Au Parlement européen, le pilier du FN est visé par une procédure de licenciement

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Les affaires du FN font des vagues au Parlement européen. Après le conseiller international de Marine Le Pen, au tour de Charles Van Houtte, pilier du “système” frontiste à Strasbourg, d'être écarté. Mediapart avait enquêté sur ce discret comptable belge au cœur de l'affaire des assistants.

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Les affaires du Front national suscitent des remous importants dans les rangs du parti. En deux semaines, deux piliers du groupe Europe des nations et des libertés (ENL), coprésidé par le FN à Strasbourg, ont été écartés.

Après Ludovic de Danne, secrétaire général de l'ENL et conseiller international de Marine Le Pen, c'est au tour de Charles Van Houtte, administrateur de l'ENL, d'être licencié par le groupe. Ce comptable belge, qui fut l'assistant parlementaire de la présidente du FN avant de devenir, en 2015, cadre du groupe européen, fait l'objet d'une procédure de licenciement.

Ces dernières années, de Danne comme Van Houtte ont été au cœur de la “machine” FN à Strasbourg et Bruxelles. Ils sont évincés alors que le parti frontiste est mis en cause à plusieurs niveaux au Parlement européen : qu’il s’agisse des soupçons d’emplois fictifs pesant sur ses assistants parlementaires, ou de l’enquête administrative réclamée en juillet par le Parlement sur les dépenses du groupe ENL jugées « non conformes ». 

Comme Ludovic de Danne (lire notre article), Charles Van Houtte s'est vu reprocher des « carences » dans la gestion du groupe, notamment de la part d'eurodéputés du groupe ENL d'autres nationalités, rapporte l'AFP. Au Front national, certains tentent de leur faire porter le chapeau des ennuis du parti à Strasbourg ; dans les autres formations du groupe, notamment au FPÖ autrichien, on goûte peu la mauvaise presse qu’apporte le parti de Marine Le Pen avec ces affaires.

Contacté ce lundi par Mediapart, M. Van Houtte n'a pas répondu. Au mois de juin, nous avions enquêté sur ce discret comptable devenu l'homme de confiance de Marine Le Pen au Parlement, et surtout la cheville ouvrière du “système” frontiste. Nous republions cette enquête.

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Si Marine Le Pen a refusé de se rendre chez les juges en mars, l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs pesant sur son parti au Parlement européen, elle, se poursuit. D'après nos informations, un pilier du système frontiste à Bruxelles a été perquisitionné vendredi après-midi : Charles Van Houtte, ex-assistant parlementaire de la présidente du Front national, devenu administrateur du groupe Europe des nations et des libertés (ENL) que Marine Le Pen dirige au Parlement. L'homme intéresse autant l’Office anticorruption (OCLCIFF) de Nanterre, chargé de l'enquête, que l'Office européen de lutte antifraude (OLAF), le gendarme de l'Union européenne, qui ont mené conjointement cette perquisition en Belgique. Mediapart et Marianne ont enquêté sur ce discret comptable belge.

C’est un petit tableau, qui constitue une grande preuve aux yeux des juges chargés de l'enquête. Ce document semble dessiner un système à grande échelle qu'aurait mis en place le Front national pour maximiser les enveloppes européennes allouées aux eurodéputés. Réalisé en 2014, après l’arrivée des 24 députés FN au Parlement européen, ce tableau de ventilation des crédits européens, déjà évoqué par l'AFP« permettait de gérer les montants disponibles pour chaque député, d’anticiper les soldes disponibles, d’affecter tel assistant à tel député », raconte à Mediapart l'un des témoins auditionnés par les juges.

Son auteur ? Charles Van Houtte. Inconnu du grand public, ce comptable belge est, depuis 2009, le pilier de Marine Le Pen au Parlement européen. Il a tour à tour géré les contrats des assistants, les prestataires, les recrutements ou les finances, en lien direct avec l'administration du Parlement. « C’est un peu le fixeur, la personne qui va trouver les arrangements. Il bidouille beaucoup », estime un ancien salarié du groupe. « Il est devenu l'homme de confiance de Marine Le Pen sur les questions financières, c’est la pièce maîtresse du groupe », relate l'ex-assistant d’un eurodéputé frontiste.

Preuve en est, d’après nos informations, Van Houtte a adressé par mail ce tableau à Catherine Griset, la plus proche collaboratrice de Marine Le Pen. Interrogé par Mediapart, le comptable dit ne plus savoir « à qui [il a] transmis ce relevé ». « Si je l'ai transmis à Catherine Griset, c'est parce qu'elle était assistante parlementaire de Marine Le Pen et pas comme cheffe de cabinet », précise-t-il.

Les enquêteurs ont mis la main sur un autre courriel, envoyé le 13 septembre 2012 par Van Houtte et dévoilé par l'AFP en avril. Dans ce mail, adressé au trésorier du Front national, Wallerand de Saint-Just, ainsi qu'à une salariée du cabinet d'experts-comptables chargé de payer les salaires d'assistants parlementaires, Charles Van Houtte transmet « les modifications à apporter aux différents contrats, suite à la réunion qui a eu lieu à Strasbourg ». « Wallerand, Marine demande que vous informiez les salariés », ajoute-t-il.

Charles Van Houtte. © dr Charles Van Houtte. © dr

Le mail passe aussi en revue des « vases communicants pour ne pas dépasser le budget de 21 209 euros de dotation » mensuelle par eurodéputé : « CDI de Yann [Maréchal-Le Pen, la sœur de Marine Le Pen, chargée des grandes manifestations au FN – ndlr] » ; « sur BG [Bruno Gollnisch – ndlr] à partir du 1/5/2012. Pas possible de la mettre sur autre contrat », écrit-il, dans une énumération aux airs de jeu de chaises musicales entre assistants et eurodéputés.

Ce tableau, Charles Van Houtte tente aujourd'hui d'en minimiser l'importance. « Il s'agit simplement d'une synthèse qui avait été faite des budgets disponibles car les députés étant “non inscrits” [avant de former un groupe en juin 2015 – ndlr], le Parlement n'avait pas la possibilité de fournir une vision globale mais uniquement une synthèse individuelle. » « Mais je ne pilotais rien du tout, ajoute-t-il. J'ai fourni une information financière avec certains éléments clés. »

Des éléments qui lui valent aujourd'hui d’être placé au cœur de l’affaire des assistants parlementaires du FN, aux côtés de trois autres personnages clés du parti : l'expert-comptable Nicolas Crochet, le trésorier Wallerand de Saint-Just et le directeur de cabinet de Marine Le Pen, Nicolas Lesage. Dans cette affaire, qui a abouti à l’ouverture d’une information judiciaire en France en décembre, le Parlement a estimé à 4,9 millions d’euros son préjudice potentiel pour les salaires qui auraient été versés frauduleusement à une vingtaine d'assistants FN depuis 2012. En avril, les juges ont demandé la levée de l'immunité parlementaire de Marine Le Pen.

Pour la présidente du FN, Charles Van Houtte peut se montrer très dévoué. Lorsque l’Office antifraude européen se penche sur le cas de l’assistante de Marine Le Pen, Catherine Griset, et émet des « doutes quant à son activité réelle » et « son adresse effective », le Belge affirme aux enquêteurs l’avoir hébergée gracieusement chez lui, à Braine-l'Alleud, à trente minutes de Bruxelles. Cet élément est loin d'être un détail, car en tant qu’assistante « accréditée », Catherine Griset est censée travailler à temps plein entre les murs du Parlement, et non en région parisienne. Elle a d’ailleurs certifié, dans une déclaration sur l’honneur, qu'elle résidait de façon continue en Belgique depuis le 2 décembre 2010.

« Elle est toujours domiciliée chez moi », a assuré Charles Van Houtte lors de son audition par l’OLAF, en mars 2015, parlant d’un « pied-à-terre. » « Lorsqu’il a été décidé que Mme Le Pen allait venir plus régulièrement que par le passé à Bruxelles, s’est posée la question du statut de Mme Griset. Il y a eu une sorte de malentendu sur la question de la résidence à partir du moment où elle est devenue [assistante accréditée]. Elle a donc résidé chez moi, ce qui a été constaté par l’agent du quartier. »

Charles Van Houtte (deuxième en partant de la gauche) aux côtés d'une partie du groupe ENL au Parlement européen, en avril 2016. © Facebook de l'ENL. Charles Van Houtte (deuxième en partant de la gauche) aux côtés d'une partie du groupe ENL au Parlement européen, en avril 2016. © Facebook de l'ENL.

Comment ce comptable belge a-t-il gagné la confiance de Marine Le Pen ? Charles Van Houtte affirme être entré en contact avec les eurodéputés frontistes non « pas par une sphère politique », mais « à l'occasion d'un stage d'étude », en 1990, dans le cadre de son cursus à l’Institut catholique des hautes études commerciales (ICHEC) à Bruxelles. Ce père de cinq enfants, chef de groupe au sein de l’association catholique des Scouts d’Europe, est en tout cas issu d’une famille d’extrême droite. Son grand-père, Ghislain Van Houtte, fut à la fois le trésorier de l’association anti-avortement Pro Vita, un pilier de l’organisation intégriste Fraternité Saint-Pie-X et le responsable de la propagande du pronazi belge Léon Degrelle.

Un parcours dont Charles Van Houtte se féliciterait en privé, selon un témoin. Mais lorsqu’on l’interroge, il balaye plusieurs fois la question (« Je n'ai aucune opinion à ce sujet »), puis demande que « l'on s'en tienne à l'actualité politique et que l'on évite les amalgames avec le passé politique de [son] grand-père dont [il n'est] pas responsable ».

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Cet article est le fruit d’un travail d’enquête commun de plusieurs mois de Marine Turchi (Mediapart) et Mathias Destal (Marianne) sur l'affaire des assistants FN au Parlement européen.