Les «gilets jaunes», toujours nombreux, pour l’acte XV du mouvement

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À la veille des cent jours du mouvement, les rassemblements de « gilets jaunes » ont été nombreux dans toute la France et se sont majoritairement déroulés dans le calme. Le ministère de l'intérieur a comptabilisé une participation en hausse par rapport à la semaine dernière.

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Certains redoutaient un effet « vacances scolaires » alors que ce samedi 23 février les trois zones de l’Éducation nationale sont effectivement concernées par les congés d’hiver. Plus de trois mois après le début du mouvement, et malgré une participation en baisse ces dernières semaines, la mobilisation des « gilets jaunes » est restée importante.

De Paris à Clermont-Ferrand en passant par Bordeaux, Rennes ou Toulouse, c’est sous un soleil radieux et majoritairement dans le calme que se sont déroulés les différents rassemblements dans toute la France pour l’acte XV du mouvement. Malgré un comptage pratiquement impossible à réaliser, le ministère de l’intérieur a avancé le chiffre de 46 600 manifestants, en légère hausse par rapport à la semaine précédente.

Dans la capitale, où cinq rassemblements avaient été déclarés, quelques milliers de manifestants ont défilé sur les Champs-Élysées, mais aussi dans le quartier de l’Opéra et rue de Rivoli pour une « marche dans les beaux quartiers ». Alors que certains groupes Facebook promettaient un « tsunami jaune » sur Paris, les défilés se sont déroulés dans le calme avec en plus des mots d’ordre habituels sur le pouvoir d’achat ou le RIC, de nombreuses pancartes contre le racisme et l’antisémitisme, et ce, une semaine après l’agression du philosophe Alain Finkielkraut en marge du défilé parisien. Une halte a été faite devant le siège du Medef.

Halte devant le siège du Medef à Paris © Compte-twitter de Gilles Klein Halte devant le siège du Medef à Paris © Compte-twitter de Gilles Klein

La journée s’est terminée par un rassemblement sur la place du Trocadéro.

Dans la matinée, Emmanuel Macron, qui s’est rendu très tôt au salon de l’agriculture, avait échappé à une confrontation avec les quelques gilets jaunes présents sur place. 

Clermont-Ferrand – appelée à être un point névralgique de cet acte XV du mouvement – s’était barricadée pour faire face à une manifestation non déclarée en préfecture. La plupart des commerces de centre-ville ont baissé leur rideau alors que les parcs et les bâtiments publics sont restés fermés. La manifestation, qui a rassemblé environ 1 500 personnes, s’est finalement déroulée dans le calme avant que la situation ne commence à se tendre en fin de journée sur la place Jaude où des jets de projectiles et des incendies de poubelles ont été constatés.

Dans la matinée, la préfecture avait indiqué avoir procédé à une quinzaine d’interpellations et huit gardes à vue, notamment après avoir saisi un certain nombre d’armes « par destination » sur des manifestants.

Pique-nique citoyen à Chambord © Jordan Pouille Pique-nique citoyen à Chambord © Jordan Pouille

À Chambord, quelques centaines de gilets jaunes ont organisé un pique-nique citoyen réunissant un peu plus d’un millier de personnes, selon les organisateurs. Il y a un an, le président y avait célébré son anniversaire, faisant naître une polémique sur la symbolique monarchique de son geste. Les manifestants se sont réunis sur la pelouse du château, dont l’accès avait été fermé, dans une ambiance bon enfant. Selon le journaliste indépendant Jordan Pouille présent sur place et qui travaille régulièrement pour Mediapart, Priscillia Ludosky, une des figures du mouvement, a signé un certain nombre de chasubles fluo.

Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, descendant de Louis XIV, avait également annoncé sa venue « en tant que simple gilet jaune » a-t-il déclaré à la Nouvelle République du Centre.  

À Bordeaux, l’une des villes les plus mobilisées depuis le 17 novembre, différents rassemblements ont eu lieu dont un pique-nique place de la Bourse. Selon les journalistes locaux, le cortège était néanmoins ce samedi légèrement moins fourni que les semaines précédentes avec environ 4 000 personnes rassemblées dans le centre-ville. Les gilets jaunes bordelais ont également prévu de se retrouver ce dimanche pour marquer les cent jours du début du mouvement.

Les syndicats de police de la ville avaient alerté la veille les autorités nationales sur la situation « critique » et la « lassitude morale et physique » dans leurs rangs en demandant des moyens de lutte plus efficaces contre «  la guérilla urbaine ».

À Rennes, où près de 2 000 personnes ont défilé, la situation s’est tendue entre manifestants et forces de l’ordre place de la République dès le milieu de l’après-midi.   

Rassemblement devant le dépôt d'Amazon à Toulouse © Gilets jaunes de Toulouse Rassemblement devant le dépôt d'Amazon à Toulouse © Gilets jaunes de Toulouse

À Toulouse, dès le matin, une centaine de gilets jaunes ont bloqué l’accès du dépôt Amazon de la ville, à l’appel de plusieurs associations et des gilets jaunes des environs réunis pour un « blocage économique, festif et non violent ». L’entreprise américaine est notamment devenue une cible du mouvement avoir licencié plusieurs salariés qui s’étaient déclarés favorables aux blocages des gilets jaunes sur les réseaux sociaux.

À Perpignan, c’est le centre commercial d’Auchan qui a été bloqué dès le matin par des gilets jaunes et la CGT66. Ils protestaient contre le projet du groupe d’installer prochainement en France des magasins « sans personnel ».

Alors que l’exécutif continue de miser sur un essoufflement du mouvement, plusieurs groupes de gilets jaunes ont d’ores et déjà appelé à réunir leurs forces à Paris pour « l’acte décisif » du mouvement les 8, 9 et 10 mars.

 

 

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