Financement de campagnes: le parquet veut un procès pour le FN

Par

Le parquet de Paris a demandé le renvoi en procès de dix personnes physiques et morales dans l'affaire du financement des campagnes 2012 du FN. Parmi elles, le parti lui-même, son trésorier et un vice-président, mais aussi le micro-parti de Marine Le Pen et plusieurs de ses proches, anciens du GUD.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Ouverte en avril 2014 et clôturée en janvier 2016, l'enquête sur le financement des campagnes frontistes de 2012 franchit une nouvelle étape : le parquet de Paris a demandé le renvoi en procès du Front national et de deux de ses dirigeants, comme l'a rapporté l'AFP vendredi.

D'après nos informations, le renvoi a été requis par le parquet pour sept personnes physiques et trois personnes morales au total : le Front national ; Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen ; la société de communication Riwal, fournisseur du parti pour son matériel de campagne ; le trésorier du FN Wallerand de Saint-Just ; l'un des vice-présidents du parti, Jean-François Jalkh.

Mais aussi plusieurs proches de Marine Le Pen qui gravitent dans la « GUD connection », ce réseau animé par d'anciens du Groupe Union Défense (GUD) reconvertis en chefs d'entreprise : le trésorier de Jeanne, Axel Loustau (élu en décembre conseiller régional) ; Olivier Duguet, trésorier de Jeanne entre 2011 et 2012 ; Frédéric Chatillon, directeur de Riwal, et l'une de ses proches, Sighild Blanc, gérante de la société Unanime ; l'expert-comptable Nicolas Crochet, commissaire aux comptes de Jeanne.

Si les juges d'instruction suivent ces réquisitions, ces dix personnes physiques et morales seront jugées. Sur BFMTV, vendredi soir, Florian Philippot, le vice-président du FN, a expliqué que son parti « n'a[vait]rien à se reprocher sur son financement, et abord[ait] cette affaire sereinement ». Sollicité par Mediapart, le trésorier du FN n'a pas retourné nos appels.

Au cœur de cette enquête judiciaire, le financement des campagnes présidentielle et législatives du Front national en 2012. Les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi soupçonnent les responsables de Jeanne et son prestataire, la société Riwal, d’avoir mis sur pied un système d’enrichissement illégal, avec de l’argent public. Ils estiment à 10 millions d'euros les sommes détournées par Jeanne et Riwal. Trois personnes morales (le FN, Jeanne et Riwal) et six personnes avaient été mises en examen dans cette affaire. Marine Le Pen avait été entendue le 5 janvier dernier comme témoin assisté, après avoir refusé à deux reprises de se rendre chez les juges à l'automne.

Marine Le Pen et le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just, au congrès du FN, en novembre 2014. © Reuters Marine Le Pen et le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just, au congrès du FN, en novembre 2014. © Reuters

Les magistrats soupçonnent un financement illégal du Front national par Riwal, via des services consentis au FN et à Jeanne : surfacturation, mise à disposition de locaux et d’auto-entrepreneurs, crédits fournisseurs, etc. Le but, selon les juges : majorer les dépenses électorales que l'État remboursera au FN et ses candidats (voir les détails de l'affaire en page 2).

Voici le détail des renvois demandés par le parquet de Paris :

  • Le Front national : recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal, complicité d'escroqueries.
  • Riwal : escroqueries.
  • Jeanne : escroqueries (pour les législatives et la présidentielle de 2012).
  • Jean-François Jalkh : escroqueries (pour les législatives et la présidentielle), abus de confiance au préjudice de Jeanne, recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Wallerand de Saint-Just : recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Frédéric Chatillon : faux et usage de faux, escroqueries (pour les législatives et la présidentielle), abus de biens sociaux au préjudice de Riwal, blanchiment d'abus de biens sociaux.
  • Axel Loustau : escroqueries (pour les législatives), recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Olivier Duguet : complicité d'escroqueries (pour les législatives), complicité d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal, recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Nicolas Crochet : complicité d'escroqueries (pour les législatives), recel d'abus de confiance, blanchiment d'abus de biens sociaux au préjudice de Jeanne, complicité d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal.
  • Sighild Blanc : abus de biens sociaux au préjudice d'Unanime, recel d'abus de biens sociaux au préjudice de Riwal, blanchiment d'abus de biens sociaux.
Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale