Primaire PS: le milieu associatif se tient à distance

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Un défi complexe attend le monde associatif en 2012, notamment les organisations classées à gauche. Elles souhaitent peser dans les débats, voire appeler à l'élaboration d'une autre politique, tout en gardant leur indépendance vis-à-vis du PS et de sa primaire. Focus à Lyon. Par Igor Gauquelin.

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Partie intégrante du «peuple de gauche», les associations s'interrogent pour «peser» sur 2012.

Partie intégrante du «peuple de gauche», les associations s'interrogent pour «peser» sur 2012. Dans le Rhône, le parti socialiste ne s'y est pas trompé: le 10 septembre dernier, les dirigeants locaux ont convié une dizaine d'instances associatives à leur Fête de la rose de Saint-Priest, consacrée au lancement de la primaire dans la fédération. Des stands thématiques sur le logement, le féminisme, l'homosexualité ou encore l'éducation des enfants d'expulsés ont ainsi côtoyé les stands vantant les mérites des candidats à l'investiture du parti.

Venir à ce type d'événements comporte un risque de récupération politique. Une militante d'Osez le féminisme, dont les membres appartiennent à différents partis de gauche, juge pourtant utile de «donner de la visibilité» à l'action de son association. «Nous allons partout dès lors qu'on nous invite, explique-t-elle. Encore récemment, on était à Grenoble au Remue-Méninges du Front de gauche.» Regardant autour d'elle, Catherine Tourier, du Réseau éducation sans frontières (RESF), confie qu'elle retrouve à Saint-Priest «beaucoup de militants qui soutiennent» cette «action localement». Mais elle assure que RESF reste «sans concessions»: «Nous défendrons toujours notre bout de gras face aux politiques. Actuellement les préfets s'assoient sur les lois et sur la cour européenne des droits de l'homme. Il faut construire des résistances, et le PS ne l'a pas compris. Or plus la gauche s'écrase, plus l'extrême droite grandit.» Présidente du Collectif lyonnais pour l'accès à la scolarité et le soutien aux enfants des squats (Classes), Elisabeth Gagneur ajoute: «L'oreille n'est pas toujours attentive chez les maires, même ceux de gauche. C'est difficile pour eux de gérer un squat et la scolarité des enfants d'expulsés sur leur commune. On a déjà bien débattu avec eux, on sait que ces problèmes ne sont pas leur priorité.»

Proche du PS, l'association Homosexualité et socialisme (HES) a remis récemment une liste de questions aux candidats de la primaire, pour obtenir des clarifications sur la lutte pour les droits des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). En attendant les réponses, le délégué lyonnais d'HES, Christophe Villard, brandit la proposition 26 du programme socialiste: droit au mariage civil et à l'adoption «pour tous les couples». Une victoire pour sa cause. Les revendications associatives ont pour partie été prises en compte dans le projet du PS, approuvé par les cinq candidats (seul le radical Jean-Michel Baylet n'est pas tenu par ce texte). La Ligue des droits de l'homme réclame le droit de vote des étrangers aux scrutins locaux? C'est dans le programme. L'Unef estime que la priorité dans les universités est de «réformer les premiers cycles»? C'est aussi le point de vue des socialistes. (Lire notre décryptage du projet PS ici.)

Les représentants des candidats à la primaire devant des stands associatifs, à Saint-Priest le 10 septembre 2011 © Igor Gauquelin Les représentants des candidats à la primaire devant des stands associatifs, à Saint-Priest le 10 septembre 2011 © Igor Gauquelin

«La gauche a travaillé pendant ces cinq ans de sarkozysme», rappelle Mathieu Landau, responsable de l'Unef à Lyon. «Des personnes sont passées de l'Unef au PS, et peut-être ont-elles emporté avec elles leurs préoccupations d'anciens étudiants, dit-il dans une allusion à son frère Bruno Julliard, passé de la présidence du syndicat étudiant à la direction socialiste, en charge de l'éducation. Mais l'Unef ne dicte pas son programme au PS. Sinon, on y retrouverait l'allocation d'autonomie.» Le projet socialiste propose tout de même «une allocation d'études pour les jeunes en formation», détaillée différemment selon les candidats. Concernant le logement, Pascal Lefort, salarié de l'Action pour l'insertion par le logement (Alpil), juge que «le PS a longtemps donné l'impression d'avoir le savoir hégémonique, mais un tabou a sauté et beaucoup de revendications associatives se retrouvent dans le programme socialiste. On sent une prise de conscience, un point de non-retour a été franchi».

De son côté, Delphine Sall, vice-présidente de SOS en Rhône-Alpes, «souhaite que les candidats se positionnent sur les CV anonymes et les tickets pour les contrôles au faciès. Un certain nombre de jeunes sont contrôlés trop régulièrement. Chaque fois qu'un individu serait contrôlé, on lui remettrait un ticket avec l'heure du contrôle, le nom du policier, etc. Et  ces jeunes auraient une preuve de l'acharnement subi. On espère qu'avec ça les policiers s'autoréguleront.» Des propositions prises en compte par le projet PS, mais dont les candidats ne parlent absolument pas pendant la campagne de la primaire.

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Les représentants locaux, département ou régionaux d'HES, de RESF, de l'Alpil, de la LDH, d'Osez le féminisme, de Classes et du Collectif 69 de soutien au peuple palestinien, ont tous été interrogés lors de la Fête de la rose de Saint-Priest le 10 septembre 2011. Les représentants de l'Unef, de la Licra et de SOS Racisme ont été rencontrés au moment de la manifestation du 14 septembre 2011 à l'Université Jean-Moulin-Lyon 3, puis interrogés par téléphone dans la semaine du 19 septembre.