A Marseille, l'alliance Gaudin-Guérini-FO achève la gauche

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Jean-Claude Gaudin annonce son alliance avec deux maires de secteur sortants dont la guériniste Lisette Narducci. Il table sur un quasi grand chelem le 30 mars. C'est la preuve d'un « pacte de filous » entre Gaudin et Guérini, dénonce le socialiste Mennucci, en difficulté dans sa propre mairie.

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 Marseille, de notre envoyée spéciale

Patrick Mennucci et Jean-Marc Coppola, le 24 mars. © LF Patrick Mennucci et Jean-Marc Coppola, le 24 mars. © LF

« Il y a encore cinq secteurs où nous pouvons gagner », voulait croire lundi le candidat PS-EELV Patrick Mennucci, suite à la déculottée de dimanche. Dans la deuxième ville de France que la gauche espérait reconquérir après dix-neuf ans de mandature de Jean-Claude Gaudin (UMP), le PS-EELV est arrivé troisième (20,77 %) derrière l’UMP  (37,64 %) et le FN (23,16 %). « Cette sanction a été entendue. Mais ce n’est pas en re-sanctionnant le gouvernement la semaine prochaine que nous réglerons les problèmes de la ville », a argumenté Patrick Mennuci, qui espère que le score élevé du FN va provoquer « un sursaut pour en finir avec l’immobilisme de la municipalité Gaudin ».

Devant les photographes, le candidat PS-EELV et son homologue du Front de gauche Jean-Marc Coppola actaient lundi, dans un bistrot, l’accord entre leurs deux formations pour le second tour. « Quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat », commente le patron marseillais du FDG, qui expliquait dimanche qu'il aurait du mal à convaincre certains de ses électeurs à se reporter sur le PS.

Ce fut une simple formalité, tandis que Pape Diouf, qui a réuni 8,10 % des voix sur ses listes citoyennes, refusait lui dans la soirée la main tendue de la gauche. L’appel de la magistrate Laurence Vichnievsky (EELV), annoncée comme première adjointe de Mennucci en cas de victoire, n’aura pas suffi à convaincre l’ancien président de l’OM de fusionner ses listes avec celles du PS-EELV. « Se rallier aujourd’hui, c’est prendre le risque de se discréditer pour l’avenir », a balayé Pape Diouf. Cette position a provoqué la déception de certains au sein de son mouvement « Changer la donne ».

La série noire pour la gauche marseillaise a continué mardi matin avec l’annonce du ralliement de deux maires de secteurs sortants, Robert Assante, ex-adjoint de Gaudin et candidat dissident dans le 6e secteur, et surtout de Lisette Narducci, candidate dans le 2e secteur et proche de Jean-Noël Guérini, qui avait rejoint les radicaux de gauche après avoir quitté le PS en 2012. Ces ralliements mettent à bas tout espoir pour les socialistes de l’emporter sur ces deux mairies, sauf mobilisation exceptionnelle. « Nous considérons que Jean-Claude Gaudin, arrivé en tête, a la responsabilité de rassembler une majorité nette au conseil municipal et à la communauté urbaine de Marseille, ce qui permettrait de gouverner cette ville de façon décrispée », nous expliquait lundi Yves Moraine, porte-parole du candidat.

Lisette Narducci aux côtés de Jean-Claude Gaudin et de ses lieutenants le25 mars 2014. © LF Lisette Narducci aux côtés de Jean-Claude Gaudin et de ses lieutenants le25 mars 2014. © LF

Le coup est particulièrement rude dans le 2e secteur, qui comprend le quartier du Panier, fief historique du PS et de Jean-Noël Guérini, patron du département des Bouches-du-Rhône. Eugène Caselli, le président socialiste de la communauté urbaine arrivé troisième au premier tour et qui a refusé tout contact avec la « guériniste » Lisette Narducci, y repart donc seul au combat dans une triangulaire face au  FN et à la liste d'union de son ancienne camarade socialiste avec l'UMP. Comment Lisette Narducci, membre de la majorité de gauche au conseil général et qui s’est vu promettre la mairie de secteur par Jean-Claude Gaudin, va-t-elle gérer cette schizophrénie ? « Les gens ont une seule préoccupation, leur quartier, ils se moquent bien de ce que représentent les personnes en face d’eux dès lors qu’elles répondent à leurs attentes », a éludé la vice-présidente du département.

De son côté, le camp Gaudin justifie cette alliance avec la « candidate de cœur » de Guérini, mis en examen à trois reprises dans des affaires de marchés publics truqués, par la caution morale de l'ex-adjoint (UMP) au maire, Renaud Muselier, qui avait dénoncé le « système Guérini » dans un livre. « L’accord a été poussé et validé dès dimanche soir par Renaud Muselier. Quand on sait les affrontements énormes qu’il a eus avec Monsieur Guérini, c’est un signe très fort », justifie le sénateur UMP Bruno Gilles, candidat dans le 3e secteur qui a réalisé les premières « prises de contact ».

Ce rassemblement permet également à Jean-Claude Gaudin tout comme à Jean-Noël Guérini d'engranger chacun des conseillers municipaux grands électeurs pour les sénatoriales de septembre 2014. « Sinon, ça aurait été un coup de jackpot, l'un ou l'autre aurait tout remporté », décrypte Bruno Gilles.

Dans Le Monde, Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche, a désavoué mardi « cet accord contre nature » et menacé de sanctions « ceux qui ont passé cet accord ». « Cette alliance repose sur un partage des tâches entre filous, a également réagi Patrick Mennucci lors d’une conférence de presse mardi. À l’un, la Mairie de Marseille, à l’autre la présidence du conseil général et à eux deux une seule volonté : m’empêcher de débarrasser Marseille de ces réseaux qui gangrènent, m’empêcher de changer le destin de notre ville. » Avant de promettre, « demain maire de Marseille », de s'attaquer à ces « forces obscures ».

Affiche satirique de l'un des candidats aux élections "Marseille 3013" organisées par le off de MP2013 Affiche satirique de l'un des candidats aux élections "Marseille 3013" organisées par le off de MP2013
Fort de ces accords et de son score au premier tour, Jean-Claude Gaudin a refusé d'affronter ses deux adversaires lors du traditionnel débat d'entre-deux tours organisé par France 3 Provence et Public Sénat jeudi. En fin d'après-midi, son attaché de presse assurait encore que le débat aurait lieu. « Il n'y a aucun souci, on est en train de discuter des différentes modalités », nous indiquait-il. Et à 20 heures le communiqué de Jean-Claude Gaudin tombe : « Pour moi, un débat télévisé sur France 3 Provence Alpes avec Stéphane Ravier et Patrick Mennucci ne serait pas utile à l'expression de cette priorité du rassemblement dans un dialogue constructif. Le débat démocratique des élections municipales n'a pas besoin de donner en spectacle les mêmes arguments incessants et inopérants, voire les diatribes complices du FN et du PS, contre mon bilan et mon projet, et contre le sentiment majoritaire des Marseillais. »

Désormais en position de réaliser un quasi grand chelem dimanche 30 mars, en remportant sept des huit secteurs de la ville, celui qui dirige la ville depuis 1995 sait qu'il a tout à risquer dans un débat de fond, programme contre programme, bilan contre projet. La ville figure régulièrement en queue des classements pour sa dette, ses embouteillages, sa fiscalité locale et dans les différents palmarès de L'Express.

À gauche, seule Samia Ghali, dans le 8e secteur, est à peu près certaine de conserver sa mairie de secteur. Dans le 3e secteur, la ministre PS Marie-Arlette Carlotti a 17 points de retard sur son adversaire, le maire sortant et sénateur (UMP) Bruno Gilles. Patrick Mennucci est, lui, mis en difficulté dans sa propre mairie des 1er et 7e arrondissements (raflée à la droite en 2008) avec un retard de 12 points. Le candidat avait d’ailleurs choisi mardi matin d’aller à la rencontre de ses électeurs dans le quartier d’Endoume (7e  arrondissement).

« Il a fait le calcul des voix, avec celles du FDG et de Pape Diouf, il passe », assurait dimanche soir son entourage. Mais la droite parie sur « la vague » du premier tour. « On sent que les habitants ont envie d’être proche du camp qui est en train de gagner, affirme la conseillère générale (UMP) Sabine Bernasconi, colistière de Dominique Tian sur ce secteur. Pour gérer les questions du quotidien, il vaudra mieux un maire de secteur qui fait partie de la majorité au conseil municipal et à la communauté urbaine. »

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Contactés mardi après-midi, Patrick Rué et Jean-Claude Mailly ne nous ont pas répondu.