Parcoursup, un stress certain et un bilan incertain

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La phase complémentaire de Parcoursup s’est achevée le 21 septembre. Près de 1 000 candidats sont encore en attente d’une affectation. En attendant un bilan exhaustif, tous les acteurs s’accordent sur son caractère plus anxiogène pour les élèves que son prédécesseur APB.

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Il faudra encore patienter (un peu) pour obtenir un bilan exhaustif de Parcoursup. La procédure d’orientation dans l’enseignement supérieur s’est achevée le 21 septembre. Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur, a livré ce jour, lors d’une conférence de presse, les premiers enseignements du nouveau dispositif d’affectation et ses futures évolutions.

Sans surprise, ceux-ci sont positifs. La ministre a déjà dévoilé dans le JDD les contours des aménagements à opérer pour optimiser la procédure l’année prochaine même si, selon elle, le logiciel a rempli ses principaux objectifs. Le reste relève presque du détail même si aujourd’hui 955 candidats – en majorité issus des filières technologiques et professionnelles – sont encore en attente d’une affectation. Le ministère assure qu’ils sont accompagnés.

Des jeunes passent le baccalauréat. © Reuters Des jeunes passent le baccalauréat. © Reuters

Frédérique Vidal a précisé, face à la presse, les ajustements qu’elle comptait apporter à Parcoursup. La ministre a annoncé que l'an prochain, la première phase de la procédure – la phase principale – serait achevée au plus tard fin juillet et non pas début septembre. Ce pour « réduire le sentiment de longueur des candidats et sécuriser l’organisation de la rentrée pour les formations », peut-on lire dans le dossier de presse.

Pour éviter aux candidats de nourrir trop d’espoir et de se projeter, le rang du dernier d'entre eux appelé l’année précédente en liste d’attente sera désormais communiqué, dès 2019. Frédérique Vidal a aussi annoncé être « prête à travailler l’anonymisation des dossiers » des candidats sur Parcoursup afin de « répondre à un ressenti », à savoir démontrer aux lycéens qu’aucune discrimination n’est possible lors de l’examen des candidatures.

D’ores et déjà, quelques éléments sur cette année zéro de Parcousup se dessinent. Si l’on s’en tient à l’objectif initial – à savoir supprimer le tirage au sort, bien que minoritaire –, il est tenu. Mais d’autres problèmes ont émergé et mis en évidence les défauts d’une réforme précipitée et mise en œuvre à marche forcée. Il fallait d’urgence mettre fin à un système inique, APB. Or, en supprimant la hiérarchie des vœux, la ministre rend impossible la comparaison entre Parcoursup et son prédécesseur puisqu’on ne saura jamais si les élèves ont obtenu leur vœu préféré ou ont accepté des choix par défaut.

Ce qui change la donne. L’année dernière, début septembre, 3 729 lycéens n’avaient aucune affectation. Cette année, à la même époque, 3 187 n’avaient pas de solution. Peu ou prou, la même proportion.

Parcoursup devait transformer radicalement les pratiques d’orientation. Parmi les nouveautés, un projet de formation motivé. Il s’agit d’un dossier à remplir pour chaque jeune afin de l’autoriser à postuler dans telle ou telle filière. Certains se sont arraché les cheveux car ils n’avaient pas grand-chose à inscrire dans leur curriculum vitae ou ne savaient tout simplement pas quels éléments mettre en avant dans leur lettre de motivation. Deux professeurs principaux ont été octroyés aux classes de terminale. Mais ceux-ci se révélaient parfois aussi perdus que leurs élèves, tant la procédure a pu apparaître complexe.

Les professeurs d’université ont été réquisitionnés pour formuler une liste « d’attendus » locaux, soit les compétences requises pour les élèves. L’administration leur a aussi demandé de siéger dans les commissions de sélection. Dans les deux cas, des professeurs opposés à l’introduction d’une sélection déguisée ont refusé de se plier à ces tâches. Quelques blocages d’universités, des manifestations ont eu lieu au printemps 2018 pour protester contre ce nouveau système jugé injuste et inégalitaire. Notamment parce que les bacheliers des filières professionnelles se voient presque toujours barrer l’accès à l’université. Tout cela, malgré la confiance affichée par le gouvernement, accrédite l’idée que le système patine et est mal ficelé.

Jérôme Teillard, chargé du dossier Parcoursup au ministère, ne partage évidemment pas ce point de vue. Il considère globalement Parcoursup comme une réussite. Il détaille : « Nos engagements en créant Parcoursup étaient précis. Il fallait mettre fin au tirage au sort, ce que nous avons fait. Nous avons aussi mis en place une plateforme qui permet de créer une passerelle entre l’enseignement scolaire et le supérieur. Nous avons aussi amélioré l’orientation grâce notamment à la mise en place en classe de terminale de deux professeurs principaux et à une personnalisation des parcours. Notre ambition, c’est de mettre fin à la sélection par l’échec en licence. En ce sens, notre mission est en phase d’être réussie. »

Seulement, le ministère oublie de parler de ces 40 000 candidats – sur 812 000 – qui sont considérés comme « inactifs » car ils n’ont plus donné de signes de vie. Il s’agit de ceux qui ont constitué un dossier sur Parcoursup et ont quitté la procédure car ils ont intégré une formation en dehors ou un cursus privé ou qui ont simplement abandonné l’idée de poursuivre des études. 180 000 bacheliers ont quitté la plateforme de leur propre chef.

Ce qui devait être un long fleuve tranquille s’est parfois transformé en parcours du combattant. L’attente des candidats, largement racontée dans les médias, a pu être très longue, certains n’ont obtenu une place qu’au dernier moment, quelques jours avant la rentrée.

Laetitia Desgraupes, 18 ans, fait partie de ces naufragés estivaux de Parcoursup. La jeune femme vient d’intégrer un cursus en sciences de la vie et de la terre à l’université d’Évry après un baccalauréat scientifique et un été mouvementé. Si elle est soulagée d’avoir finalement une place quelque part, elle regrette qu’il ne s’agisse pas de son premier choix. La bachelière se voyait plutôt étudier la biochimie et les sciences de la vie et de la terre à l’université d’Orsay, dotée en plus d’un jardin botanique et mieux « cotée » que celle d’Évry. Elle souhaite se spécialiser dans ce dernier domaine et en entomologie.

Cette affectation qu’elle a obtenue, in extremis, deux jours avant la rentrée, la satisfait à moitié. Cela aurait pu être pire, se dit-elle pour se rassurer : « J’ai dû me décider en 24 heures. Lorsque j’ai contacté le numéro d’assistance de la plateforme, on m’a proposé d’intégrer un cursus d’informatique, pas du tout ce que j’avais envie de faire. Je sais que là, j’aurais échoué à coup sûr. » 

Avec un peu de recul, Laetitia juge très stressante son expérience globale de Parcoursup : « J’ai eu le sentiment de ne pas être entendue. Je n’étais qu’un numéro de dossier parmi tant d’autres. Entre fin mai et fin août j’ai constamment eu peur de ne pas avoir d’affectation ou d’être envoyée dans un endroit où je ne voulais pas aller. C’est terrible d’avoir ce sentiment de n’avoir aucune emprise sur son avenir et de dépendre d’un algorithme. » Elle réfute totalement le fait que Parcoursup permettrait de réintroduire « plus d’humain » comme l’a toujours répété Frédérique Vidal pour justifier cette réforme d’ampleur.

La jeune femme n’est pas partie en vacances par peur de ne pouvoir se connecter en temps et en heure le cas échéant. Comme d’autres candidats, elle s’est parfois connectée à 2 heures du matin, l’horaire auquel les serveurs de la plateforme se mettaient à jour et donnaient des résultats, pour espérer gagner quelques places. Un stress que, redoublante, elle n’avait pas connu l’année précédente. Mais avec APB, dit-elle, elle avait obtenu son affectation rêvée et dans un temps beaucoup moins long.

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Cet article a été actualisé après la conférence de presse de Frédérique Vidal le 25 septembre à 15h30.