La folle histoire de «Football Leaks»

Par , et Michel Henry

Mediapart et le réseau European Investigative Collaborations ont eu accès à 1 900 gigaoctets de documents confidentiels. Une mine gigantesque d’informations, qui nous permet de révéler les coulisses peu reluisantes d’un foot business miné par l’appât du gain. Voici le récit de mois d'enquêtes et de relations avec une source contrainte de changer fréquemment de pays de résidence.

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Il s’agit de la plus grande fuite d’informations de l’histoire du sport. Mediapart et ses partenaires du réseau de journalistes d’investigation European Investigative Collaborations (EIC) démarrent ce vendredi 2 décembre la publication des Football Leaks. C’est le coup d’envoi de trois semaines de révélations, basées sur 1 900 gigaoctets de données informatiques (l’équivalent de 500 000 bibles…), obtenues par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. La fuite contient, au total, 18,6 millions de documents confidentiels : contrats, audits, immatriculations de sociétés, factures, comptes bancaires ou encore emails.

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Pendant sept mois, soixante journalistes de douze pays européens ont analysé cette gigantesque masse de données, puis ont enquêté, souvent par équipes multinationales, sur les coulisses du foot business, qui s’exerce à l’échelle du continent et parfois plus. Outre Mediapart et Der Spiegel, le projet rassemble The Sunday Times (Royaume-Uni), Expresso (Portugal), El Mundo (Espagne), L’Espresso (Italie), Le Soir (Belgique), NRC Handelsblad (Pays-Bas), Politiken (Danemark), Falter (Autriche), Newsweek Serbia (Serbie) et The Black Sea, un média en ligne créé par le Centre roumain pour le journalisme d’investigation, qui couvre l’Europe de l’Est et l’Asie centrale.

Les documents Football Leaks permettent de mettre en lumière d’une façon inédite les coulisses de l’industrie du football. Évasion fiscale, paradis fiscaux, blanchiment, conflits d’intérêts, commissions occultes pour faciliter les transferts de footballeurs, exploitation des joueurs mineurs, agents sans foi ni loi, financiers aux connexions mafieuses : nos données racontent l’histoire d’un sport rongé par la fièvre du profit, devenu un business ultra-spéculatif où tous les moyens sont bons pour grappiller de l’argent, via des montages offshore aussi opaques et complexes que ceux élaborés par les marchands d’armes ou les multinationales comme Apple et Amazon. 

Même les plus grandes stars sont mises en cause. Nos premières révélations montrent que le triple Ballon d’or Cristiano Ronaldo a dissimulé 150 millions d’euros dans les paradis fiscaux avec l’aide de Jorge Mendes, l’agent le plus puissant du monde. Lequel a organisé un réseau d’évasion fiscale pour ses sept clients les plus riches, dont l’entraîneur José Mourinho, deux fois vainqueur de la Ligue des champions, ou l’attaquant de l’AS Monaco Radamel Falcao (lire nos enquêtes ici et ).

Les personnalités qui figurent dans les données sont riches et puissantes. Ces vendeurs de rêve, promoteurs d’un spectacle qui rapporte des milliards d’euros par an, détestent qu’on vienne sentir l’odeur de leur arrière-cuisine. Ils ont beaucoup trop à y perdre. Alors, ils ont riposté à leur manière. Immédiate et brutale.

Dès qu’il a reçu, le 23 novembre, les questions de l’EIC, le cabinet d’avocats espagnol Senn Ferrero, qui défend Ronaldo et les autres joueurs du système Mendes, a tout mis en œuvre pour tenter d’empêcher la publication des Football Leaks. Le jour même, Senn Ferrero obtenait en Espagne une décision de justice qui interdit à notre partenaire El Mundo de publier le moindre article sur le sujet, et lui ordonne de communiquer l’ensemble des documents et l’identité de notre source. Le cabinet affirme que nos données sont issues d’un piratage informatique dont il a été victime. El Mundo a décidé de publier quand même, malgré cette absurde censure judiciaire.

Senn Ferrero ne s’est pas arrêté là. Le 25 novembre, par l'intermédiaire du cabinet Deloitte, il a menacé les douze médias membres de l’EIC de poursuites pénales et d’actions civiles pour réclamer des dommages, si jamais nous persistions à vouloir publier. Dans son courrier, le cabinet d'avocats estime que révéler les montages fiscaux « confidentiels » des stars du ballon rond porterait un grave préjudice à leur « honneur », à leur « image » et à « leur vie privée et celle de de leur famille ». Évidemment, ni Mediapart, ni les autres membres de l’EIC n’ont cédé à la menace. Nous avons également choisi de publier l’injonction, même si le cabinet d’avocats écrit que le « contenu de ce courrier est également confidentiel » (voir ci-dessous).

L'injonction envoyée à l'EIC par les avocats du cabinet Senn Ferrero, nous menaçant de poursuites si jamais nous persistions à vouloir publier nos articles basés sur les Football Leaks. © DR

Lorsqu’il a appris cette tentative d’intimidation, l’homme à l’origine de Football Leaks, c’est-à-dire la source, est resté silencieux. Il n’a pas dû être surpris. Il se fait appeler “John”. Mediapart ignore son identité. Il communique exclusivement avec Rafael Buschmann, le journaliste du Spiegel à qui il a transmis les données. Selon Rafael, “John” est un jeune Portugais qui parle cinq langues et en apprend deux autres, dont le russe. Il porte des jeans et des tee-shirts hiver comme été. C’est un bon vivant au rire communicatif, qui aime la fête et la bière. “John” a une grande confiance en lui-même et en ce qu’il fait. Il s’intéresse à la politique et à la crise des réfugiés. Il a les ongles rongés jusqu’au sang, signe du stress auquel il est soumis depuis un an.

“John” est un homme traqué. Outre l’enquête en cours en Espagne, il est recherché par la justice portugaise, qui le soupçonne d’avoir orchestré un autre piratage informatique. Le fonds d’investissement Doyen Sports, victime présumée de cette intrusion, a lancé quatre équipes de détectives privés à ses trousses, dont des hackers russes et un ancien soldat d’élite britannique. Début 2016, “John” se cachait quelque part en Europe de l’Est. Il n’y est sans doute plus. Il ne reste jamais très longtemps au même endroit. 

La pression ne l’empêche pas d’assouvir sa passion. Il y a quelques semaines, il chantait dans un stade, quelque part en Allemagne, avec les supporters d’un club de la Bundesliga. “John” est un fou de foot, un vrai geek incollable sur les clubs et les joueurs, même les moins prestigieux. Il se voit comme un lanceur d’alerte, une sorte de Robin des Bois dont la mission est de venger les supporters en exposant les dérives du sport roi. « Il est temps, enfin, de nettoyer le football, dit-il. Les fans doivent comprendre qu’à chaque fois qu’ils achètent un billet, un maillot ou un abonnement à une chaîne de télévision, ils alimentent un système extrêmement corrompu qui n’agit que pour lui-même. »

La "une" du site Football Leaks © Football Leaks La "une" du site Football Leaks © Football Leaks

Le 29 septembre 2015, “John” a mis en ligne un site web baptisé Football Leaks. Pendant cinq mois, il a fait trembler une première fois le monde du foot en publiant des dizaines de documents confidentiels. Son premier message annonce la couleur : « Malheureusement, ce sport que nous aimons tant est pourri. Les fonds, les commissions, le racket, tous servent à enrichir certains parasites qui attaquent le football et sucent totalement les clubs et les joueurs. »

“John” promet des « révélations ». Il tient parole. Football Leaks dévoile les montants astronomiques des rémunérations ou des transferts de stars comme l’ailier du Real Madrid Gareth Bale, l’entraîneur du Sporting de Lisbonne George Jesus, ou les joueurs français Anthony Martial et Eliaquim Mangala. “John” publie les contrats léonins du fonds d’investissement Doyen Sports, qui achète des parts de footballeurs aux clubs désargentés, et en profite pour leur imposer sa loi. Suite à ces révélations, l’un des clients de Doyen, le club néerlandais de Twente, a été sanctionné par la FIFA et son président forcé à la démission. Football Leaks a aussi mis au jour une filière de blanchiment de l’argent des transferts de joueurs sud-américains vendus à des clubs italiens.

Football Leaks attire l’attention des médias, de L’Équipe au prestigieux New York Times. « Personne ne comprend ce qui se passe, mais personne ne veut être le prochain » sur la liste, confie un dirigeant de club au quotidien américain. Le 21 janvier 2016, le site est même félicité publiquement par Mark Goddard, le responsable du transfer management system (TMS), la police des transferts de la FIFA, qui juge ses informations « très utiles » pour son travail. « Ce serait vraiment bien si on avait une source vérifiable, transparente et crédible, et pas seulement des sites de leaks sur le football », ajoutait Goddard, dénonçant le peu d’informations que lui envoient les clubs pour faire son travail : « Cela permet une grande opacité et la réalisation de manœuvres douteuses. C’est vraiment une honte. »

« On peut résoudre ça dans le plus grand secret »

Malgré ces succès, “John” n’est pas satisfait. Il ne veut plus publier les contrats au compte-gouttes. Il souhaite que ses millions de documents soient explorés en profondeur, que des histoires et du sens émergent de l’océan des données. C’est pour cette raison qu’il a, au printemps dernier, fourni huit disques durs contenant l’intégralité du leak au Spiegel, qui l’a transmis au réseau de journalistes d’investigation EIC. Pendant sept mois, nous avons enquêté, vérifié, recoupé. Et acquis la conviction que les données étaient parfaitement authentiques.

De son côté, “John” a vécu sous la pression de ses puissants ennemis. Les détectives privés lancés à ses trousses pensent l’avoir identifié. Dans un mail confidentiel, l’un d’entre eux prévoit d’aller rencontrer ses parents au Portugal. Un blog anonyme aujourd’hui disparu, sans doute créé par ses adversaires, a publié un nom et une photo. Son site web a été plusieurs fois fermé, et toujours rouvert. « Nous sommes toujours là ! », a-t-il lancé un jour, dans un sourire triomphant, au reporter allemand Rafael Buschmann. 

Le journaliste du Spiegel l’a rencontré des dizaines de fois et a passé des centaines d’heures avec lui au téléphone. Mais il n’a pas pu percer ses secrets. Rafael Buschmann le décrit comme un homme extrêmement secret. On ignore s’il bénéficie de soutiens. “John” dit seulement qu’il n’est pas seul, que Football Leaks est un travail d’équipe. Poussé sur le sujet, il élude avec un sourire.

Car Football Leaks a aussi une face sombre. Une histoire digne d’un film d’espionnage, où il est question de piratage, de chantage et de tentative d’extorsion de fonds. On en trouve la trace dans les documents Football Leaks, ainsi que dans des emails confidentiels ne figurant pas dans les données, mais que l’EIC s’est procurés.

Nelio Lucas, co-patron et figure publique de Doyen Sports, sur le toit des bureaux du groupe à Londres. © Stéphane Lagoutte - Challenges/REA Nelio Lucas, co-patron et figure publique de Doyen Sports, sur le toit des bureaux du groupe à Londres. © Stéphane Lagoutte - Challenges/REA

Le 29 septembre 2015, la première version du site est mise en ligne. Cinq jours plus tard, Nelio Lucas, le patron portugais du fonds d’investissement Doyen Sports, reçoit un courriel d’un homme qui se fait appeler Artem Lobuzov – sans doute un pseudonyme. Il utilise une adresse électronique créée chez Yandex, la plateforme russe qui héberge également les fichiers publiés par le site Football Leaks.

« La fuite est bien plus importante que vous l’imaginez », écrit Lobuzov. Et de décrire des documents très embarrassants pour Doyen. Il y est question du business personnel de Nelio Lucas via une société écran, des oligarques kazakhs qui financent Doyen, de « documents antidatés » qui ont permis de blanchir une commission versée au fils du président d’un grand club de foot. « Tout cela et bien plus encore peut être publié sur internet et ensuite dans la presse européenne. Mais vous ne voulez sûrement pas que ça arrive, n’est-ce pas ? »

Le patron de Doyen demande à Lobuzov ce qu’il veut. « Une généreuse donation », qu’il chiffre « quelque part entre 500 000 et 1 million d’euros ». « Vous pourrez être sûr que les informations que j’ai seront éliminées. On peut résoudre ça dans le plus grand secret, de préférence entre avocats. » Pour preuve de sa bonne foi, le maître chanteur propose d’interrompre la publication. Et il tient parole : pendant deux semaines, aucun document de Doyen n’apparaît sur le site.

Pour conclure le deal, Artem Lobuzov recrute un avocat portugais, Annibal Pinto. Rendez-vous est pris le 21 octobre 2015 avec Nelio Lucas et son conseil dans une station-service de la banlieue ouest de Lisbonne. Mais le patron de Doyen, qui a découvert que son entreprise a été piratée, a porté plainte. Lorsque la réunion commence, elle est observée et enregistrée par la police. Selon un mail interne de Doyen, un accord aurait été conclu pour 300 000 euros. Et Annibal Pinto aurait affirmé qu’il pouvait « contrôler Artem ».

Contacté par l’EIC, l’avocat d’Artem Lobuzov dément. Il assure qu’il n’a réalisé que lors de la réunion que son client se livrait à une tentative d’extorsion de fonds. « J’ai alors mis fin à la conversation (…) et j’ai conseillé à mon client, comme je le fais toujours, de ne pas poursuivre une activité qui pourrait être considérée comme illégale », indique-t-il.

Quoi qu’il en soit, l’affaire ne s’est pas faite, sans que l’on sache précisément pourquoi. Peut-être Artem a-t-il appris que le patron de Doyen lui avait tendu un piège. Deux semaines après la rencontre, Football Leaks publie un document interne de Doyen. Nelio Lucas, furieux, écrit qu’il ne veut désormais payer que la moitié de la somme convenue. « Gardez votre argent, vous en aurez besoin », lui répond Artem Lobuzov. Le patron de Doyen réplique par cette menace : « Je ne vous menace pas d'une montagne de plaintes, ce que vous méritez, mais nous ne sommes pas des bandits. Nous avons du caractère et des principes. On va vous donner une autre leçon qui vous fera encore plus mal !!!! »

Au nom de l’EIC, Rafael Buschmann a confronté sa source. Artem Lobuzov travaille-t-il avec “John” ? Sont-ils une seule et même personne ? “John” est-il un hacker ? Le jeune homme n’est manifestement pas très à l’aise avec ces questions. Avant de répondre, il fixe son écran d’ordinateur pendant plusieurs minutes : « Nous n’avons jamais piraté personne, et comme nous l’avons toujours dit, nous ne sommes pas des hackers. Nous avons seulement un bon réseau de sources. Toutes ces allégations ridicules viennent d’une organisation criminelle. Selon nous, Doyen est une mafia. » “John” se refuse à tout autre commentaire sur le sujet.

Doyen a refusé de répondre à nos questions, arguant notamment que les données Football Leaks « ont été obtenues de façon illégale ». Nous réfutons fermement cet argument. Les journalistes sont, par nature, amenés à détenir des informations qu’ils n’auraient jamais dû avoir. Si elles sont d’intérêt public, les médias ont le devoir de les publier. C’est le cas des Football Leaks, qui permettent de documenter de façon inédite les dérives du sport le plus populaire au monde.

Plusieurs scandales retentissants d’évasion fiscale, des Luxleaks aux Panama Papers, sont issus de données volées ou probablement piratées. Et les sources de ces fuites ne sont pas toujours des oies blanches. Hervé Falciani, l’informaticien à l’origine des Swissleaks, a dérobé le fichier clients de la banque HSBC à Genève, et aurait dans un premier temps tenté de le revendre à des banques libanaises. Il a par la suite transmis ces données à des journalistes et aux administrations fiscales de plusieurs pays, ce qui leur a permis de récupérer plusieurs milliards d’euros auprès des fraudeurs.

Doyen affirme également que les documents sont « totalement faux, ont été manipulés et créés comme une invention ». Après sept mois d’enquête, nous sommes persuadés du contraire. Et à ce jour, aucune des informations déjà publiées sur le site Football Leaks n’a été remise en cause. Certains documents ont même été authentifiés par la FIFA, lorsqu’elle a sanctionné le FC Twente pour l’accord financier illicite que ce club néerlandais a passé avec Doyen.

Le cabinet d’avocats espagnol Senn Ferrero, qui défend la superstar Cristiano Ronaldo et les autres joueurs qui ont caché leur argent au fisc avec l’aide de leur agent Jorge Mendes, nous ont servi une version plus prudente du même argumentaire, estimant que les documents « pourraient avoir été manipulés ou partiellement biaisés ». Sauf que les réponses écrites du cabinet sur le fond du dossier confirment intégralement nos informations (lire nos enquêtes ici et ). Les documents Football Leaks visent juste. Et comme le montrerons dans nos articles des trois semaines à venir, ils sont accablants pour le petit monde du foot business.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

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Douze journaux européens regroupés au sein du nouveau réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC), dont Mediapart est l’un des membres fondateurs, révèlent à partir du vendredi 2 décembre l’opération Football Leaks, la plus grande fuite de l’histoire du sport.

Obtenus par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel et analysés par tous les journaux membres de l’EIC, 18,6 millions de documents – soit un volume de 1 900 gigaoctets – offrent une plongée spectaculaire dans les secrets de l’industrie du football. Fraude et évasion fiscales, réseaux de prostitution, connexions mafieuses, exploitation de joueurs mineurs… Football Leaks documente de manière inédite la face noire du sport le plus populaire d’Europe.

Soixante journalistes, associés à huit informaticiens qui ont développé des logiciels spéciaux pour l’opération, ont enquêté pendant plus de six mois. Les publications d’intérêt public de Football Leaks, qui reposent sur des documents authentiques et de nombreux témoignages, s’étaleront de façon simultanée pendant trois semaines.

Outre Mediapart, le projet Football Leaks rassemble Der Spiegel (Allemagne), The Sunday Times (Royaume-Uni), Expresso (Portugal), El Mundo (Espagne), L’Espresso (Italie), Le Soir (Belgique), NRC Handelsblad (Pays-Bas), Politiken (Danemark), Falter (Autriche), Newsweek Serbia (Serbie) et The Black Sea, un média en ligne créé par le Centre roumain pour le journalisme d’investigation, qui couvre l’Europe de l’Est et l’Asie centrale.

Avant publication de cette première série d’articles sur le système Mendes, l’EIC a présenté les résultats de son enquête aux joueurs, clubs et agents ayant joué un rôle. L’ensemble des questions que nous leur avons posées avait pour but de connaître l’étendue de leurs connaissances sur cette affaire, et de leur permettre de répondre face aux faits révélés. Cristiano Ronaldo, José Mourinho et leur agent Jorge Mendes n’ont pas répondu. Les joueurs portugais Carvalho, Coentrao et Pepe, ainsi que les joueurs colombiens Radamel Falcao (AS Monaco) et James Rodriguez (Real Madrid), n’ont pas répondu non plus. Idem pour le comptable irlandais de Mendes, Andy Quinn, et le milliardaire Peter Lim, les sociétés MIM et Polaris.

Comme nous l’avons écrit dans notre article, les avocats de Cristiano Ronaldo, Senn Ferrero (en Espagne) et Carlos Osorio (au Portugal), nous ont indiqué que les documents en notre possession avaient été manipulés et falsifiés. L’EIC a fait tout ce qu’il pouvait pour authentifier ces documents. Ni Mediapart ni aucun de ses partenaires de l’EIC n’ont trouvé la moindre indication qui pouvait laisser penser qu’ils avaient été fabriqués, remodelés ou falsifiés. Aucun des documents publiés initialement par le site Football Leaks n’a par ailleurs jamais été mis en cause. Lorsque nous avons proposé à Senn Ferrero et à Carlos Osorio d’étayer leurs accusations, et de préciser à quels documents ils faisaient référence, ils n’ont pas donné suite.

Carlos Osorio affirme qu’il est totalement étranger à cette affaire : « Je n’ai rien à voir avec la création des structures de droits à l’image pour les personnes mentionnées. Je nie catégoriquement les accusations faites à mon encontre. »

Le Real Madrid a refusé de répondre à nos questions, justifiant sa réticence par le fait qu’un vol de documents était illégal. Le club a précisé que lorsqu’il versait des droits à l’image, il se pliait aux obligations fiscales, prélevait les impôts dus et les transférait à l’État conformément à la loi espagnole. Selon le Real, « aucune irrégularité de quelque nature que ce soit n’a jamais été détectée » lorsque les comptes du club ont été vérifiés.

L’administration fiscale espagnole n’a pas répondu à nos questions, au nom du secret fiscal.

En Grande-Bretagne, le club de Chelsea a expliqué qu’il avait toujours respecté la loi dans le paiement des droits à l’image, notamment dans le cas de José Mourinho. Les autorités fiscales anglaises n’ont pas souhaité répondre sur des situations individuelles, mais ont expliqué scruter « les arrangements entre les clubs et leurs employés sur les questions de droits à l’image pour s’assurer que les impôts sont bien payés ».