Les écolos cherchent une alternative à l'alternative Mélenchon

Par

Lors d'un forum à la Mutualité dimanche, EELV a invité plusieurs personnalités politiques et de la société civile à « retrouver la démocratie » après l'affaire Cahuzac. En espérant esquisser une majorité d'idées à gauche pour obliger le gouvernement à gauchir son cap.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Ils n'étaient pas nombreux à les écouter, mais ce qu'ils ont dit mériterait d'être davantage entendu. Ce dimanche après-midi à Paris, dans la salle de la Mutualité, Europe Écologie-Les Verts (EELV) a organisé un forum pour « retrouver la démocratie » après l'affaire Cahuzac. Un rendez-vous organisé à la va-vite et qui n'a réuni qu'une centaine de personnes, souffrant de la concurrence du beau temps et de la manifestation de défense du mariage pour tous, place de la Bastille (lire notre reportage).

Pourtant, l'affiche (parfaitement paritaire, entre hommes et femmes) avait de quoi attirer, avec les interventions de deux ministres non-socialistes du gouvernement Ayrault, l'écologiste Cécile Duflot et la radicale Christiane Taubira, comme de la sénatrice socialiste et chef de file de l'aile gauche du PS, Marie-Noëlle Lienemann. Pour beaucoup de cadres et élus écologistes, leur présence valait message politique : même si l'on ne manifeste pas le 5 mai prochain aux côtés du Front de gauche et de Mélenchon, le souhait d'un changement de politique gouvernementale est partagé. « Il faut qu'on arrive à créer du rapport de force, c'est l'enjeu des prochains mois », glisse un cadre d'EELV proche de Duflot.

Cécile Duflot, le 21 avril 2013, à la Mutualité © capture d'écran Cécile Duflot, le 21 avril 2013, à la Mutualité © capture d'écran


À la tribune, la ministre du logement a évoqué le « moment de tristesse » des électeurs de Hollande, après le dénouement de l'affaire Cahuzac. Et si elle n'a pas caché les sujets où elle aimerait que la politique de son gouvernement soit infléchie (Notre-Dame-des-Landes, le droit de vote des étrangers ou la mise en place de récépissés pour les contrôles d'identité), Duflot s'est aussi adressée au Front de gauche, et à Jean-Luc Mélenchon en particulier. « Il faut faire en sorte que notre pays garde la tête froide, a-t-elle lancé. Dans ces temps difficiles, la course à la colère risque d'être un course à l'abîme. Je le dis à ceux qui pensent pouvoir maîtriser la foudre, nous ne pouvons pas ajouter de la tempête à de la tempête. » Une méfiance vis-à-vis de Mélenchon, qui s'est aussi exprimée dans la bouche de Pascal Durand, le secrétaire national des Verts : « Il y a un risque de repli nationaliste et souverainiste à gauche. » D'autres reprochent aussi le jacobinisme du Front de gauche, comme l'élu régional Bastien François.

De son côté, Christiane Taubira a goûté la standing ovation qui l'a accueillie (« J'ai bien fait de venir »), et a dit « éprouvé l'urgence de la rencontre », alors qu'elle estime « que nous entrons dans une phase de mélancolie, cet “état fécond qui donne du relief à l'existence” ». L'une de ses multiples références et citations (celle-ci était de l'essayiste Jean Clair) qui ont jalonné son discours très applaudi, et conclu par une ode à la France « nation plurielle, pays mêlé, qui porte tous les autres pays en son sein, qui porte en elle la présence du monde ». Plaidant pour « un mouvement d'assainissement de la finance internationale », qui mettrait « un terme à dix ans d'impuissance organisée et volontaire » de la droite, elle a ponctué : « C'est un combat que nous devons risquer politiquement de mener. »


[Retrouver la démocratie] Intervention de Christiane Taubira © EELV Europe Ecologie Les Verts


Un peu plus tard, Marie-Noëlle Lienemann dira, elle, sa crainte de voir « la démocratie parlementaire étouffée », comme signe d'une « République en danger, quels que soient les contre-pouvoirs imaginés autour ». Et de déplorer : « Dans la Ve République, le président et le premier ministre disent quand le parlement ne sert plus à rien. Le comble étant atteint avec le vote bloqué pour l'accord social (ANI) au Sénat, la nuit passée. » Plutôt qu'un « ragnagna techno qui démoralise la société », elle souhaite « un nouveau front de classe, pardon pour la formule brutale », puis précise sa pensée, déjà exprimée par l'aile gauche du PS, d'un « nouveau pacte majoritaire » : « Un nouveau front populaire, qui ferait voter quatre ou cinq grandes lois d'emblée, pour permettre une nouvelle dynamique. » À ses côtés, Pascal Durand intervient alors : « Je rappelle que le Front populaire s'est aussi fait avec les radicaux, parfois très au centre de l'échiquier politique. »

Il y a deux semaines de cela, le bureau exécutif d'EELV avait décidé d'écrire aux autres partis, du Front de gauche au MoDem, pour les appeler à « dépasser les querelles partisanes et divisions pour apporter les solutions nécessaires lorsque les enjeux fondamentaux sont en cause » (lire ici). Mais le bilan de l'initiative est maigre. Le Front de gauche leur a répondu qu'il n'y avait pas lieu de discuter avec le centre, et une délégation écolo s'est rendue à un « sommet » des partis de la majorité présidentielle (avec le MRC chevènementiste de Jean-Luc Laurent, le PRG radical de Jean-Michel Baylet et le MUP de Robert Hue), dont n'est sorti qu'un projet de communiqué, finalement pas diffusé. « En gros, la proposition des socialistes, c'était de dire qu'il fallait soutenir la politique du président, et que la droite est vraiment très méchante quand elle se radicalise. Ce n'était vraiment pas à la hauteur… », soupire un dirigeant d'EELV.

Alors, le parti écologiste cherche à faire vivre autrement sa « culture de coalition ». À l'intérieur de la majorité, mais sans taire ses exigences critiques. « Nous sommes aujourd'hui onze ans après le 21 avril 2002, mais le FN progresse et l'alternative que nous pensions être en mesure de porter (cette culture) ne s'est pas faite », dit le secrétaire national d'EELV, Pascal Durand, à la tribune. Il dit aussi ses « doutes » face à la première année de pouvoir de la gauche : « Je n'arrive pas à comprendre où on va, ni pourquoi il y a autant de décalage entre nos promesses de campagne et la pratique du pouvoir. Ce décalage est insupportable… » Pour autant, Durand se refuse « à être critique vis-à-vis du gouvernement », mais souhaite apporter des « propositions constructives », qui ont « besoin d'être débattues avec la société, car on ne peut pas affirmer avoir des solutions toutes faites ».

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale