Venezuela: «Il manque de tout» dans les hôpitaux

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L’affrontement entre le gouvernement et l’opposition se poursuit malgré l’ouverture d’un dialogue. Les Vénézuéliens font face à un quotidien bouleversé par la crise économique qui affecte jusqu’à leur santé. Manque de médicaments, hôpitaux à l’abandon : des familles se battent pour la survie de leurs proches et trois quarts des hôpitaux publics n’ont pas les médicaments de base.

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Caracas (Venezuela), de notre envoyé spécial. Donnant, donnant. Au Venezuela, l'heure est aux tractations. Le 2 novembre, l'assemblée nationale, où l'opposition est largement majoritaire depuis décembre 2015, a suspendu le procès du président socialiste Nicolas Maduro pour manquements aux devoirs de sa charge. La marche à haut risque vers le palais présidentiel Miraflores, jeudi, était aussi annulée (voir notre article «Le Venezuela sort de la scène démocratique»). En retour, cinq « prisonniers politiques » – un terme que réfutent les socialistes – ont été libérés, soulignant au passage la proximité entre le gouvernement et la justice.

Le dialogue qui a redémarré dimanche entre les deux adversaires sous l'égide du Vatican a porté ses premiers fruits, mais la tension n'a pas pour autant disparu. Des partis de l'aile radicale de la coalition antichaviste, la Table de l'unité démocratique (MUD), désapprouvent la décision de ne pas manifester et Nicolas Maduro a immédiatement pointé un doigt accusateur vers une de ces organisations, qualifiant Voluntad Popular de « groupe terroriste ». Il souhaite même que les tribunaux s'occupent de cette « affaire ».

Jeudi 3 novembre, la MUD a exigé du gouvernement qu'il accepte la relance du processus de référendum révocatoire, ou l'organisation d'une présidentielle anticipée au premier trimestre 2017, ainsi que de nouvelles libérations de prisonniers avant le 11 novembre, ou elle convoquerait de nouvelles manifestations plutôt que de discuter. De son côté, le président socialiste a demandé de juger l'économiste et ancien ministre de la planification (1992-93), Ricardo Hausmann. « Un traître » qui organiserait « un blocage financier » avec la complicité d'« opérateurs financiers du FMI ».

Attroupement devant une boulangerie © JBMOUTTET Attroupement devant une boulangerie © JBMOUTTET

Les Vénézuéliens suivent ces retournements de situation avant de revenir au quotidien : remplir le frigo. Des produits de première nécessité manquent toujours, malgré de nouvelles importations venues de Colombie ou du Brésil. De nombreux aliments demeurent hors de portée des classes moyennes et populaires. Les 400 grammes de pâtes à environ 2 200 bolivars, soit environ un douzième du salaire minimum (sans les bons d'alimentation), sont un luxe. La solution vient souvent de l'étranger. Ils sont nombreux à traverser la frontière colombienne ou brésilienne pour ramener ces biens précieux, puis les donner à leurs proches ou les revendre. Ils profitent des personnes rentrant au pays pour passer commande.

À l'aéroport, les voyageurs d'un vol en provenance d'Espagne discutent de ce qu'ils ont pu ramener en attendant leurs bagages. La liste donne une idée de ce qui manque le plus aux Vénézuéliens : shampoing, dentifrice, savon, couches, papier toilette, farine, sucre et médicaments. Hermes Mendez est vénézuélien et habite depuis quelques mois à Marseille. Il a profité du voyage d'un ami pour envoyer des médicaments contre la tension à son père. Il a dû faire une fausse ordonnance. Le trentenaire qui a longtemps soutenu Hugo Chavez éprouve du ressentiment contre Nicolas Maduro : «Dix-sept ans qu'ils sont au pouvoir. Comment ne seraient-ils pour rien dans ce que nous vivons ?»

Il ne comprend pas son père, qui s'obstine à soutenir le gouvernement. Le père d'Hermes, au même regard sombre et qui porte le même prénom que son fils, est un ancien employé de la compagnie pétrolière nationale PDVSA. Il explique la crise par la volonté des États-Unis de mettre la main sur le pétrole vénézuélien. Père et fils se rejoignent sur un point : la situation catastrophique dans laquelle se trouve le pays.

La mère, Ligia Reyes, raconte la recherche de médicaments durant « des journées entières », allant de « pharmacie en pharmacie ». Elle-même, victime d'hypertension, s'est rendue dans une clinique où les médecins « ne m'ont même pas donné un comprimé, même pas un seul. Une clinique… ». Si Ligia Reyes insiste sur la clinique, c'est parce que cela va de soi qu'il n'y a aucune chance d'en trouver dans les hôpitaux publics. D'après la fédération pharmaceutique vénézuélienne, 85 % des médicaments sont difficiles à trouver.

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