiqué l'Élysée, justifiant son revirement par cette précision : « M. Benalla aurait été destinataire d'un document de la préfecture de police qu'il n'était pas autorisé à détenir. »

Le parquet de Paris a indiqué, vendredi, que le chargé de mission était également mis en cause pour « complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection ». Non content d'avoir joué aux policiers, et d'avoir violenté les manifestants, il se serait procuré des images de vidéosurveillance des faits, auprès des responsables policiers parisiens.

À la mi-journée ce vendredi, Gérard Collomb a publié un communiqué dans lequel il déclare avoir « été, dans la soirée du jeudi 19 juillet, informé par le préfet de police de Paris des infractions susceptibles d’avoir été commises par trois fonctionnaires de la préfecture de police (communication non autorisée à un tiers d’images de vidéoprotection) ». Condamnant « lourdement ces agissements qui, s’ils devaient être confirmés, constituent un grave manquement à la déontologie et portent atteinte à l’image d’exemplarité qui doit, en toutes circonstances, caractériser l’action de la police nationale », il a demandé « qu’il soit procédé à la suspension à titre conservatoire des trois fonctionnaires. Cette suspension est effective depuis vendredi matin ». Enfin, « le parquet de Paris ainsi que l’Inspection générale de la police nationale ont été saisis afin de faire la lumière sur ces faits ».

Selon Europe 1, il s’agit d’un contrôleur général à la préfecture de police, un commissaire présent place de la Contrescarpe, ainsi qu’un commandant chargé des relations avec l’Élysée. Le parquet a saisi l’inspection générale de la police nationale (IGPN) des faits.

Par ailleurs, Le Monde a identifié un troisième homme présent sur les vidéos du 1er mai, habillé en civil, et qui semble opérer aux côtés d'Alexandre Benalla : il s'agirait de Philippe Mizerski, un membre de l’état-major de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC). Pas plus que les autres fonctionnaires, il n'intervient pour mettre fin aux actions du collaborateur d'Emmanuel Macron.

Avant même l’annonce de la mise en cause des fonctionnaires parisiens, la crise a pris, dès jeudi, la tournure d’une affaire d’État. Dans la soirée de jeudi, la commission des lois de l’Assemblée nationale s’est en effet dotée des prérogatives d’une commission d’enquête sur l’affaire, et dont les travaux devraient commencer, lundi 23 juillet.

Un programme des auditions doit être déterminé vendredi par le bureau de la commission. Le ministre de l’intérieur Gérard Collomb pourrait être l’un des premiers responsables entendus.  

Dans la soirée de jeudi, une nouvelle vidéo du 1er mai place de la Contrescarpe a été diffusée par le Huffington Post, mettant au jour le fait qu'Alexandre Benalla a également molesté une femme, en plus du premier manifestant.

Affaire Benalla : de nouvelles images montrent le collaborateur de Macron agresser une manifestante. © LeHuffPost

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Article mis à jour le 20 juillet à 15 h 30 après parution de l’article du Monde sur le domicile de M. Benalla au 11, quai Branly.