Au cœur du scandale de l'UIMM (1/5) -107 ans de manœuvres et d'intrigues

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Révélée en septembre 2007, l'affaire UIMM est une bombe à fragmentation. A qui étaient destinés les 16 millions d'euros retirés en liquide par Denis Gautier-Sauvagnac entre 2001 et 2007? La justice s'est emparée du dossier. Certains anciens ont parlé. Mais dix mois après les premières révélations, les zones d'ombre restent gigantesques. Mediapart a choisi de consacrer une série, en cinq volets, à cette affaire incroyable où il est question de retraits secrets, de billets donnés en liquide mais aussi de l'état, délabré, du dialogue social dans notre pays. Premier volet, un retour sur la toute-puissante Union des industries métallurgiques et minières.
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Denis Gautier-Sauvagnac (photo) est un monsieur très distingué. Un professionnel du baise-main, onctueux comme le sont les gens bien-nés. Un homme discret, comme les patrons de la métallurgie qu'il représente. Un homme de fer, aussi, intransigeant avec ces syndicats qu'il connaît par cœur pour négocier avec eux depuis des années. En septembre 2007, quand éclate l'affaire des 16 millions d'euros retirés en liquide par Denis Gautier-Sauvagnac entre 2001 et 2007, le président de l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgique) est un des membres les plus éminents du patronat. Le numéro deux du Medef, le syndicat patronal.

 

 

Sa très puissante fédération rassemble les plus grands noms de l'industrie française, Michelin, Renault et PSA, Areva (nucléaire) Schneider (électricité), l'armurier Dassault, l'équipementier militaire Thalès et des milliers d'entreprises de la métallurgie. Affiliée au Medef, elle en est la colonne vertébrale en même temps qu'un des principaux bailleurs de fonds. Gautier-Sauvagnac, «DGS» comme on l'appelle, paraît indéboulonable.


Fin septembre 2007. En quelques jours, l'UIMM sort soudain de l'anonymat. On apprend que la justice s'intéresse à plusieurs millions d'euros (16,5 concluent finalement les enquêteurs) retirés en liquide par Denis Gautier-Sauvagnac lui-même entre 2001 et 2007 sur un compte de la BNP. L'imagination collective s'affole. DGS, le presque aristo aux manières si affectées, distribuerait en cachette des valises de biffetons pour «fluidifier», comme il le dit, le dialogue social? «Quand on a lu ça dans la presse, on a éclaté de rire tellement ça paraissait incroyable», se rappelle un haut dirigeant de la CGT.

 

 

Dix mois plus tard, l'affaire reste bien opaque. Qui a touché? D'anciens membres de l'UIMM, à coup sûr, à qui ont été versés de confortables compléments de salaires. Pour le reste... syndicalistes? hommes politiques? journalistes? Personne, ou presque, ne parle au juge Le Loire. Surtout pas DGS, qui met un point d'honneur à ne rien révéler. L'enquête, vous raconteront dans les prochains jours Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, progresse à pas lents.

 

On n'en sait pas beaucoup plus sur la destination des 16 millions d'euros. On en sait encore moins sur le formidable magot, 600 millions d'euros, amassé en toute discrétion par l'UIMM depuis 1972. Cette caisse «d'entraide», officiellement établie pour aider les entreprises de la métallurgie en cas de grève a servi à autre chose. A financer des partis et des campagnes électorales. Peut-être à arroser des syndicalistes. En particulier, l'on ne peut s'empêcher de relire l'histoire récente du dialogue social sous un autre jour. Ainsi, en 1998, quand trois syndicats, la CGC, FO et la CFTC, signataires habituels des accords de l'UIMM ont signé dans la métallurgie et avec Denis Gautier-Sauvagnac un accord dérogatoire aux 35 heures, l'ont-ils fait pour de bonnes raisons?

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A sa révélation en septembre 2007, l'affaire de la "caisse noire" de l'UIMM a sonné comme un coup de tonnerre dans le ciel économique, social et politique français. Ainsi, la plus puissante fédération patronale du pays -la métallurgie- dont le secteur représente chaque année un chiffre d'affaires de 380 milliards d'euros, a mis en place il y a trente ans un vaste système de retrait d'argent en liquide pour «fluidifier» la vie sociale, selon le mot de Denis Gautier-Sauvgnac, l'ancien président de l'UIMM! Imaginons un instant ces hauts dignitaires patronaux, héritiers directs du très artistocratique Comité des forges, aller retirer des liasses de billets pour "arroser" la vie publique... C'est digne d'un polar aux couleurs sépia. Mediapart, qui enquête depuis plusieurs mois sur l'affaire, a décidé de lui consacrer une série en cinq volets.