Le procès du groupe de Tarnac s’achève en prises de parole

Le procès du « groupe de Tarnac » s’est achevé ce vendredi 30 mars par des déclarations de Mathieu Burnel, Julien Coupat, Yildune Lévy et Benjamin Rosoux. Le jugement a été mis en délibéré au 12 avril.

Cet article est en accès libre.

Pour soutenir Mediapart je m’abonne

PDF

Jusqu’au bout, ce procès ne ressemble à aucun autre. Après trois semaines de débats parfois décousus mais vivants, au cours desquels Corinne Goetzmann, la présidente de la XIVe chambre correctionnelle de Paris a réussi à se mettre à l’écoute des huit prévenus, en faisant preuve de patience et de psychologie, le procès du « groupe de Tarnac » s’achève de façon déconcertante. Ce vendredi 30 mars, les prévenus peuvent prendre la parole après les plaidoiries de leurs avocats, comme c'est l’usage. Quatre d’entre eux le font, chacun à sa manière, et recueillent les applaudissements d’une grande partie du public présent dans la salle des Criées du tribunal.

Julien Coupat et Mathieu Burnel, à Envoyé Spécial © France 2

Mathieu Burnel, plus porte-parole que jamais, se lève et commence à lire un texte écrit sur son ordinateur portable. Moins enjoué que pendant les débats, il fait le procès de la justice sur un mode glacial. Il revendique leur refus à tous de « baisser les yeux, faire des courbettes et se soumettre à ce rituel théâtral » du procès judiciaire, où ils n’ont d’ailleurs accepté de venir que « par curiosité ». Moquant ce qui ne serait qu’un spectacle fait de robes et de dorures, il assure crânement ceci : « Nous avons été les seuls à ne pas jouer un rôle, nous n’avons fait que nous défendre. » Avant de remettre en question la légitimité des magistrats, et posant cette question : « Qui est-on pour juger ? »

Là où l’on pouvait croire Mathieu Burnel satisfait de pouvoir s’exprimer pendant trois semaines d’audiences, ce plus librement que dans tout autre procès, il lance ceci au tribunal : « Nous sommes parvenus à suspendre un certain régime d’énonciation. Nous n’avons pas joué, c’est bien cela qui vous a déstabilisés. » En se montrant comme des personnes normales, les prévenus ont, selon lui, réussi quelque chose. « Un minuscule décalage s’est opéré en vous », dit-il aux juges. Il semble ne rien attendre des magistrats. « Nous n’avons pas besoin d’empathie. Se battre, résister, c’est ce que nous savons faire. Vous ne nous écraserez pas, nous et nos amis. Nous ressortirons de ce procès plus forts qu’en y entrant. »

Mathieu Burnel conclut en lançant aux juges : « Vous êtes finalement moins libres que nous. Nous ne sommes pas obligés de jouer au jeu de la justice, alors que vous savez que c’est une farce, mais ne le pouvez pas. »

Julien Coupat se lève à sa suite, sa tasse de maté à la main. Sur un mode plus ironique et décousu, il discourt sur l’Inquisition, la procédure criminelle française, la philosophie, la Bible, les révolutions, citant pour finir un texte de Michel Foucault sur la justice et la défense libre. « Nous sommes contents d’avoir eu trois semaines pour déployer ce dossier. Je souhaite dédier ce procès à tous ceux que l’on n’écoute pas et qui n’ont pas les moyens de se défendre », conclut Julien Coupat.

Yildune Lévy prend la suite. Elle lit un texte assez court, aussi modeste que sa place dans ce dossier. « Ce que nous avons vécu n’est pas une fatalité », conclut-elle, assurant vouloir continuer à « lutter pour un monde meilleur ». Enfin, Benjamin Rosoux se lance dans une tirade sur Guillaume Pepy, la SNCF et le mouvement social des cheminots. Quant à l’affaire de Tarnac, ce n’est pas un « dérapage » de la justice, selon lui. « Mon séjour en prison et les gens que j’y ai rencontrés m’ont montré que c’est plutôt son fonctionnement normal. »

Jeudi et vendredi, quatre avocats de la défense se sont succédé pour plaider la relaxe des prévenus. Claire Abello s’est attaquée au manque d’éléments solides de l’accusation d’association de malfaiteurs, qui ne repose quasiment plus que sur la manifestation de Vichy.

Pour Yildune Lévy, Marie Dosé et Jean-Christophe Tymoczko ont insisté sur l’impossibilité du récit des policiers sur leur surveillance et le sabotage d’une caténaire de TGV commis quasiment sous leurs yeux, la nuit du 7 au 8 novembre 2008 à Dhuisy (Seine-et-Marne). « Cette procédure a été indigne. La loyauté des trois semaines d’audience ne répare pas cette indignité, elle l’a mise en exergue. Il est temps de faire œuvre de justice, et de les libérer de ce fiasco », a notamment déclaré Marie Dosé.

Jérémie Assous a disséqué, quant à lui, les incohérences du fameux procès-verbal D 104 qui a donné corps à ce récit policier, et sur lequel repose tout le dossier judiciaire. Un dossier initialement issu des services de renseignement, et longtemps qualifié de terroriste.

Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 12 avril.

Michel Deléan

Mediapart est actuellement en accès libre : profitez-en et faites-le savoir ! Découvrez tous nos contenus gratuitement C’est l’occasion pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas de découvrir un journal totalement indépendant et sans publicité qui ne vit que de l’abonnement de ses lecteurs.
L’information est la première force sur laquelle nous devons compter. Une information de qualité, au service du public, soucieuse de l’intérêt général.
Articles, contenus vidéos, podcasts, enquêtes, dossiers... : découvrez-les et jugez par vous-même.
Si vous souhaitez nous soutenir et prolonger votre lecture après la période d’accès-libre abonnez-vous !

Soutenez-nous