Les pro-Trump jurent que «le combat ne fait que commencer»

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Les supporteurs du candidat défait jugent que la Maison Blanche leur est volée. A Philadelphie, ils dénoncent « les morts qui sont allés voter », invoquent des « preuves qui viennent de partout » et misent sur la Cour suprême. « Nous allons prier jusqu’à l’investiture du 20 janvier. »

 

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Pennsylvanie (États-Unis).– Le croisement des rues North 12th Street et Arch Street à Philadelphie, aux abords du palais des congrès où les bulletins de la ville sont dépouillés, symbolise les divisions qui règnent aux États-Unis. D’un côté de la barrière qui traverse ce carrefour : un groupe important de partisans de Joe Biden et Kamala Harris qui a pris l’habitude de se rassembler depuis quelques jours pour demander que toutes les voix soient comptées, malgré les pressions du président américain. De l’autre : un contingent plus resserré de soutiens de Donald Trump qui fait de même, munis de drapeaux et de pancartes Trump-Pence 2020. Séparés par un cordon de policiers, les deux groupes s’insultent, se hurlent dessus et cherchent à faire plus de bruit que l’autre bord. Toute l’histoire de la vie politique américaine de ces quatre dernières années.

A Philadephie, samedi 7 novembre. © AB A Philadephie, samedi 7 novembre. © AB
Samedi soir, quelques heures après que la chaîne CNN et l’Associated Press ont donné la victoire à Joe Biden, les irréductibles trumpistes avaient décidé de diffuser un discours de leur champion sur haut-parleur, histoire d’embêter leurs voisins, tandis que les pro-Biden leur lançaient des « losers » et des « Fuck Trump » à la pelle. Daryl D. (il n’a pas voulu que son nom complet soit utilisé), casquette « Make America Great Again » sur la tête, a fait cinq heures de route pour soutenir le président sortant. Et se faire insulter, donc. « Je suis surpris de voir à quel point les démocrates sont agressifs. S’ils étaient aussi sûrs des résultats, seraient-ils en train de nous insulter ? Beaucoup de personnes savent que cette élection est contestable », indique le trentenaire, qui se défend d’être un « mauvais perdant ».

De nombreux autres supporteurs du futur ex-président sont du même avis. Pour eux, Joe Biden n’est pas encore le « président élu » (« president-elect », terme qui désigne les vainqueurs de l’élection présidentielle avant leur investiture officielle en janvier). Sa victoire n’est qu’une machination de la part des médias et des démocrates, qui ont manipulé les bulletins de vote pour faire gagner « leur » candidat. « Les médias n’ont aucune autorité légale à déclarer le vainqueur, affirme Lara. Je suis une “déplorable” [terme utilisé par Hillary Clinton en 2016 pour désigner les soutiens de Donald Trump – ndlr]. Je vais me battre pour Trump. Nous l’aimons et nous allons le défendre» Elle pense – à tort – que les projections des vainqueurs, effectuées par l’Associated Press et les grands organes de presse, sont basées sur des « sondages foireux où les démocrates sont sur-représentés ». En réalité, elles reposent sur les bulletins comptés relayés par les différents comtés.

Un partisan de Trump à Philadelphie, près du centre où étaient dépouillés les bulletins de la ville, samedi 7 novembre 2020, après que les médias américains ont donné Joe Biden gagnant. © AB Un partisan de Trump à Philadelphie, près du centre où étaient dépouillés les bulletins de la ville, samedi 7 novembre 2020, après que les médias américains ont donné Joe Biden gagnant. © AB

À ses côtés, Michael Reinbach s’étrangle : « Nous voulons de la transparence. Le peuple américain exige une élection juste, non contrôlée par un gouvernement de l’ombre qui veut nous imposer le socialisme. Nous ne sommes pas le Venezuela. Nous sommes les États-Unis. » À l’image de Donald Trump, il pense que les votes par correspondance – 64 millions cette année, un record compte tenu de la pandémie – sont truqués. Largement utilisés par les démocrates, ils ont donné l’avantage à Joe Biden dans les jours qui ont suivi l’« Election Day », le 3 novembre, dans plusieurs États pivots, comme la Pennsylvanie. Comptabilisés pour beaucoup après les votes à l’urne, ils ont donné la fausse impression aux supporters de Donald Trump que leur candidat était en tête : le fameux « mirage rouge ». Un phénomène dont s’est emparé le milliardaire pour revendiquer la victoire.

Votants morts, manque de transparence des opérations de dépouillement : plusieurs irrégularités ont été mises en avant par les avocats de Donald Trump pour contester les résultats provisoires dans les « Swing States ». Le « glitch » du Michigan revient le plus souvent dans la bouche des trumpistes. Vendredi, Laura Cox, présidente du parti républicain dans cet État très disputé du Midwest, a déclaré qu’un programme informatique de comptabilisation des voix avait donné aux démocrates 6 000 votes destinés aux candidats républicains dans un petit comté du nord du Michigan. Elle a indiqué que 47 des 83 comtés de cet État, que Joe Biden a repris à Donald Trump, utilisaient le même programme. L’erreur a été confirmée par les autorités locales. « Entre les morts qui sont allés voter, les bulletins de vote par correspondance qui sont tous en faveur de Biden et les problèmes informatiques, ça commence à faire beaucoup », observe Johanne Cullen.

A Philadephie, samedi 7 novembre. © AB A Philadephie, samedi 7 novembre. © AB

Donald Trump et ses alliés ne se sont pas privés d’ajouter de l’huile sur le feu. Eric Trump, le fils de l’actuel locataire de la Maison Blanche, a notamment partagé sur Twitter une vidéo virale de bulletins de vote brûlés dans un sac plastique accompagnée du message : « 80 bulletins pro-Trump brûlés. » Il s’agissait en réalité d’échantillons. Qu’importe. « Cette élection nous a été volée. Les preuves viennent de partout et tout le monde est au courant, poursuit Michael Reinbach. Nous savions que Joe Biden serait déclaré le vainqueur, mais Donald Trump s’est battu pour nous pendant quatre ans. Nous allons nous battre pour lui à présent. Donald Trump restera président pendant encore quatre ans. »

Amy Bowler, une supportrice de Donald Trump, n’a pas de doute : « L’élection a été falsifiée. Nous allons prier pour Donald Trump tous les jours jusqu’à l’investiture du 20 janvier, assure cette évangélique de Pennsylvanie. Il aura quatre années supplémentaires à la tête du pays. » En attendant, hors de question de reconnaître Joe Biden comme un président légitime. « Il n’y a que la Cour suprême qui a ma confiance pour dire qui a gagné. Tout le reste ne compte pas », précise Michael Reinbach. Après trois nominations par Donald Trump, dont celle d’Amy Coney Barrett en octobre, six des neuf juges qui siègent à la haute cour sont conservateurs. « Une partie du pays ne reconnaîtra pas les résultats de cette élection si Trump finit par perdre, indique Daryl D. S’il perd, je serai déçu. Mais je l’accepterai. Nous n’en sommes pas là. Le combat ne fait que commencer. Donald Trump nous a appris à ne pas l’enterrer trop vite. »

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