Elections britanniques: les équations à haut risque du « Brexit »

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David Cameron a promis, s'il est réélu, la tenue d'ici 2017 d'un référendum sur l'appartenance à l'UE. Mais son projet, censé contrer la poussée de l'Ukip, est fragile. Ed Miliband, lui, exclut toute consultation à court terme. La commission de Bruxelles tente de réagir.

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De notre envoyé spécial à Bruxelles.- « L'enjeu européen n'est pas une priorité pour la majorité des citoyens. Ils parlent de santé, d'éducation, d'emplois. Si nous arrivons au pouvoir après le 7 mai, nous n'allons pas passer les deux premières années de notre mandat à organiser un référendum qui n'intéresse qu'une minorité des Britanniques. Nous voulons redresser l'économie, venir en aide aux précaires. C'est une question de priorité. » Jude Kirton-Darling est une jeune eurodéputée membre du Labour, la formation d'Ed Miliband qui pourrait arriver en tête au soir du 7 mai. Jointe par Mediapart, cette élue venue du syndicalisme prend ses distances avec un débat qui fait vibrer les fonctionnaires européens, mais peut-être un peu moins les électeurs britanniques : la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, ou Brexit (British exit).

Les élections générales du 7 mai s'annoncent très indécises. Les coalitions possibles sont multiples. Mais il n'y a, sur le papier, que deux hommes susceptibles de devenir chef de gouvernement. D'un côté David Cameron, pour les conservateurs, plaide pour la tenue d'un référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE d'ici 2017, après avoir rapatrié à Londres, promet-il, des compétences détenues par Bruxelles. Ed Miliband, son adversaire travailliste, s'est lui engagé à « réformer » l'Europe, mais ne prévoit pas de consultation à court terme.

« Nous sommes contre l'idée d'organiser un référendum à une date qui n'aurait aucun lien avec la réalité européenne, précise Jude Kirton-Darling. Les Tories ont annoncé un référendum, qui a déjà créé beaucoup trop d'incertitudes, pour les entreprises comme pour les citoyens. » Là où les choses se compliquent, c'est qu'aucun de ces partis, Tories ou Labour, ne devrait pouvoir gouverner seul. Ils devront sans doute faire appel au soutien, plus ou moins formalisé dans une coalition, des libéraux-démocrates de Nick Clegg (avec leur ligne pro-UE) ou des nationalistes écossais du SNP. Autant de combinaisons possibles, qui relancent les incertitudes sur l'après-7-Mai, et donnent des maux de tête aux « eurocrates » bruxellois.

Les crispations britanniques sur l'Union ne datent pas d'hier. Mais la montée en puissance de l'Ukip, le parti de Nigel Farage arrivé en tête aux élections européennes de mai 2014 (26,6 %), avec son discours anti-migrants et anti-UE, est pour beaucoup dans la surenchère de David Cameron sur l'Europe. L'actuel chef de gouvernement n'a cessé de durcir ses positions, depuis son discours sur l'Europe de janvier 2013, dans lequel il annonce son fameux projet de référendum, résume l'Union à un vaste marché intérieur et consacre la victoire de l'aile eurosceptique du parti.