Un pilier de l’équipe Fillon salarié par Ladreit de Lacharrière

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Chargée de mission à la Fondation Culture et diversité de mars 2015 à mars 2016, Alexia Demirdjian n’a pas laissé de trace publique de son passage dans cette structure fondée par le milliardaire. Elle s’est en revanche engagée à cette même époque dans la campagne numérique de François Fillon.

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La générosité de Marc Ladreit de Lacharrière à l’égard de François Fillon est manifestement sans limites. Après lui avoir gracieusement prêté un jet privé et avoir versé, entre 2012 et 2013, 100 000 euros brut à sa femme, Penelope Fillon, pour des missions pour le moins obscures à la Revue des Deux Mondes, le mécène milliardaire a aussi salarié un pilier de l’équipe de campagne du candidat à l’élection présidentielle pendant un peu plus d’un an, selon des informations obtenues par Mediapart.

Alexia Demirdjian, qui est au cœur de la campagne numérique de l’ancien premier ministre (voir ici son compte Twitter), a été embauchée en mars 2015 comme « chargée de mission » de la Fondation Culture et diversité – une branche de Fimalac, le groupe de Marc Ladreit de Lacharrière – qui favorise l'accès aux arts et à la culture pour les jeunes issus de milieux modestes. Problème : cette employée n’a pas laissé de trace publique de son passage dans cette structure, tandis que son implication dans l’équipe de François Fillon depuis le printemps 2015 est, elle, manifeste.

La jeune femme, diplômée de Sciences-Po Bordeaux et Paris et passée par le cabinet du médiateur du crédit aux entreprises à Bercy après avoir été attachée parlementaire, est même une pièce maîtresse au QG de campagne de l’ancien premier ministre. En 2016, le cabinet de conseil Comfluence, qui a dressé le portrait des chevilles ouvrières de la communication des différents candidats à droite, présentait le rôle central de cette « conseillère permanente de François Fillon », « en charge des outils de communication ».

Dans une enquête sur l’Institut de formation politique (IFP), « pépinière pour libéraux-conservateurs et cathos identitaires », où Alexia Dermirdjian a aussi étudié, elle est considérée comme le « pilier » de l’équipe numérique du candidat. Et, sur les réseaux sociaux, la conseillère du candidat se dit en charge du projet Fillon 2017, de la communication de ce projet et du numérique depuis mars 2015, qui est aussi la date de son embauche dans le groupe de Ladreit de Lacharrière…

Le compte Twitter d'Alexia Dermirjdian. Le compte Twitter d'Alexia Dermirjdian.

S’il fallait finir de se convaincre de son implication aux côtés de l’ancien premier ministre, les nombreux posts de la conseillère sur son compte Twitter attestent de son engagement permanent dans la campagne de son champion depuis près de deux ans. En revanche, entre mars 2015 et le printemps 2016, on ne trouve aucune trace de sa fameuse « mission » à la Fondation Culture et diversité.

Dans les rangs de cette petite structure, la gêne est manifeste. Contactés à de nombreuses reprises, plusieurs de ses membres ont refusé de nous parler, même sous couvert d’anonymat ou n’ont pas donné suite à nos sollicitations. « Ah… », a lâché seulement, dimanche 29 janvier, l’un d’entre eux, confus à l’évocation du nom de son ancienne collègue, avant de raccrocher.

Un autre – informé de l’objet de nos investigations avant notre appel (lire la boîte noire de cet article) – a expliqué, lundi 30 janvier, sur le bout des lèvres, qu’Alexia Demirdjian « travaillait bien avec nous sur quelques points stratégiques en interne ». Lesquels ? Était-ce compatible avec son degré d’implication dans la campagne de François Fillon ? Nous n’en saurons pas plus, notre interlocuteur ayant coupé son portable après avoir aimablement raccroché. Le profil Linkedin de la conseillère du candidat a également été actualisé entre dimanche soir et lundi matin.

« Elle était notre salariée à mi-temps pour une mission globale sur une plateforme dinformation et dorientation pour les jeunes vers les études et les métiers de la culture. [] Tous ceux qui connaissent la fondation lont rencontrée », confirme Éléonore de Lacharrière, fille du patron de Fimalac et déléguée générale de la Fondation, qui évacue l’engagement de sa salariée dans la campagne de Fillon à une question privée « qui ne pose pas de problème ».

Alexia Demirdjian, présente juste derrière François Fillon, lors d'un meeting du candidat de la droite. © dr Alexia Demirdjian, présente juste derrière François Fillon, lors d'un meeting du candidat de la droite. © dr

Alexia Demirdjian n’a pourtant jamais figuré sur l’organigramme public de la fondation, à la différence de la petite dizaine d’autres cadres et chargés de mission de cette entreprise. « Elle n’était pas encore là au moment où nous avons décidé de présenter les chargés de mission sur site, tels quils le sont aujourdhui », avance Éléonore de Lacharrière. Sauf que si, c’était déjà le cas. « Cest parce quelle n’était pas en lien avec des programmes “Égalité des chances” » mais des missions internes, reprend alors la déléguée générale.

Dans les faits, son travail aurait consisté à réaliser une appréciation qualitative des programmes « Égalité des chances » et à rédiger des notes internes dans l’objectif de créer un outil en ligne d’orientation qui devrait prochainement voir le jour. Des documents auxquels le public n’a évidemment pas accès, explique Éléonore de Lacharrière.

Seulement voilà, un membre du comité de pilotage consulté par Mediapart dit n’avoir jamais reçu aucune de ces notes. À l’inverse des autres « chargés de mission » de la fondation, la conseillère de Fillon n’apparaît pas non plus parmi les destinataires des comptes-rendus de comité de pilotage. Relancé au sujet de cette étrange absence, Éléonore de Lacharrière assure que seuls les employés à plein temps sont destinataires des comptes-rendus.

Ce traitement particulier n’aide pas à lever le doute sur le rôle exact de la « chargée de mission ». Surtout au lendemain des révélations du Canard enchaîné sur Penelope Fillon, épouse du candidat, qui a engrangé 100 000 euros brut de salaires entre mai 2012 et décembre 2013 à la Revue des Deux Mondes. Dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet national financier (PNF), les enquêteurs cherchent notamment à établir les raisons qui auraient pu justifier une telle rémunération, tandis que Penelope Fillon n’a signé que deux maigres billets en vingt mois. L’ancien premier ministre et son épouse ont été entendus, lundi 30 janvier, par les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits.

L’ancien directeur du titre Michel Crépu avait assuré n’avoir jamais « parlé », « rencontré » et « vu » Penelope Fillon. Mais Marc Ladreit de Lacharrière, qui a reçu les insignes de grand-croix de la Légion d’honneur – la plus haute dignité de la Légion d’honneur – des mains de François Fillon en 2011, a, lui, juré que Penelope Fillon était une conseillère informelle.

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Plusieurs membres de la Fondation Culture et diversité ont été contactés samedi, dimanche et lundi. L’un d’eux, dimanche après-midi, s’est empressé de révéler à ses collègues et sa hiérarchie l’objet de nos investigations.
Contactée lundi midi, Éléonore de Lacharrière était ainsi informée de notre enquête avant de nous répondre. Après un entretien téléphonique, nous avons échangé avec elle par SMS sur deux points précis dans la soirée.
Contactée sur son mail personnel, Alexia Demirdjian n’a pas répondu à notre sollicitation. Sa fiche Linkedin a été modifiée entre dimanche soir et lundi matin.

Mise à jour ce lundi 13 mars 2017: Alexia Demirdjian nous a adressé un droit de réponse, que l'on peut lire ici ou sous l'onglet Prolonger de cet article.