Le parquet financier ouvre une enquête judiciaire sur les Football Leaks

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À la suite des révélations de Mediapart et de ses partenaires de l'EIC sur les Football Leaks, le Parquet national financier a ouvert le 12 décembre une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraudes fiscales aggravées » qui vise plusieurs résidents fiscaux français.

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C’est la toute première enquête pénale ouverte sur les Football Leaks en Europe. À la suite des révélations de Mediapart et de ses partenaires du réseau de journalistes d’investigation EIC, le Parquet national financier (PNF) a annoncé mardi qu’il avait ouvert le 12 décembre une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraudes fiscales aggravées » à la suite de la publication de certains de nos articles sur les Football Leaks, au sujet de « faits susceptibles de concerner des résidents fiscaux français ». L’enquête a été confiée aux policiers de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF).

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En choisissant d’ouvrir dès maintenant une enquête pour un chef assorti de circonstances aggravantes, le PNF considère que l’affaire est très sérieuse. Le « blanchiment de fraude fiscale aggravé » (commis par un professionnel et/ou sur une longue période) est puni d’un maximum de 10 ans de prison et 750 000 euros d’amende, contre 5 ans de prison et 375 000 euros d’amende pour le « blanchiment de fraude fiscale » simple.

Le PNF ciblant les « résidents fiscaux français », il est très probable que l’enquête vise les deux vedettes argentines du Paris Saint-Germain, Javier Pastore et Angel Di Maria. Nous avions révélé qu’ils touchaient leurs revenus de sponsoring dans des paradis fiscaux, par l'intermédiaire d'un tentaculaire réseau de blanchiment impliquant des hommes de paille néerlandais, des conseillers financiers urugayens et un sulfureux financier argentin (lire notre enquête ici et ).

Le parquet financier semble également cibler Lucho González (dit « Lucho »), l’ancien joueur argentin de l’Olympique de Marseille. Nous avions révélé le 12 décembre qu’Adidas lui a versé ses revenus de sponsoring directement sur le compte d’une société offshore immatriculée au Panama (lire notre enquête ici).

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L’ouverture rapide de cette enquête judiciaire française tranche avec l’attentisme de certains autres pays européens également concernés par les Football Leaks. L’Espagne s’est contentée à ce stade de lancer une enquête fiscale sur le vaste système de dissimulation fiscale mis en place par l’agent Jorge Mendes pour la superstar Cristiano Ronaldo et six autres de ses clients (lire ici), sans ouvrir d’enquête judiciaire. Une attitude difficilement compréhensible, certains joueurs comme Messi ayant été condamnés à de la prison avec sursis pour fraude fiscale au sujet de montants éludés beaucoup moins élevés (lire ici).

D’autres affaires seraient également susceptibles de constituer des infractions pénales, notamment au Portugal (les commissions occultes versées par le FC Porto au fils du président du club) ou en Grande-Bretagne (dissimulation fiscale de l’entraîneur de Manchester United José Mourinho, soupçons de favoritisme de l’ancien entraîneur de Swansea Michael Laudrup envers son agent). Mais là encore, aucune enquête n'a été ouverte à ce stade.

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Douze journaux européens regroupés au sein du nouveau réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC), dont Mediapart est l’un des membres fondateurs, ont révélé, depuis le vendredi 2 décembre, l’opération Football Leaks, la plus grande fuite de l’histoire du sport.

Obtenus par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel et analysés par tous les journaux membres de l’EIC, 18,6 millions de documents – soit un volume de 1 900 gigaoctets – offrent une plongée spectaculaire dans les secrets de l’industrie du football. Fraude et évasion fiscales, réseaux de prostitution, connexions mafieuses, exploitation de joueurs mineurs… Football Leaks documente de manière inédite la face noire du sport le plus populaire d’Europe.

Soixante journalistes, associés à huit informaticiens qui ont développé des logiciels spéciaux pour l’opération, ont enquêté durant plus de six mois. Les publications d’intérêt public de Football Leaks, qui reposent sur des documents authentiques et de nombreux témoignages, s’étaleront de façon simultanée durant trois semaines.

Outre Mediapart, le projet Football Leaks rassemble Der Spiegel (Allemagne), The Sunday Times (Royaume-Uni), Expresso (Portugal), El Mundo (Espagne), L’Espresso (Italie), Le Soir (Belgique), NRC Handelsblad (Pays-Bas), Politiken (Danemark), Falter (Autriche), Newsweek Serbia (Serbie) et The Black Sea, un média en ligne créé par le Centre roumain pour le journalisme d’investigation, qui couvre l’Europe de l’Est et l’Asie centrale.