Syrie: la Ligue arabe prendra-t-elle la mesure de la mobilisation contre le régime?

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Depuis l'arrivée des observateurs de la Ligue arabe en Syrie, il y a une dizaine de jours, plus de 380 Syriens ont été tués par l’armée et les forces de sécurité. Et les manifestations continuent de plus belle. La délégation doit rendre un rapport lors d’une réunion au Caire ce samedi. Un article de Nadia Aissaoui et Ziad Majed.

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Un article de Nadia Aissaoui et Ziad Majed

La mission des observateurs de la Ligue arabe en Syrie suscite de nombreuses controverses dans les médias. Elles visent en particulier le chef de la délégation, M. Al-Dabi, un général soudanais qui avait servi au Darfour lors des affrontements et des massacres. Ce dernier a fini par nier avoir annoncé aux journalistes que la situation en Syrie était « rassurante ». De son côté, M. Al-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe, a déclaré que les autorités syriennes coopéraient avec la mission... Or les faits et l’émotion visible des observateurs rencontrant des citoyens contredisent ses propos (voir vidéos plus bas).

Sur le terrain, la répression n’a pas diminué. Depuis l’arrivée des observateurs, plus de 380 Syriens ont été tués par l’armée et les forces de sécurité. Même si les bombardements dans certaines régions ont cessé (comme à Homs ou à Edlib), les snipers et les patrouilles ouvrent le feu régulièrement sur les manifestants. Près de 800 personnes ont été arrêtées et autant de détenus libérés.

Le Conseil national syrien a demandé à la Ligue arabe un transfert du dossier syrien aux Nations unies, ou du moins une demande d’assistance de l’organisation onusienne pour l’observation et la protection des civils, rappelant que le protocole arabe incluait le retrait des troupes de l’armée syrienne des villes et la libération de plus de 15.000 détenus. Deux accords que le régime n’a guère respectés.

Par ailleurs, même si l’efficacité des observateurs ne semble pas faire ses preuves, leur présence a néanmoins conforté la plus grande mobilisation depuis le début de la révolution syrienne. Plus de 400 points de manifestations ont été repérés vendredi dernier (30 décembre) avec au moins 3 millions de manifestants à travers le pays réclamant la chute du régime Assad. La carte interactive montre les lieux où les manifestants se sont rassemblés.

Le même scénario s'est reproduit vendredi 6 janvier, même si le matin une explosion criminelle a fait un carnage dans la capitale Damas. Certaines vidéos montrent comment les autorités syriennes ont truqué (avec peu d'expertise) les images en provenance des scènes de l'explosion. Ici nous voyons un policier se redresser après avoir été filmé en tant que blessé, puis un « journaliste» posant des sacs à côté d'une mare de sang, et enfin un mini bus dans lequel ont été déposés des boucliers et autre matériel de police pour faire croire qu'il avait été visé par l'attentat. Cette mise en scène prise par erreur par un média libanais (la chaîne NTV pro-régime syrien), qui couvrait en direct, lève toute possibilité de doute quant aux responsables de l'explosion...

المسرحية الكاملة لتفجير الميدان 6-1-2012 © Syr4freedom

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Nadia Aissaouiest sociologue,Ziad Majedest enseignant à l’Université américaine de Paris. Pour Mediapart, ils tiennent chaque semaine une chronique d'un monde arabe en ébullition: les révolutions en cours, les grands débats, les informations passées inaperçues en France, la place des femmes, la place de l'islam, etc. A ces chroniques s'ajoutent celles de Tewfik Hakem, «Vu des médias arabes».

Le site de Ziad Majed: www.ziadmajed.net/

Le site de Nadia Aissaoui: www.medwomensfund.org/