A Nîmes, d'ultras pieds-noirs menacent un colloque autour de la guerre d'Algérie

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Un colloque historique consacré à la fédération de France du FLN pendant la guerre d'Algérie doit avoir lieu à Nîmes les 10 et 11 mars. Mais privé de subventions de l'Etat, il pourrait à présent être interdit. Une association de pieds-noirs proche de l'extrême droite s'y emploie.

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Un colloque historique consacré à l'histoire de la fédération de France du Front de libération nationale (FLN) pendant la guerre d'Algérie doit avoir lieu à Nîmes les 10 et 11 mars. Mais sa tenue même est mise en cause par l'activisme d'une association de pieds-noirs proche de l'extrême droite qui a déjà obtenu de l'Etat qu'il ne participe pas au financement de l'organisation du colloque. Et vise à présent son interdiction.
« Notre initiative est un colloque historique à caractère universitaire », explique Bernard Deschamps, président d'honneur de l'association France-El Djazaïr et coordonnateur du collectif d'associations locales et de syndicats qui l'organise. Une initiative gratuite, ouverte au grand public, qui doit se tenir dans les locaux du conseil général du Gard et accueillir le gratin des universitaires français spécialistes de la question : Gilbert Meynier, professeur émérite de l'université de Nancy et auteur de Histoire intérieure du FLN 1954-1962 (Fayard, 2002), Sylvie Thénault du CNRS, auteur de Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d'Algérie (La Découverte, 2001), Emmanuel Blanchard, de l'université de Versailles Saint-Quentin, auteur de La Police parisienne et les Algériens, 1944-1962 (Nouveau Monde, 2011), ainsi que plusieurs doctorants présentant leurs recherches encore inédites. Enfin, deux anciens militants du FLN en France doivent intervenir : le sénateur Mostefa Boudina, condamné à mort à Lyon en 1960 mais ayant miraculeusement échappé à la guillotine, et l'avocat et ex-ministre Ali Haroun, ancien dirigeant de la fédération de France du FLN. « Des témoins de premier plan, que nous avons invités parce qu'ils ont également écrit sur cette période des livres importants », précise Bernard Deschamps. Ali Haroun est ainsi l'auteur de La Septième Wilaya (Le Seuil, 1986), un des premiers livres consacrés à l'activité en France du FLN pendant la guerre d'Algérie.
Sauf que la tenue même de ce colloque n'est plus acquise depuis que l'Union syndicale de défense des Français repliés d'Algérie (Usdifra) a fait mine d'en découvrir le 20 février l'organisation, pourtant annoncée de longue date. Dans un communiqué incendiaire, l'Usdifra s'indigne de « l'organisation sur le territoire national, par une communauté étrangère (sic) », d'un « « colloque »  faisant l’apologie de crimes commis à l’encontre de citoyens français par le FLN » et en réclame l'interdiction pour trouble à l'ordre public. Son communiqué prend également pour cible le ministère de la culture dont le logo figure sur la plaquette d'annonce du colloque. Notoirement proche du Front national – Marine Le Pen et Louis Aliot étaient les invités d'honneur du cinquième salon du savoir-faire pied-noir organisé en août 2011 par l'association –, l'Usdifra ne se donne même pas la peine de masquer ses intentions politiques : « A quelques semaines des commémorations du Cinquantenaire de l’exode tragique dont ont été victimes les communautés pieds-noirs et harkis, mais aussi en cette période pré-électorale, tant le maintien de ce colloque que la non-démission du ministre Frédéric Mitterrand ne pourraient être considérés que comme un affront fait à ces deux communautés fortes de près de 5 millions d’électeurs. »