Détention confirmée pour le militant toulousain arrêté en marge des «gilets jaunes»

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Incarcéré depuis le 4 février après son interpellation en marge de l’acte XII à Toulouse, R. ne sera pas libéré. Le rappel par l’avocat général du « contexte » politique et social a suffi à la cour d’appel pour maintenir ce militant autonome en détention. Malgré un dossier judiciaire quasi vide.

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Toulouse (Haute-Garonne), de notre correspondant.– Un « contexte » mouvementé dans lequel les services de police et de justice ont besoin de « confort » pour enquêter. Se rendant à cet argument de l'avocat général, la chambre d'instruction de la cour d'appel du TGI de Toulouse a rejeté vendredi 22 février la demande de libération de R., mis en examen le 4 février pour association de malfaiteurs.

Ce jeune homme suisse de 26 ans, interpellé le 2 février en milieu de journée à Toulouse, peu avant le début des manifestations de l'acte XII, reste donc détenu à la maison d'arrêt de Seysses. La décision d'un éventuel renouvellement de son mandat de dépôt interviendra le 4 mai. D'ici là, les recours en nullité de procédure portant sur les conditions de son interpellation et les motifs de sa mise en examen, déposés le 15 février, devraient être examinés. Des audiences, non publiques, pourraient avoir lieu à cette fin dans le mois qui vient.

Lors de celle qui s'est tenue à la cour d'appel, mardi 19 février, son avocate Claire Dujardin a plaidé l'absence d'éléments concrets dans le dossier : « Nous sommes [face à] un énorme point d'interrogation quant aux faits matériels qui sont reprochés [à R.] », a-t-elle souligné. « Il y a une vraie difficulté à trouver une infraction caractérisée. Sauf à considérer qu'on lui reproche d'avoir participé à toutes les dégradations du mouvement des gilets jaunes… » De fait, le dossier est truffé de « PV de contexte » relatant par le menu les manifestations agitées des samedis toulousains depuis trois mois.

Charlotte Cambon, l'autre avocate de R., s'est elle attachée à déconstruire les raisons invoquées par le parquet pour le maintenir en détention : la sérénité et le « confort » de l'enquête, la continuité des investigations, la préservation des « preuves et indices » et l'assurance qu'il ne se concerte pas avec ses camarades.

« Aujourd'hui, il n'y a plus de doute sur son identité », a-t-elle remarqué. Dans un premier temps, refusant de donner son ADN, R. avait lâché une fausse identité, prétendant se nommer « Jérôme Schmidt ». Une « espièglerie » qui n'avait pas plu aux policiers. Quant aux « preuves et indices » supposés, « on nous demande en fait de le garder en détention pour trouver des éléments qui n'existent pas encore ! On devrait être dans une enquête préliminaire », a résumé Charlotte Cambon.

Face à ces arguments, l'avocat général a assumé la prééminence dans le dossier des « éléments de contexte » : « Depuis quelques semaines, la ville de Toulouse est soumise à des manifestations importantes qu'instrumentalisent des groupes qui ont un tout autre objectif », a ainsi assuré le magistrat. En l’occurrence, selon lui : « provoquer les forces de l'ordre et déclencher ce que certains voudraient être une insurrection nationale » qui serait le « but ultime de certains de ces groupes ».

En défense des « contrôles d'identité préventifs » permis par les réquisitions larges du parquet, il a insisté sur plusieurs points : la possession par R. de clés qui seraient, selon la police et la justice, les outils d'un « mode opératoire » (d’« ultragauche », donc) consistant à stocker vêtements et « munitions » dans les communs des bâtiments situés le long des parcours de manifestations ; le « marquage » des chiens de détection d'explosif à plusieurs endroits, lors de la perquisition au domicile de R. le 6 février ; et la découverte lors de cette même perquisition d'une trentaine d'ordinateurs et d'une quinzaine de téléphones portables attestant, selon l'avocat général, de son appartenance à « un groupe organisé ».

Ces perquisitions présentées comme fructueuses n'ont pourtant, plus de deux semaines plus tard, toujours pas débouché sur d'autres mises en examen ou même convocations dans l'entourage de R. Et trois de ses colocataires, dont les affaires personnelles ont été saisies à cette occasion, en ont demandé la restitution à la juge d'instruction chargée de l'affaire, Élodie Billot.

Malgré tout, les éléments développés par l'avocat général ont été repris quasiment tels quels par la chambre d'instruction de la cour d'appel ce vendredi. « Tout ça devient kafkaïen », avait soufflé R., visiblement éprouvé, mardi. Un rassemblement en soutien aux prisonniers d’une soixantaine de personnes s'est tenu, jeudi soir, à proximité de la maison d'arrêt de Seysses.

« On a pu mettre de la musique et déployer une banderole, mais un cordon de policiers nous a empêchés d'approcher trop près », témoigne l'une des participantes et amie de R., soulignant l'un des rares points positifs des derniers jours : « Il commence à recevoir son courrier et des parloirs se sont débloqués. »

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