Coronavirus: l’épidémie «s’accélère» en Chine, trois cas en France sous contrôle

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Trois cas de coronavirus confirmés en France, deux à Paris et un à Bordeaux. Ce sont les premiers malades en Europe, placés sous une surveillance hospitalière. Depuis le début de l’épidémie partie du Wuhan, la pneumonie virale a tué 56 personnes et en a infecté près de 2 000 autres en Chine, selon le bilan officiel diffusé dimanche.

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Avec trois patients hospitalisés à Paris et Bordeaux, voici la France placée sur la carte de l’épidémie mondiale du coronavirus 2019-nCoV, nouveau syndrome respiratoire aigu sévère parti de la ville de Wuhan, en Chine. Ce sont les premiers cas en Europe alors que cette maladie a déjà touché près de 2 000 personnes dans le monde, principalement en Asie.

Passagers venus de Chine arrivant à l'aéroport Charles-de-Gaulle à Paris, le 26 janvier 2020. © Alain JOCARD / AFP Passagers venus de Chine arrivant à l'aéroport Charles-de-Gaulle à Paris, le 26 janvier 2020. © Alain JOCARD / AFP

Agnès Buzyn, la ministre de la santé, s’est voulue cependant rassurante, vendredi soir. « Nous avons les premiers cas européens, probablement parce que nous avons mis au point le test très rapidement et que nous sommes capables de les identifier. » Les patients ont été placés en chambre d’isolement et les autorités sanitaires tentent de retracer leurs déplacements et les personnes qu’ils ont croisées dernièrement, la période d’incubation de ce coronavirus durant « probablement autour de 7 jours », toujours selon la ministre. Il est désormais certain qu’ils ont voyagé récemment en Chine et avaient séjourné à Wuhan ces dernières semaines.

Selon le directeur général de la santé, Jérôme Salmon, les trois patients vont « très bien » depuis. Il a rappelé la mortalité faible du virus, autour de 3 %, un taux très « nettement inférieur » à celui du Sras, cette épidémie apparue en 2003. Une « équipe médicale d’accueil » a aussi été mise en place dimanche à l’aéroport de Roissy pour prendre en charge les personnes qui présenteraient des symptômes d’une infection par coronavirus, a annoncé la direction générale de la santé (DGS).

Concédant cependant qu’il était « impossible de contrôler les multiples voies » pour revenir de Chine, la ministre a rappelé la règle d’or : « Pour les voyageurs qui rentrent de Chine, il est important de se surveiller, et au moindre signe respiratoire ou si on a de la fièvre, il ne faut pas aller aux urgences, il faut appeler le centre 15 [numéro d’urgence – ndlr] qui vient chercher le patient », afin d’éviter au maximum la propagation du virus. L’inquiétude demeure sur l’état chroniquement saturé des services d’urgences français, déjà aux prises avec la grippe hivernale.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé de son côté dimanche matin que les festivités du nouvel an chinois étaient bel et bien annulées dans la capitale, alors que le constructeur automobile PSA, implanté comme beaucoup d’autres dans la région de Wuhan, va rapatrier ses salariés.

En Chine, l’épidémie « s’accélère », a reconnu le président Xi Jinping, à quelques jours seulement du nouvel an lunaire, période de fête et de voyages à travers tout le pays. Le coronavirus place la Chine dans une « situation grave », a poursuivi le dirigeant. La ville de Wuhan, dans la province de Hubei, est bouclée, et une dizaine d’autres ont subi le même sort ces derniers jours, les autorités ayant fait le choix de verrouiller les trains, les avions, les ferrys. Ce qui place environ 40 millions de Chinois en quarantaine.

Vendredi soir, l’armée a envoyé 450 médecins militaires au centre du pays, dont certains ont l’expérience de la lutte contre Ebola et le Sras. La Chine a en outre annoncé dimanche l’interdiction temporaire d’élevage, de transport ou de ventes d’animaux sauvages, le virus ayant pu se répandre à partir d’un marché aux poissons.

Et alors que le Global Times, journal chinois, salue les dix millions d’habitants de Wuhan pour leur « sacrifice » et leur « contribution » afin d’endiguer l’épidémie, le journal South China Morning Post (SCMP), basé à Hong Kong, rappelle que des médecins critiquent désormais à voix haute la gestion de la crise par les responsables locaux et demandent de l’aide pour prendre en charge les malades, une contestation plutôt inhabituelle dans le pays. « Dans une déclaration inhabituellement franche » sur la plateforme Weibo, un journaliste du journal officiel du Parti communiste « a également estimé que les dirigeants de la ville devaient être licenciés immédiatement », rapporte Courrier international, citant le site d’information hongkongais.

Avec des cas en Asie, dont Hong Kong et Shanghai, mais également aux États-Unis, au Canada et désormais en Europe, l’épidémie se propage. Cependant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré jeudi qu’il n’y avait pas pour le moment d’intérêt à déclarer ce coronavirus « d’urgence de santé publique de portée internationale », même si les experts doivent se réunir pour réévaluer éventuellement la menace sanitaire. Pour justifier cette décision, critiquée (lire ici ce papier de La Croix), l’OMS a rappelé qu’il n’y avait pas pour le moment de « cas de transmission d’homme à homme dans un pays qui ne serait pas la Chine ».

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