Philippe Pemezec, le maire UMP qui « loge très peu d'Arabes »

Dans un livre paru en février, Philippe Pemezec, vice-président UMP du conseil général des Hauts-de-Seine, déclarait limiter au maximum le nombre d'Arabes dans les HLM de sa ville du Plessis. Mediapart s'est procuré des données inédites, qui montrent que les faits ne démentent pas les mots : les noms à consonance maghrébine sont ultra-minoritaires parmi les bénéficiaires de logements sociaux. A l'inverse, la fille de Philippe Pemezec, 23 ans, s'est vu attribuer en février un logement social dans la ville. 

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Philippe Pemezec n’est pas qu’un fanfaron. À des militants du Front national venus en décembre dernier solliciter son parrainage pour la présidentielle, le maire du Plessis-Robinson et vice-président UMP du conseil général des Hauts-de-Seine avait expliqué tout faire pour qu’il y ait le moins possible d’« Arabes » dans sa ville, notamment en surveillant l’attribution des logements sociaux.

Mediapart a voulu vérifier si le candidat UMP aux législatives (dans la 12e circonscription des Hauts-de-Seine) disait vrai. Nous nous sommes procuré l’ensemble des noms des demandeurs de logements candidats au Plessis et présentés en commission d’attribution de logements sociaux à l’office départemental (OPDH 92) depuis environ un an. Résultat : moins de 5 % des dossiers présentés comportent un nom à consonance maghrébine. Tout le monde ne rencontre visiblement pas autant de difficultés :  la fille du maire, Marine Pemezec, 23 ans, s’est vu attribuer en février 2012 un logement social dans un quartier chic du Plessis dans des conditions intrigantes.

Philippe Pemezec est l'ancien patron de l'UMP dans le département Philippe Pemezec est l'ancien patron de l'UMP dans le département
Mais avant de détailler ces affaires de famille, qui relèvent de l’éthique, rappelons la loi : le code pénal proscrit toute discrimination en raison d’une appartenance vraie ou supposée à une ethnie ou une religion. Or, le 13 décembre 2011, Philippe Pemezec, ancien « Pasqua Boy » et relais ardent de Nicolas Sarkozy dans le département, reçoit des militants du Front national qui lui demandent de parrainer Marine Le Pen pour l’élection présidentielle. Comme l’a raconté la journaliste Claire Checcaglini dans son livre Bienvenue au Front – Journal d'une infiltrée (éditions Jacob-Duvernet), le maire refuse poliment mais détaille sa pensée. Il explique ainsi qu’il a voté pour Jean-Marie Le Pen au premier tour en 2002. Et poursuit le dialogue, dans des termes qui n’ont pas été jusqu’à présent publiés dans leur intégralité :

— « Ici, il n’y a pas de souci. Je loge très peu d'Arabes. Je fais très très gaffe. »

Le militant du FN le relance : «Combien vous avez de musulmans ? Quelle est la proportion de la population ?»

Philippe Pemezec reste sur son idée : «Je fais très gaffe. Je suis un des rares maires à participer aux commissions d’attribution de logements à l’office départemental des Hauts-de-Seine et je peux vous dire qu’au Plessis, il n’y en a pas beaucoup (NDLR : d’Arabes). Il y en a forcément. Parce que je vois bien les jeunes couples bobos qui n’ont pas de place en crèche, ils vont chercher à Bagneux, à Châtenay des femmes étrangères qui vont garder leurs gamins. Elles finissent par découvrir la ville. Il y en a une qui a loué un pavillon dans la zone pavillonnaire. Elle était voilée. Il y en a une autre qui est arrivée par le biais du 1 % patronal. Le type était maçon chez Bouygues. Il a obtenu un logement sauf que ce n’était pas marqué sur le dossier que sa femme était voilée. Comme ça, on se fait avoir. Donc je fais très très gaffe.»

Comment prend-il ces « précautions » ? Philippe Pemezec n’a pas souhaité répondre à nos questions. Interrogé sur ces déclarations, il nous a simplement demandé si nous étions de la police.

Il est vrai que celle-ci pourrait prochainement l’interroger. Le 23 février, après la parution du livre Bienvenue au Front, Martine Gouriet, présidente du groupe socialiste au conseil général des Hauts-de-Seine, a saisi le procureur Philippe Courroye. Une enquête préliminaire a été ouverte le 2 mars.

La justice pourra s’appuyer sur les propos du maire lui-même, ce qui est rarissime, bien que le phénomène de la discrimination au logement en général soit bien identifié. L’enquête Logement de l’Insee a pointé par le passé un traitement moins favorable dans l’accès au logement social des populations immigrées, considérées comme des locataires « à risques ». Le Conseil d’analyse stratégique détaille : des propositions de logements de moindre qualité, des délais d’attente plus longs, des mutations difficiles au sein du parc social. La Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) prône une anonymisation des demandes.

Car un maire qui souhaite éviter de loger « des Arabes » n’a pas trente-six solutions : il se base sur les noms. Cette méthode n’a rien de scientifique. Mais puisque c’est la seule que Philippe Pemezec est susceptible de mettre en œuvre pour trier, nous l’avons adoptée : nous avons examiné les patronymes des personnes pré-sélectionnées pour l’obtention d’une HLM au Plessis.

D’après nos calculs, lors des neuf commissions d’attribution de l’office départemental qui se sont déroulées entre avril 2011 et février 2012 (date de la révélation des propos de Philippe Pemezec), 459 dossiers ont été présentés. Parmi eux, on ne recense que vingt-deux noms à consonance maghrébine. (Voir le détail de notre calcul en boîte noire.)

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

Pour voir si Philippe Pemezec disait vrai, nous avons choisi d’appliquer la seule méthode qu’ un maire peut utiliser à notre connaissance pour discriminer dans l’attribution de logements : en se basant sur les noms de famille.

Sur les 459 dossiers présentés à l’Office départemental pour la ville du Plessis, nous avons donc recensé les noms à consonance maghrébine. Nous en avons compté 24 (couples mixtes inclus).

Mais en réalité, certains dossiers ont été présentés deux fois. Et d’autres foyers habitaient déjà le parc HLM : dans ce cas, leur dossier est examiné parce qu'il leur est proposé de vivre dans un logement plus petit, après le départ de leurs enfants.  En tout, on compte seulement 20 noms à consonance maghrébine voulant intégrer pour la première fois le parc social.

Attention, les 20 n’ont pas obtenu un logement. Mais tous ont de bonnes raisons d’espérer : être présenté en commission signifie que l’on a franchi les obstacles les plus ardus de la sélection.