Adieu au «made in China» bon marché?

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Les usines Honda en Chine sont restées fermées, mardi, malgré la proposition du constructeur de relever de 24% le salaire de ses ouvriers en grève. Au-delà de ce conflit, une tendance de fond: les salaires décollent enfin en Chine.

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Enfin une bonne nouvelle au milieu du marasme économique mondial? Face aux protestations sociales surgies au printemps, la Chine est en train de lâcher du lest sur le salaire de ses ouvriers. Quitte à freiner la productivité de son économie, et perdre des marchés à l'extérieur. Les jours du «made in China» bon marché sont-ils comptés? Le New York Times n'y va pas par quatre chemins: le quotidien croit déceler «une nouvelle étape» pour l'économie chinoise.
Deux usines au cœur du Guangdong, la province la plus peuplée du pays, à l'extrême Sud, font parler d'elles. D'abord, le site de Foxconn, où se fabriquent certains composants des iPhone et iPad d'Apple, connaît une vague de suicides sans précédent. Dix ouvriers, âgés de 18 à 24 ans, s'y sont tués depuis le début de l'année, sur 13 tentatives de suicide. Tous étaient des migrants originaires de l'intérieur du pays. Des filets de protection viennent d'être posés le long des bâtiments pour décourager les désespérés.
Le propriétaire milliardaire de Foxconn, Terry Gou, réputé l'homme le plus riche de Taiwan, s'est même plaint de récents problèmes de sommeil, angoissé à l'idée de se faire réveiller par l'annonce d'un nouveau cas de suicide, raconte l'envoyé spécial du Guardian. En Chine, le débat s'est concentré sur les conditions de travail et le niveau de rémunération des ouvriers, au sein de cette usine hyper-secrète, qui compte environ 420.000 employés. Des photographies volées circulent ici et sur internet. Le Christian Science Monitor relaie le témoignage d'un journaliste entré dans l'enceinte de Foxconn, et qui a vu des ouvriers obligés à rester debout, silencieux, pendant huit heures, sans pause, devant leur poste de travail. Des conditions extrêmement pénibles, certes, mais loin d'être les pires du pays, nuancent des observateurs.
Dans un geste d'apaisement, la maison mère de Foxconn, Hon Hai Industry, a consenti le 28 mai des hausses de 20% des salaires pour au moins 200.000 de ses 800.000 ouvriers en Chine. Le salaire moyen, à l'usine de Guangdong, tournait jusqu'à présent autour de 900 yuans mensuels (108 euros). Pour le quotidien anglophone China Daily, la leçon à tirer de cette affaire ne fait aucun doute: «Evidemment que les forces de travail bon marché ont soutenu la Chine dans son ascension depuis trente ans. Mais il est impensable que notre économie continue de s'appuyer sur la faiblesse de ses coûts salariaux alors qu'elle s'apprête à devenir la deuxième puissance économique au monde

900 000 postes vacants

Quant à l'usine Honda Auto Parts Manufacturing, qui fabrique des boîtes de vitesse pour le japonais Honda, près de Canton, ses ouvriers sont en grève depuis le 17 mai et exigent des hausses de salaire. Par ricochet, les quatre usines du constructeur en Chine, qui fabriquent 3.000 voitures par jour, sont elles aussi à l'arrêt. Honda a proposé une amélioration de 24% des salaires pour débloquer le conflit, à 1910 yuans (228 euros), mais une petite centaine d'ouvriers du site, sur un effectif global de 1.900 personnes, continuent de demander davantage et empêchent la reprise. «Il va devenir plus difficile de faire de généreux bénéfices en Chine», résume un analyste, stoïque, à l'agence Bloomberg.