Indécis sur la PMA, Hollande s'en remet au comité d'éthique

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Alors que les pro-« mariage pour tous » descendent dans la rue aujourd'hui, deux ministres ont confirmé que les couples de femmes auront prochainement droit à la procréation médicalement assistée. Mais à l’Élysée, le chef de l’État et plusieurs de ses proches hésitent. Selon nos informations, le comité national d’éthique va demander des « états généraux » sur la question.

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Ce sont les ministres eux-mêmes qui le disent. « La PMA sera abordée dans le cadre de la loi famille », a promis vendredi la ministre de la famille Dominique Bertinotti. « La PMA sera dans le projet de loi famille, c’est ce qui a été annoncé », assurait au même moment Alain Vidalies, le ministre des relations avec le Parlement. En réalité, l’ouverture de la procréation médicalement assistée – l’insémination artificielle – pour les lesbiennes, continue de faire débat au sein de l’exécutif.

 © Reuters. © Reuters.

Le périmètre de la loi famille, annoncée pour le 27 mars en conseil des ministres, n’est pas encore défini. Les réunions interministérielles sur le sujet n’ont pas eu lieu. Et à l’Élysée, plusieurs conseillers jugent qu’il est urgent d’attendre. Par ailleurs, le fait que François Hollande a annoncé ce vendredi aux représentants de l’Union nationale des familles de France (Unaf) qu’il entendait saisir le Comité consultatif national d’éthique inquiète beaucoup les partisans de la PMA. Même si son avis n’est pas contraignant, cet aréopage composé de scientifiques et d’élus a toujours affirmé son opposition à l’ouverture aux homosexuels de l’insémination artificielle, aujourd’hui réservée aux couples hétérosexuels infertiles.

Les pro-mariage qui descendent dans la rue ce dimanche 27 janvier, à deux jours de l’examen du projet de loi mariage pour tous à l’Assemblée nationale, font pourtant de la PMA une revendication majeure. À l’exception du Portugal, les pays d’Europe qui ont voté le mariage et l’adoption des couples homosexuels ont  ouvert la PMA aux lesbiennes. Après moult péripéties, Jean-Marc Ayrault a annoncé début janvier qu’elle serait intégrée à une loi sur la famille présentée en mars 2013. Il s’y est engagé en privé. Et l’a même annoncé sur le réseau social Twitter.

Jeudi 24 janvier, ses conseillers l’ont encore promis lors d’un petit-déjeuner à Matignon. « Cela nous a été confirmé en toute lettre, martèle le député Bernard Roman. Il nous a même été dit qu’au cours du débat sur le mariage, la ministre de la justice s’engagera officiellement sur la PMA et la loi famille. » « C’est un engagement écrit du premier ministre. Elle n’est donc pas remise en cause », confirme d’ailleurs un proche de François Hollande.

Mais en coulisses, le front du refus est massif. « La bataille n’est pas finie », assure un pro-PMA. Car à l’Élysée, parmi les proches du chef de l’État, les sceptiques sont nombreux. « Le staff de Hollande n’en veut pas. Ils sont en train de la tuer », s’inquiète un habitué du Château. Plusieurs membres du cabinet de Hollande sont réputés opposés à cette mesure, notamment le maire de Quimper, Bernard Poignant, et la directrice de cabinet, Sylvie Hubac. Selon ses détracteurs, la PMA pour les lesbiennes ne relève pas de l’égalité des droits, mais de la bioéthique. Elle consacrerait aussi un « droit à l’enfant » dont ils ne veulent pas entendre parler. Et pourrait, selon eux, ouvrir la porte au recours aux mères porteuses pour les hommes gays – ce dont il n’a jamais été question.

D’autres proches de Hollande mettent surtout en avant l’hostilité de la société française, symbolisée à leurs yeux par le succès de la manifestation des opposants au mariage pour tous du 13 janvier« Pas prioritaire », « faisons déjà le mariage, le reste on verra ! » glissent nombre de ses amis. « Beaucoup se demandent à quoi bon créer un débat qui va diviser tout le monde, alors qu’on a plein d’autres sujets économiques et sociaux à traiter », s’interroge un conseiller du chef de l’État. « On se dit que, même si on y est favorable, ça va être difficile à faire adopter », confirme un proche du président.

François Hollande.  © Reuters. François Hollande. © Reuters.

François Hollande, fidèle à sa volonté d’apaiser la société, rechigne à relancer au printemps un débat qui va mobiliser la droite et les églises, et refuse de diviser les Français sur un sujet qui lui semble mineur. C’est d’ailleurs la ligne qu’il a souvent défendue sur les questions de société auxquelles il n’a été sensibilisé, à des degrés variables, qu’au fil du temps. « Autant sur la fiscalité il veut des marqueurs clairs et il est prêt à aller au bras de fer, autant sur la PMA ou le droit de vote des étrangers, il défend une autre méthode », dit un de ses partisans.

Du coup, le chef de l'État a beaucoup varié. Il s’est dit favorable à la PMA durant sa campagne, mais sans en faire grande publicité. Il ne l’a pas intégrée à sa proposition 31 sur le mariage et l’adoption pour tous les couples. Après sa sortie malheureuse sur « la liberté de conscience » des maires, il a fait savoir qu’il y était défavorable, tout en s’en remettant aux parlementaires. Un de ses proches, le président du groupe socialiste à l’Assemblée Bruno Le Roux, est un fervent partisan de la PMA, et cette mesure figure au programme du parti socialiste.

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