Attentat à Bayonne: l’ex-candidat FN en garde à vue

Deux hommes ont été blessés ce lundi dans une attaque à main armée de la mosquée de Bayonne. L’auteur présumé, interpellé, aurait reconnu les faits : il s'agit d’un ancien candidat du FN et aficionado d’Éric Zemmour. Depuis 2013, la communauté musulmane locale a déjà dû affronter d'autres épreuves.

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Deux musulmans ont été grièvement blessés dans une attaque à main armée perpétrée contre la mosquée de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), ce lundi après-midi. À 15 h 20, un homme seul a d’abord tenté d’incendier la porte de l’édifice. « Surpris dans sa tentative par deux personnes, l’homme a ensuite tiré [sur deux hommes] », a indiqué la préfecture. En prenant la fuite, l’assaillant a aussi incendié un véhicule.

Les deux victimes, âgées de plus de soixante ans, ont été touchées par balles à la cage thoracique et au cou. Prises en charge à l’hôpital de Bayonne, elles se trouvaient lundi soir dans un état stationnaire. « Il s’agit de deux fidèles qui étaient à l’intérieur de la mosquée, des habitués qui participent à l’organisation des cérémonies religieuses », indique le maire de Bayonne, Jean-René Etchegaray (UDI), « en état de choc » après les événements.

La mosquée de Bayonne. © Google street view

Suspecté d’être l’auteur des coups de feu, un octogénaire, agent de l’Etat à la retraite, a été interpellé quelques heures plus tard, à Saint-Martin-de-Seignanx (Landes), à quelques kilomètres de Bayonne, par des policiers de la Brigade anticriminalité (BAC).

Selon la préfecture, il est détenteur de trois armes de catégorie B, qu’il avait déclarées. Placé en garde à vue, il aurait reconnu être l'auteur des tirs selon France-Info.

Une enquête de flagrance a été ouverte par le parquet de Bayonne et confiée à la police judiciaire de la ville. Le parquet national antiterroriste étudie, par ailleurs, la situation en liaison avec le parquet de Bayonne. Il ne s'est pas encore saisi du dossier.

Aficionado du polémiste d’extrême droite Éric Zemmour (il lui a adressé un message de soutien, publié sur un groupe intitulé « Le blog de ceux qui aiment Éric Zemmour »), Claude S. n’est autre qu’un ancien candidat du Front national aux élections départementales 2015, comme l’a indiqué Le Parisien.

Les versions divergent au sein-même du RN sur les raisons de l'éloignement de l'octogénaire du parti. « À l’issue du scrutin, ce dernier [le suspect, ndlr] a été écarté de sa fédération départementale pour avoir tenu des propos jugés contraires à l’esprit et à la ligne politique du Rassemblement national. Il n’a, depuis, plus participé à la moindre action du mouvement et n’est plus adhérent », a finalement précisé le parti dans un communiqué.

Sur Twitter, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen a dénoncé un « acte inqualifiable absolument contraire à toutes les valeurs portées par notre mouvement ».

Les équipes de la députée RN doivent sans doute s’activer pour supprimer toute trace de relation entre leur championne avec Claude S. Comme lors de cette réunion publique, le 14 mars 2015, à Angoumé, près de Dax. Venue démontrer que le FN était implanté partout, Marine Le Pen avait tenu ce jour-là un meeting de campagne pour les départementales en compagnie de tous ses candidats des Landes.

Confrontée à la multiplication des propos racistes de candidats, Marine Le Pen avait alors indiqué qu’il existait dans son parti des instances disciplinaires chargées de « faire le ménage ». Plusieurs prétendants du Sud-Ouest avaient en effet été écartés du mouvement, symbolisant, selon elle, l’ultime étape de la « dédiabolisation » d’un parti souhaitant accéder aux plus hautes responsabilités.

Sur CNews, l’eurodéputé RN Nicolas Bay a indiqué que Claude S. avait, après les élections, « quitté le parti en indiquant que les idées du FN ne lui correspondaient pas ». « C’est un extrémiste qui n’avait rien à faire dans nos rangs et qui est parti », a-t-il ajouté.

À Bayonne, le maire Jean-René Etchegaray invite à la plus grande prudence dans l’interprétation de l’attaque survenue ce lundi. « On va attendre de voir ce que donne le résultat des enquêtes judiciaires. Il faut rester sereins, en attendant de connaître le mobile exact », explique-t-il.

Ce lundi soir, il a convoqué la presse en mairie pour insister sur « le climat de cohésion qui existe dans la ville ». « Bayonne a toujours été une terre d’accueil. Les communautés catholique, protestante, israélite et musulmane sont liées par un dialogue interreligieux très fort », rappelle le maire, en faisant part de sa plus grande incompréhension. « On n’est pas préparés à un tel acte... », dit-il. « Depuis toujours, notre région est une terre riche de toute sa diversité, où nul ne doit se sentir menacé du fait de ses croyances religieuses », a aussi réagi Alain Rousset, président (PS) de la Nouvelle-Aquitaine.

M. Etchegaray a passé une partie de l’après-midi aux côtés de la communauté musulmane, à l’intérieur de la mosquée. Des travaux sont déjà en cours pour que l’édifice rouvre ses portes au plus vite, « au plus tard sous 48 h », souffle-t-on du côté de la mairie. « La communauté musulmane est traversée par une grande émotion », explique M. Etchegaray.

Ce que confirme Abdellatif Boutaty. Le rugbyman marocain, ancienne figure de l’institution locale, l’Aviron bayonnais, n’est pas seulement l’une des personnalités les plus populaires de la ville. C’est aussi le tout jeune président, depuis quelques semaines seulement, de l’association qui gère la mosquée. « C’est un gros choc pour moi, pour la communauté, pour tout le monde ici », témoigne celui qui était l’un des rares joueurs de rugby à suivre le ramadan, avec le soutien de ses dirigeants et coéquipiers

« Les gens ont commencé à venir déposer des fleurs, je reçois des centaines de messages de soutien, ça fait chaud au cœur de voir que les gens pensent à nous », explique M. Boutaty, qui ne souhaitait pas, lundi soir, « réagir à chaud » sans connaître les motivations de l’assaillant. « Il n'y pas de problème d'intégration », a-t-il ajouté, ce mardi matin sur les ondes de « France Bleu Pays Basque », en dénonçant les « politiciens et quelques journalistes qui rabâchent et qui créent le problème » : « Il faut arrêter de ne parler que de l'islam. Le Pays basque est une terre d'accueil. Je suis là depuis 2010 et je me sens plus basque que les basques ».

Le joueur de rugby Abdellatif Boutaty, très populaire à Bayonne, est le nouveau président de l'association qui gère la mosquée. © DR

Longtemps, de nombreux responsables associatifs ou politiques locaux ont pensé leur territoire épargné par la montée du racisme et de la xénophobie. Mais, en 2015, l’accession, pour la première fois au Pays Basque, du FN au second tour des départementales dans un canton aux portes de Bayonne, a agi comme un puissant révélateur.

La communauté musulmane de Bayonne elle-même n’en est pas à sa première épreuve douloureuse. En 2015, quelques jours après l’attaque de Charlie Hebdo, les murs de la mosquée avaient été couverts de tags islamophobes : « Charliberté », « Assassins » ou encore « Sales arabes ».

L’ancienne députée socialiste de la ville (2012-2017) Colette Capdevielle, se souvient de la stupéfaction des fidèles après cet événement. « J’étais allée les voir, ils étaient abasourdis. Ce sont principalement des gens âgés, des papis et des mamies, hyper tranquilles. Il n’y a pas plus tranquilles qu’eux. Ils étaient désolés... », souffle la conseillère municipale.

Deux ans plus tôt, en 2013, c’est la secrétaire départementale du FN de l’époque, Chantal Renou, qui relayait un courriel aux pires relents islamophobes, signé d’un mystérieux Comité de la majorité silencieuse basque. La représentante du FN avait fini par en dénoncer la violence et par préciser que « ce ne sont pas les gens du FN qui ont écrit ce texte ».

Colette Capdevielle se souvient aussi d’être intervenue après un autre incident, en 2017 ; un incendie volontaire « qui n’a pas été élucidé ». « Il n’y a pourtant aucune tension dans la ville avec la communauté musulmane », rappelle-t-elle. Après cette nouvelle attaque, l’ancienne députée ne cache plus son dépit face à l’évolution de la situation : « Voilà ce que ça donne quand on hystérise le débat sur la place de l’islam... »

Antton Rouget

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