Israël-Palestine: les testaments de Kerry et Obama

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En l’espace de cinq jours fin décembre 2016, les États-Unis ont pris, dans le conflit israélo-palestinien, deux initiatives diplomatiques spectaculaires. Mais elles surviennent huit années trop tard et juste avant l’arrivée de l’administration Trump, une des plus inquiétantes de l’histoire américaine, qui pourrait faire le jeu d’Israël.

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En l’espace de cinq jours, les États-Unis viennent de prendre, dans le conflit israélo-palestinien, deux initiatives diplomatiques spectaculaires. Décidées au début du double mandat de Barack Obama, en 2009, ou à l’occasion d’un des multiples moments de grande tension, voire d’affrontements, qui ont jalonné ces huit années, ces deux initiatives auraient manifesté la détermination et le courage politique de l’administration Obama, face à ce dossier épineux.

La première a été, le 23 décembre 2016, la décision de ne pas faire obstacle – en choisissant l’abstention au lieu d’opposer un veto – à l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2334 condamnant la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie par Israël. La seconde a été un véritable discours bilan du secrétaire d’État John Kerry, en forme de réquisitoire contre la politique risquée de Benjamin Netanyahou, complété par l’exposé détaillé d’un plan de paix en six points, à mettre en œuvre « lorsque les parties seront prêtes ».

Annoncées fin décembre, à moins d’un mois de la fin du mandat du président démocrate, ces deux initiatives soulignent au contraire le caractère irrésolu et pusillanime d’une administration incapable, huit années durant, d’exposer une vision et de faire entendre raison à un protégé choyé mais ingrat, conforté dans son mépris du droit international par une trop longue impunité.

Elles rappellent aussi la responsabilité majeure d’Israël, adepte, en diplomatie, de l’immobilisme et du statu quo mais engagé, sur le terrain, dans une stratégie de colonisation et d’annexions de territoires. Le tout sous le regard du grand allié américain, garant de la sécurité et d’une bonne part, au moins, de la prospérité de l’État juif. Donc, complice.

Obama en Égypte en 2009, à la veille d'un discours ambitieux qui ne sera jamais suivi d'effet en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. © Pete Souza/White House Obama en Égypte en 2009, à la veille d'un discours ambitieux qui ne sera jamais suivi d'effet en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. © Pete Souza/White House

Et pourtant, moins de cinq mois après son entrée à la Maison Blanche, en janvier 2009, Barack Obama avait donné l’impression d’avoir clairement mesuré les dimensions du problème et évalué les responsabilités en prononçant devant les étudiants de l’Université du Caire un long discours, jalonné de références au Coran, dans lequel il qualifiait « d’intolérable » la situation du peuple palestinien soumis aux « humiliations grandes et petites de l’occupation » et affirmait que « les États-Unis n’acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes ». Accueilli avec bienveillance dans le monde arabe, ce discours, qui ressemblait fort à un programme de politique étrangère pour la région avait soulevé de réels espoirs parmi les Palestiniens, pourtant gravement échaudés par une succession de négociations avortées depuis la signature des accords d’Oslo en septembre 1993. Le gouvernement israélien avait répondu en renouvelant son engagement en faveur de la paix, en acceptant une négociation avec Washington – restée vaine – sur un « gel » provisoire de la colonisation… tout en confirmant la poursuite de la construction de 2 480 logements dans des colonies de Cisjordanie.

Huit ans plus tard, c’est – encore et toujours – sur cette insoluble contradiction de la politique israélienne que la représentante de Washington aux Nations unies a fondé son explication de vote, avant de s’abstenir pour permettre l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2334. Après avoir rappelé que le nombre de colons en Cisjordanie s’était accru de 355 000 depuis la signature des accords d’Oslo, Samantha Power a fait observer, à l’intention évidente de Benjamin Netanyahou, qu’on « ne peut simultanément défendre l’expansion des colonies israéliennes et défendre, pour mettre un terme au conflit, une solution à deux États viable. On doit faire le choix entre les colonies et la séparation ».

Le même constat était au centre du long discours prononcé mercredi dernier par le secrétaire d’État John Kerry. Dans cette intervention d’une heure un quart, dont le ton parfois passionné en disait long sur la déception et la colère éprouvées par le premier secrétaire d’État d’Obama, après l’échec de sa mission de médiation en 2014, John Kerry s’est livré à une analyse détaillée des responsabilités dans l’échec du processus de paix. Sans épargner les dirigeants palestiniens, accusés notamment d’indulgence face aux actes de terrorisme commis contre des civils israéliens, ou – dans le cas du Hamas – de refuser l’existence même d’Israël, il s’est longuement attardé sur le risque mortel que représente pour la solution à deux États la poursuite de la politique menée par Benjamin Netanyahou.

« Il nous faut être clair sur ce qui se passe en Cisjordanie, a-t-il insisté. Le premier ministre [israélien] soutient publiquement la solution à deux États mais sa coalition actuelle est la plus à droite de l’histoire d’Israël, avec un programme guidé par ses éléments les plus extrémistes. Le résultat est que la politique de ce gouvernement, que le premier ministre en personne présente comme “le plus engagé dans la colonisation qu’aucun autre dans toute l’histoire israélienne”, est orientée dans la direction opposée aux déclarations officielles du premier ministre. […] Je ne pense pas que beaucoup de gens en Israël et, certainement, dans le monde aient la moindre idée du caractère général et systématique que ce processus a revêtu. Mais les faits parlent pour eux-mêmes. Le nombre de colons dans les quelque 130 colonies situées à l’est de la ligne de 1967 [qui définit la « frontière » de la Cisjordanie – ndlr] ne cesse de croître. La population des colons en Cisjordanie, à l’exclusion de Jérusalem-Est, s’est accrue […] de 100 000 depuis l’arrivée au pouvoir du président Obama. »

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