Université d’été de l’éducation: les leçons d’une année de luttes

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Pendant que Jean-Michel Blanquer reçoit les organisations syndicales au ministère, des professeurs se sont donné rendez-vous à Vincennes, pour la première édition de leur université d’été. « Enseigner », « dialoguer », « lutter », au sommaire des nombreuses tables rondes organisées pendant trois jours.

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À la veille de la conférence de presse de rentrée, prévue mardi 27 août 2019, les enseignants inaugurent leur première université d’été à la Cartoucherie, dans le bois de Vincennes. Au programme, trois jours d’échanges, de débats, de projections.

Cette université « émane des luttes contre les réformes Blanquer et les prolonge » ; elle « s’inscrit en relais entre les mouvements de grève de l’année passée et ceux de la rentrée », mais aussi « dans le temps long d’une refondation de l’école », disent les organisateurs sur la page d’accueil de l’événement.

L’année scolaire 2018-2019 fut riche en bouleversements pour les enseignants, avec la réforme des lycées professionnels, la réforme du bac, la réforme du lycée. À peine arrivé, Jean-Michel Blanquer a supprimé deux réformes du quinquennat Hollande : celles des rythmes scolaires et du collège. Ensuite, il a enchaîné avec la mise en œuvre de Parcoursup et de la réforme du lycée, la mise en place des évaluations pour les élèves de CP, CE1, collégiens de sixième, et les lycéens de seconde. Reforme aussi de la voie professionnelle – bien moins visible –  instaurée par le ministre, qui espère renforcer les enseignements professionnels au détriment des généraux. Les programmes de lycée, de toutes les voies, ont été ou sont en cours de réécriture. Sans oublier les dispositions du projet de loi pour une « école de la confiance », voté par le Parlement cet été (lire le détail ici).

À l'université de l'éducation, lundi 26 août, à Vincennes. © Rouguyata Sall / MP À l'université de l'éducation, lundi 26 août, à Vincennes. © Rouguyata Sall / MP
Les enseignants ont réagi, dans la rue lors de multiples grèves, mais aussi sur les réseaux sociaux, avec le mouvement #PasDeVague pour dénoncer l’absence de réaction de la part de la hiérarchie dans l’Éducation nationale face aux violences dans les établissements. Sans oublier les Stylos rouges ou le refus de rendre les notes des copies du bac corrigées et le fiasco des notes provisoires inventées

Quatre cents personnes se sont inscrites à cette université, une majorité de professeurs franciliens et d’autres venant de région, mais aussi quelques lycéens et parents d’élèves, surtout représentants de fédération ou de syndicat.

« L’idée a germé fin juin », explique à Mediapart Lionel Mendousse, co-organisateur des UEE et professeur d’histoire-géographie dans un lycée du IXe arrondissement de Paris. Un appel, rédigé dans la foulée, circule d’abord dans un petit groupe d’enseignants, avant d’être annoncé officiellement lors d’une des dernières AG Île-de-France, début juillet, en plein pendant la correction des copies du baccalauréat.

L’objectif de cette UEE ? « Mener une réflexion de fond sur notre métier d’abord, et sur l’école en général », précise Lionel Mendousse. « On a reçu le soutien de collectifs, de syndicats, d’associations, mais tout ça vient de volontés individuelles », d’une quinzaine d’enseignants « de terrain », ainsi que d’un parent d’élève qui a conçu un programme de projection de documentaires sur l’école.

Côté financement, une campagne participative, mais aussi des contributions financières de la CGT Éducation des académies de Versailles, Créteil et Paris – mais « aucune intervention syndicale sur le contenu ». La mairie de Fontenay-sous-Bois a également assuré une aide « matérielle et logistique ».

Pour Lionel Mendousse, l’université d’été est aussi l’occasion de faire le point sur l’année de mobilisation, notamment sur les nouvelles formes de lutte, avec l’utilisation des réseaux sociaux, la rétention des notes, la grève de la surveillance. « On est face à un ministre qui est très intelligent, qui connaît très bien le système éducatif. Il ne faut pas le sous-estimer. C’est pourquoi ces temps de réflexion sont importants. »

Des actions sont-elles prévues pour la rentrée ? Pour le savoir, rendez-vous mercredi 28 août, troisième et dernier jour de l’université d’été, à la réunion de la coordination nationale des collectifs et des AG contre la réforme Blanquer. « On a conçu cette université d’été parce qu’on sent un besoin de dialogue entre nous », explique le co-organisateur, ravi que cette première édition de déroule à la Cartoucherie, un lieu « symbolique », « un lieu de création, de théâtre, squatté puis pérennisé. C’est une utopie devenue réalité », et il espère que « les UEE suivront le même chemin ».

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