La réforme du bac amorce la refonte du lycée

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Le rapport sur la réforme du baccalauréat remis ce 24 janvier au ministre de l’éducation nationale préconise de supprimer les séries L, ES ou S pour faire passer cinq grandes épreuves aux lycéens. Une part importante est laissée au contrôle continu. Mais il propose surtout de repenser toute l’architecture du lycée.

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Officiellement, il s’agit de réformer le baccalauréat. Depuis trois mois, l’attente était forte pour savoir ce que Pierre Mathiot, l’universitaire missionné par Jean-Michel Blanquer, allait proposer pour dépoussiérer le bicentenaire bac. Le suspense a été, en partie, levé ce mercredi 24 janvier avec le dévoilement officiel du rapport. Résultat, plus qu’une réforme du bac, c’est une véritable refonte du lycée qui est ici proposée. Toutes ces préconisations restent au conditionnel puisque le dernier mot reviendra au ministre de l’éducation nationale.

Des lycéens de terminale passent leur épreuve de philosophie. © Reuters Des lycéens de terminale passent leur épreuve de philosophie. © Reuters
Homme marqué à gauche, Pierre Mathiot a chapeauté cette mission. Il est l’ex-directeur de Sciences Po Lille. L’ex-ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem l’avait nommé délégué ministériel aux parcours d’excellence en 2016. Il a aussi été un éphémère candidat aux sénatoriales sous les couleurs de La République en marche, avant de retirer sa candidature.

Pour établir ses propositions, l’universitaire a réalisé plus de 100 auditions de syndicats d'enseignants, fédérations de parents d'élèves ou associations de professeurs. Des contributions spontanées de lycéens, professeurs ou parents lui sont aussi parvenues, plus ou moins farfelues.

Dans son rapport, il dresse une longue liste de reproches à adresser à l’examen bicentenaire afin de justifier la nécessité de cette réforme globale. Pierre Mathiot écrit que le baccalauréat est « un ensemble complexe, lourd, peu lisible, fragilisé par des défaillances ponctuelles, sans parler de ses coûts divers et des effets de focalisation qu’il produit sur l’ensemble des acteurs (professeurs, encadrement, élèves, parents) ». Son coût est évalué selon les estimations entre 50 et 100 millions d'euros par an. Sa suppression ou sa refonte font partie des serpents de mer qui agitent régulièrement le landerneau éducatif. Ici, le bac version Mathiot est allégé, comme l’avaient souhaité Emmanuel Macron ou Jean-Michel Blanquer.

Mais l’auteur va plus loin. En une cinquantaine de pages, Pierre Mathiot ne se contente pas de vouloir toucher à l’examen proprement dit mais entend bouleverser toute l’organisation du lycée qui deviendrait « un lycée des possibles ». Un lycée plus souple, diront les partisans de la future réforme, là où les autres verront la création d’un lycée à la carte ou modulaire, sur le modèle anglais. Quoi qu’il en soit, la volonté de mieux articuler le lycée avec l’enseignement supérieur – en cours de réforme – est manifeste.

Voici, dans le détail, les pistes envisagées.

Les séries L, ES, S créées en 1993 disparaissent au profit de cursus combinant un tronc commun et des disciplines « majeures » et « mineures », à l'image de ce qui se pratique à l'université. Les types de bacs (général, technologique et professionnels) restent identiques. Les épreuves anticipées de français (oral et écrit) passées en première ne bougent pas et compteront pour 10 % de la note finale.

Finie la sacro-sainte semaine de juin consacrée au bac. La part du contrôle final s’amenuise. En terminale, quatre épreuves finales seront organisées. Deux matières correspondant aux « majeures » choisies par l’élève, dès la seconde, et représentant 25 % de la note finale, seront évaluées au retour des vacances de printemps.

En juin, les élèves passeront comme à l’heure actuelle l’épreuve de philosophie qui comptera pour 10 % dans leur note. Et nouveauté, les élèves devront passer « un grand oral » individuel qui vaudra 15 % de la note. Deux enseignants et une personne extérieure à déterminer pourront faire office d’examinateurs. Cet oral durerait une demi-heure et serait préparé en amont, devant porter sur des matières interdisciplinaires, à la manière des TPE actuels (les travaux pratiques encadrés préparés en groupe) qui disparaîtraient. Les exemples donnés dans le rapport sont les suivants : « Il peut s’agir d'un commentaire comparé d'ouvrages, y compris en langues étrangères, dont la soutenance pourrait se dérouler pour partie en langue étrangère, d'une enquête sociologique, d'une expérience menée en laboratoire, de la production d'un objet… »

Reste à déterminer quel mode d’évaluation serait le plus pertinent pour les 40 % restants. Un dilemme intervient alors. Certes, le contrôle continu doit prendre plus de place dans l’évaluation des élèves, mais sans porter atteinte au caractère national de l’examen. Dans son rapport, Pierre Mathiot ne tranche pas et soumet trois pistes au ministre. Des épreuves ponctuelles pourraient avoir lieu. Les sujets seraient puisés dans une banque nationale de sujets, et les copies rendues anonymes. Mais cela engendrerait un surcroît d’organisation, loin de la volonté d’alléger le dispositif. La deuxième option serait de faire passer aux élèves des épreuves ponctuelles et de prendre aussi en compte les bulletins de notes de première et terminale. La dernière option consisterait à se baser uniquement sur ces derniers.

Voilà pour l’examen à proprement parler. Le lycée bénéficie par ricochet d’un lifting profond. La majorité précédente n’avait pas eu le temps d'y toucher (ou osé le faire). Pierre Mathiot assume : « Il était logique et nécessaire de partir de la question particulière du baccalauréat, entendu comme mètre-étalon du cursus du lycée, pour interroger l'organisation générale du lycée général et technologique depuis la classe de seconde. »

Dans cette réforme deux en un, les séries disparaissent et laissent leur place à des « unités » comme dans le supérieur. Les élèves suivront un tronc commun, ou « unité générale de formation », jusqu'à la terminale. Des unités d'approfondissement et de complément (UAC) regroupant les enseignements choisis par les élèves, divisées en « majeures », « mineures », « mineures optionnelles ». L’unité d’accompagnement sera, elle, dédiée à l’orientation, et à la préparation du grand oral ou des études dans le supérieur. Trois heures hebdomadaires lui seront dédiées en 1re et terminale.

Les élèves ont le choix entre plusieurs disciplines : la philosophie, des maths, de l'histoire-géographie, des langues vivantes et de l'éducation physique et sportive (EPS). Les élèves choisiraient deux disciplines « majeures » dans un menu de dix combinaisons et deux disciplines « mineures ».

Enfin, la réforme introduit des changements dans les disciplines enseignées. Le tronc commun devrait concerner l'histoire-géographie, les langues vivantes 1 et 2, les mathématiques, le français en première et l'EPS. Puis les mêmes disciplines, avec la philosophie en plus en terminale. Des cours de culture et démarche scientifique seront aussi créés en classe de terminale pour aborder, par exemple, la question du réchauffement climatique. 

Le nouveau baccalauréat conserve le système des mentions. La session de rattrapage à l’oral disparaîtrait au profit d’une évaluation sous la forme d’un « examen de la situation des élèves concernés » par le jury du baccalauréat. Il s’agira pour eux de prendre en compte les notes obtenues par l’élève dans la matière concernée les deux dernières années.

Le découpage des années lycée va changer. Celui-ci va devenir semestriel, de septembre à janvier et de février à juin. Ce « afin de permettre aux élèves d’inscrire leur travail dans une relative continuité ». Pierre Mathiot confesse aussi que cette idée de changement de rythme « relève en partie de l'objectif de lycée dans le même tempo que l'enseignement supérieur ». Il est d'ailleurs envisagé qu'il soit possible de changer de majeure et/ou de mineure entre deux semestres d'une année, notamment en première « dans des conditions précises ». Un supplément au diplôme pourrait aussi être créé. Il s'agirait de valoriser ainsi des engagements associatifs ou la pratique d'une langue étrangère, autant d'atouts qui seront ensuite pris en compte dans Parcoursup, toujours dans cette volonté de créer un continuum entre le lycée et l'enseignement supérieur. 

Pour éviter d'imposer un modèle trop rigide, Pierre Mathiot préconise de laisser de la latitude aux établissements. Il écrit : « Nous ne croyons pas que le nouveau lycée puisse être construit à partir d'un cadre national détaillé duquel il serait difficile de s'échapper. » Il encourage l’autonomie, ce à quoi Jean-Michel Blanquer est favorable. Cela pourrait coincer auprès des enseignants et des syndicats qui pourraient y voir la tentation de créer des établissements à deux vitesses et d'accroître la concurrence entre eux. 

La question du volume des heures d'enseignements et leur répartition est à déterminer. Le sujet est épineux, le risque d'une mobilisation contre ces dispositions n'est jamais bien loin. 

Avec de tels bouleversements, certains syndicats ont déjà communiqué leurs inquiétudes quant à la création d’un lycée à la carte, dans lequel les élèves les plus fragiles auront encore plus de difficultés à trouver leur voie, faute de connaissances fines des meilleures stratégies scolaires. Ils anticipent aussi la pression de l'orientation et la surcharge de travail qui pèseront sur les élèves et les enseignants qui devront les aiguiller sur leur avenir.

La réforme complète entrera en vigueur en 2021 pour les élèves qui sont à l’heure actuelle en troisième. Le ministre devrait livrer son arbitrage final le 14 février. 

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Précision du 24 janvier à 22 heures : La fin de l'article n'était pas claire, j'ai reformulé le début du dernier paragraphe.