A l’Assemblée, les gauches se sentent impuissantes

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Face au rouleau compresseur de La République en marche, le groupe de La France insoumise a du mal à trouver un second souffle. Le groupe communiste, retrouve ses vieilles habitudes. Le groupe PS, qui s'est effondré, peine à se redresser.

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Trois groupes et à peine plus d’une soixantaine de députés. À gauche de La République en marche (LREM), les six premiers mois du quinquennat Macron permettent de tirer un premier bilan. Passés de zéro à dix-sept députés, le groupe de La France insoumise (FI) est parti tout feu tout flamme, avant de déchanter – Jean-Luc Mélenchon a ainsi dû « donner le point » au président de la République sur les ordonnances réformant le code du travail.

Avec dix-sept députés lui aussi, le groupe communiste n’a ni perdu ni gagné lors de la dernière bataille législative, mais a fait de ce maintien une victoire en soi. Les socialistes, eux, sont passés de 280 à une trentaine de députés, ultime coup de bambou après le résultat calamiteux de la présidentielle (6,36 %), et peinent depuis à reprendre vie dans l’opposition et à affirmer une cohérence politique.

Face à ces trois groupes, plus de 300 députés LREM – sans compter des députés MoDem, et désormais les Constructifs –, l’un des plus importants groupes majoritaires de la Ve République. Un véritable rouleau compresseur. Les statistiques de l’Assemblée nationale sur le travail législatif organisé par le gouvernement depuis six mois ne sont pas encore complètes, mais une rapide comparaison entre la première séquence post-élection d’Emmanuel Macron et celle de François Hollande donne une idée de la pression que les petits groupes parlementaires ont subie, et à laquelle ils ont tenté de répondre.

Entre le 21 juin et le 30 septembre 2017, les députés ont siégé 25 jours (179h30) en séance publique contre 18 jours (133h40) cinq ans plus tôt, entre le 26 juin et le 30 septembre 2012. Le travail en commission a également été plus important en ce début de législature : 235h20 min contre 201h15 min. Au total, dix projets de loi ont été déposés lors de la séquence d’été en 2012 (hors conventions), alors que les députés ont dû débattre cette année sur dix-neuf textes.

Surtout, au-delà des heures passées sur les bancs, c’est le sentiment d’un travail jamais pris en compte par la majorité qui peut donner un sentiment de s’échiner pour un résultat législatif quasiment nul. De fait, sur 2 483 amendements proposés en séance publique, principalement par les groupes d’opposition, seuls 215 ont été adoptés, c’est-à-dire moins de 8,6 %. En 2012, 232 amendements sur 1 485 avaient été intégrés aux différents textes soumis au vote, soit plus de 15 %…

« Depuis le 20 juin, nous sommes sur la brèche, nous sommes confrontés à une avalanche de textes », juge le député insoumis de Gironde Loïc Prud’homme. Clémentine Autain, sa collègue de Seine-Saint-Denis, évoque « un rouleau compresseur alliant rapidité et intensité », qui rend évidemment « la tâche difficile pour les groupes avec peu de députés ».

Dès le mois de juillet, après deux campagnes électorales – présidentielle et législatives –, Jean-Luc Mélenchon, qui préside le groupe parlementaire de La France insoumise, avait alerté sur l’agenda chargé de la session extraordinaire, avec en particulier le projet de loi d’habilitation des ordonnances visant à réformer le code du travail, et sur la fatigue déjà accumulée. Il montrait également un certain mécontentement sur la prolongation de la session, qui s’était finalement terminée le 9 août, au lieu du 3 août initialement prévu, obligeant les députés de tous bords à repousser leurs vacances.

Les députés insoumis, pour leur baptême du feu à l’Assemblée nationale, ont aussi vécu le contrecoup de leur stratégie d’hyper-présence sur les bancs de l’hémicycle, un des maillons de leur combat contre le gouvernement et « son coup d’État social », selon la terminologie utilisée par le groupe, qui s'ajoute au désir d'être actifs sur le terrain auprès des militants. Une politique du « dedans et du dehors » qui nécessite énergie et ténacité.

Découverte du travail à l’Assemblée, temps de mise en place d’une équipe de collaborateurs parlementaires organisés et envie de travailler sur le fond : l’équation a longtemps été difficile à résoudre pour ces députés dont le mouvement est lui aussi en construction, sans cadres ni relais territoriaux en abondance pour soutenir et relayer à l’extérieur le travail parlementaire.

Exemple du rôle, et de sa complexité, des élus insoumis : le député de Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud a coordonné avec Manuel Bompard, le responsable des campagnes de La France insoumise, l’ensemble du processus de structuration du mouvement depuis les élections, de l’université d’été à Marseille, fin août, à la convention de Clermont-Ferrand, fin novembre. Tout en participant en septembre et octobre aux différentes manifestations du mouvement social, en complément de son implication à l’Assemblée nationale…

Mais la stratégie de la FI demeure identique, à ce stade, pour faire entendre une voix d’opposition forte au gouvernement : « Certes, on est au mois de décembre, on est fatigué car on s’impose un rythme particulièrement violent par le rythme et notre présence. Mais s’il faut être là jusqu’à une heure du matin, nous y sommes, nous tournons », résume Clémentine Autain, qui souhaite que le groupe soit chaque jour « présent politiquement ».

Le groupe de La France insoumise à l'Assemblée. Au premier plan : Jean-Luc Mélenchon et Clémentine Autain. © Reuters Le groupe de La France insoumise à l'Assemblée. Au premier plan : Jean-Luc Mélenchon et Clémentine Autain. © Reuters

« Depuis juillet, nous avons structuré notre travail, ajoute Loïc Prud’hommes, qui siège en commission sur le développement durable. Mais en terme de moyens humains, face à cette masse de travail, c’est parfois difficilement gérable. » Il fait néanmoins valoir que toute la réflexion préalable de La France insoumise autour du programme L’Avenir en commun facilite les choses en permettant d'asseoir rapidement un contre-argumentaire aux textes proposés par le gouvernement et la majorité.

Même si, « quand on confronte les livrets du programme aux projets de loi, il faut un temps pour traduire nos propositions en amendements ». Et le député de mettre en avant le contre-budget proposé en réaction au projet de loi de finances du gouvernement comme emblème du sérieux du groupe auquel il appartient.

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