L’Inde secouée par les nouvelles révélations de Mediapart sur l’affaire des Rafale

Par

À l'approche de la visite du ministre Jean-Yves Le Drian en Inde, et dès la publication de «Rafale Papers», les médias et les internautes s’en sont largement fait l’écho. Le parti du Congrès a exigé une enquête indépendante sur la vente des chasseurs. Le parti de Modi au pouvoir dénonce, lui, des accusations sans fondement.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Bangalore (Inde) –En 2018, les révélations de Mediapart sur le douteux contrat dans la vente de Rafale entre l’Inde et la France avaient secoué le sous-continent. Le parti du Congrès, précédemment au pouvoir, avait finalisé l’achat de 126 Rafale qui devaient être fabriqués par l’entreprise aéronautique publique Hindustan Aeronautics Limited (HAL), avec transferts de technologies. 

Une fois au pouvoir, Narendra Modi avait modifié le contrat en faveur du groupe Reliance Anil Ambani. Un industriel proche du pouvoir, sans aucune expérience dans l’aviation, dont la branche défense avait été immatriculée douze jours avant l’annonce de Modi. 

Seuls 36 Rafale seront finalement fabriqués, en France, pour un prix unitaire trois fois supérieur. Malgré le faisceau de soupçons et les questions de l’opposition, l’affaire avait finalement été enterrée, la Cour suprême indienne considérant qu’une enquête approfondie n’était pas nécessaire. 

Quatre ans plus tard, de nouvelles révélations publiées ce dimanche 4 avril relancent la polémique en Inde. Selon Mediapart, Dassault a versé 1 million d’euros à Sushen Gupta, un intermédiaire depuis mis en examen pour « blanchiment » dans un scandale de corruption portant sur la vente d’hélicoptères à l’Inde par le groupe AgustaWestland. 

Inscrite dans la rubrique « cadeaux à la clientèle », la somme portait sur la construction de 50 maquettes de Rafale C, dont aucune trace n’a pu être retrouvée. Pourtant, l’Agence française anti-corruption décide de ne pas signaler à la justice cette transaction douteuse.

La plupart des grands médias indiens ont titré ce lundi sur ces révélations, qui relancent les soupçons de corruption en faveur du groupe Reliance et de trahison envers l’entreprise publique HAL. Alors que le mot-dièse #rafalescam faisait la une sur Twitter, les internautes sont nombreux depuis ce lundi à exiger des réponses et affirmer que « Rahul Gandhi avait raison »

La figure du parti du Congrès a en effet alerté à de nombreuses reprises sur la vente des Rafale, « l’une des plus grandes escroqueries de l’Inde post-indépendante ». En novembre dernier, il affirme encore que « de l’argent a été volé au Trésor indien lors de la vente des Rafale » alors que le Contrôleur et auditeur général indien (CAG), une très haute institution, refuse de se pencher sur le contrat. 

Le parti s’est d’ailleurs immédiatement saisi des nouveaux éléments pour attaquer le gouvernement Indien. Secrétaire général du Congrès, Randeep Singh Surjewala a demandé lors d’une conférence de presse : « Le paiement d’un million d’euros présenté par Dassault comme “cadeaux aux clients” était-il en réalité une commission versée à l'intermédiaire ? »

« Toute preuve d'intermédiaire, de commission ou de corruption a de graves conséquences pénales : interdiction de l’entreprise de défense, annulation du contrat et lourdes sanctions financières », a rappelé le Secrétaire général du Congrès, qui exige désormais une enquête indépendante. Beaucoup d’autres membres du parti ont accusé le gouvernement d’avoir étouffé l’affaire.

Le célèbre avocat anti-corruption Prashant Bhushan a estimé que « ces révélations ne sont que la partie émergée de l’iceberg […] la véritable arnaque se trouvant dans les contrats de compensation à 50 %, dont la majeure partie a été donnée à Anil Ambani ». Cette clause du contrat prévoit que la France réinvestisse 50 % du montant de la vente dans des entreprises indiennes. 

De son côté, le gouvernement indien n’a pas tardé à réagir. Pour le ministre de la justice, Ravi Shankar Prasad, ces accusations sont sans fondement. « Ni la Cour suprême et le CAG n’ont trouvé à redire à l’accord. Le Congrès s’empare des Rafale pour des raisons électorales. » Sur Internet, les supporters de Narendra Modi dénoncent une déstabilisation téléguidée depuis l’étranger par un journal de gauche répandant des fake news

En pleines élections législatives et à l’approche de la visite du ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian à New Delhi, ces nouvelles révélations font en tout cas l’effet d’une bombe en Inde. Beaucoup se félicitent que la presse, qu’ils craignaient acquise à Narendra Modi, s’en fasse largement l’écho. En attendant les prochains articles de l’enquête.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous